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Auteur : Elsa Flageul
Date de saisie : 10/02/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Julliard, Paris, France
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 9782260018391
GENCOD : 9782260018391
Sorti le : 06/01/2011
«J'ai six ans. Un homme sonne à la porte, c'est toujours moi qui vais ouvrir. Il porte des lunettes de soleil bien qu'il fasse nuit. Il dit bonjour, ne demande rien, ne se présente pas. Je sais pourtant qu'il connaît ma mère, cela crève les yeux. Je lui demande timidement : Qui dois-je annoncer ? Il sourit de cette formule, soupire, puis dans un éclat de rire répond : Fabienne Tabard. Fière comme une oie je vais chercher ma mère. De quoi suis-je fière je l'ignore, mais je le suis tant que je me dandine dans le couloir comme une racoleuse de saloon. Je me sens porteuse d'une missive importante, capitale même, je me sens pigeon voyageur. Je me sens aussi, sans savoir pourquoi, oiseau de mauvais augure. Je n'ai pas vu le regard de l'homme derrière les verres fumés mais j'ai senti la menace sourde, oui il puait le désordre et la liberté. J'annonce tout de go à ma mère : C'est Fabienne Tabard.»
Roman cinéphile sur la magie des rencontres amoureuses, Madame Tabard n'est pas une femme se lit comme on regarde un film... de la Nouvelle Vague.
Aux Éditions Julliard, Elsa Flageul a publié en 2009 J'étais la fille de François Mitterrand. Madame Tabard n'est pas une femme est son deuxième roman.
Référence à François Truffaut, le titre donne le la de ce roman, porté par une nostalgie teintée de folie...
En choisissant une construction fragmentée, des flash-back, des points de vue différents, Elsa Flageul s'amuse avec les références cinématographiques, oppose des scènes, passe de la description à l'introspection qui ressemble à une voix off. Mais elle nous parle aussi d'enfance avec beaucoup de grâce...
Ses personnages ont la fraîcheur empruntée de Baisers volés, la fantaisie parfois tragique des 400 coups, la fragilité de Domicile conjugal. On le referme en fredonnant Trenet quand il chante le "bonheur fané" du temps qui passe.
Cinéma Le Royal Palace, aujourd'hui
La porte de la grande salle s'ouvre dans un grincement et quelques spectateurs se retournent pour signifier très clairement que cela les dérange. Il y en a même un qui souffle, l'air de dire : C'est un monde ça. Tous entendent. Mais pas l'intéressé. Lui n'a pas l'air de voir les têtes se retourner, d'entendre le souffle le sermonner : il reste interdit, le dos collé contre la porte, ne cherche pas tout de suite une place. Tout dans son attitude dit qu'il est hagard, groggy, mais du haut de sa cabine de projection Hannah ne distingue pas encore son visage, ni son corps, elle ne perçoit qu'une présence dans le noir et tout de suite cette présence lui semble familière. Sans savoir pourquoi.
L'homme se déplace finalement puis s'assied en bout de rang pour ne pas déranger davantage, à l'aveugle il saisit le rabat du fauteuil et s'y laisse choir comme on lâche prise. D'autres visages se retournent. Cet homme est décidément bien bruyant pour quelqu'un qui arrive en retard. On ne l'entend plus.
Hannah pourtant ne voit que lui, dans le noir elle le voit, ses yeux sont perçants, affûtés comme ceux d'un chat : elle cherche son regard, son nez, sa bouche, elle cherche la ressemblance comme on pose un calque pour faire une copie, cela colle si bien, c'est évident, il y a des années pourtant, longues et importantes, où l'on change comme on dit, mais ces années deviennent poussière soudain, il lui semble d'un coup qu'elles l'ont oubliée, laissée dans un coin et qu'elle est restée la même. La même Hannah devant le même Antoine.
Quand l'enfant que j'étais me fichera-t-elle enfin la paix pense-t-elle alors.
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