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.. Cyniques & Cie

Couverture du livre Cyniques & Cie

Auteur : Gilles Cosson

Date de saisie : 16/01/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de Paris-Max Chaleil, Paris, France

Collection : Litterature Paris

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 9782846211406

GENCOD : 9782846211406

Sorti le : 20/01/2011

  • Les présentations des éditeurs : 16/01/2011

Ce livre décrit la journée âpre et cruciale d'un financier de haut vol qui s'interroge sur son existence et son métier. Si sa quête incessante d'argent lui paraît au fond une entreprise aussi vaine que destructrice, les acteurs et les dangers de cette course au profit à laquelle il participe le stimulent et le fascinent. Tout au long de la journée de dupes et de malins que Pierre va vivre, nous le suivrons d'un conseil d'administration - où il affronte trois grandes figures françaises du monde des affaires -, à la comédie féroce d'un dîner mondain parisien, en passant par l'enterrement d'un grand patron, ou les mystères d'un rendez-vous amoureux dans un palace. Plongé dans le ballet des vanités et des haines qui règlent l'univers mondialisé contemporain, notre héros, en proie au doute, va devoir sauver sa peau et sa place, sans pour autant perdre son âme.

Gilles Cosson a occupé de hautes fonctions dans le monde industriel et financier avant de se consacrer à l'écriture. Il a publié trois essais et plusieurs romans dont Un Combattant paru en 2007, une satire corrosive du monde du business qui va donner lieu prochainement à une adaptation télévisuelle. Voir le site : gillescosson.com


  • Les courts extraits de livres : 16/01/2011

7h45 : Largo

Le matin était frais et venteux, l'herbe couverte de rosée lorsqu'il franchit l'allée qui le menait au portail donnant sur la rue. Les boutons des rosiers commençaient à éclore, les bourgeons s'ouvraient, les oiseaux pépiaient dans l'attente des amours et, dans les quelques centaines de mètres qui le séparaient de la gare, il s'imprégnait de cette joie qui l'entourait, cherchant à y puiser la force nécessaire pour dominer les difficultés du moment. S'il avait renoncé aux facilités du chauffeur qui lui était attribué malgré la réprobation implicite qui avait accueilli sa décision - l'on ne refusait pas ce qui était considéré par la plupart comme un symbole de pouvoir envié - c'était justement pour avoir l'occasion de se sentir en accord avec l'ordre des saisons, cet ordre qu'il éprouvait en cet instant, sans oublier la faculté de participer dans le bref trajet qui l'emporterait à Paris à la vie des gens ordinaires, plus difficile que la sienne, mais tout aussi riche d'espoirs et de déceptions. S'y ajoutait le besoin physique de faire fonctionner son corps, cette machine obéissante qui demandait sa ration d'exercice quotidien, cette belle machine pour le moment tout à son service, mais dont la mort prématurée d'un proche venait de lui rappeler qu'il n'en serait pas toujours ainsi. Il souhaitait donc affronter à l'occasion la pluie ou la neige sur le chemin du bureau pour mieux se souvenir de quelle argile il était fait, rejetant l'argument fallacieux du travail possible en voiture pendant la demi-heure le séparant de son domicile ; car il savait fort bien qu'il n'aurait pu faire autre chose en la circonstance que lire la presse matinale tout en pestant contre les habituels embouteillages.
Mais déjà arrivait à quai la bête soufflante et bondée, déjà s'immobilisait devant lui l'auxiliaire dévoué du monde du travail, déjà s'ouvraient les portes livrant passage aux voyageurs qui descendaient nombreux, moins nombreux toutefois que ceux qui montaient et se tassaient dès l'entrée du wagon surchargé. Loin d'en éprouver du déplaisir, il se soumettait avec bonne humeur à ce rituel, observant au passage la mimique amusée, indifférente ou désespérée de ceux qui l'entouraient, notant le stoïcisme des uns et l'irritation des autres, appréciant l'élégance des femmes réussissant à se distinguer dans ce charivari, et cherchant à trouver parmi elles celle qui peut-être attirerait son attention. Il se souvenait de cette belle brune aux cheveux courts, à l'allure ferme et résolue, à laquelle il avait adressé un coup d'oeil admiratif. Flattée peut-être, à moins que ce ne fût un hommage à son pardessus bien coupé, elle lui avait rendu son regard avec une pointe d'insistance, comme si elle eût envisagé la possibilité d'un contact. A dire vrai, il aurait été heureux de l'établir, de chercher à savoir même brièvement qui elle était, d'où lui venait cette allure si fière, mais bien entendu il n'en avait pas le temps et il avait dû, déçu, détourner son visage de celle qui aurait pu enrichir sa journée, voire son existence tout entière. Telle était bien la limite de l'exercice auquel il se pliait chaque matin, excepté ceux où il devait gagner un aéroport, jours où il se livrait alors aux facilités de l'indispensable chauffeur, et il se sentait parfois frustré de toutes ces émotions, de cette profusion de vie qui passait à sa portée, avec ses secrets et ses petitesses, ses souffrances et ses joies, sans qu'il pût en profiter.


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