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_ Une langue venue d'ailleurs

Couverture du livre Une langue venue d'ailleurs

Auteur : Akira Mizubayashi

Préface : Daniel Pennac

Date de saisie : 21/04/2011

Genre : Littérature, essais

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : L'un et l'autre

Prix : 21.50 € / 141.03 F

ISBN : 978-2-07-013018-4

GENCOD : 9782070130184

Sorti le : 05/01/2011

  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2011

«Le français, dit Akira Mizubayashi est ma langue paternelle.
» Voici donc un Japonais qui habite notre langue. Plus, qui la vit. Soit un jeune Japonais des années 70. Accablé par les «maux de langue» que lui inflige son idiome natal, qu'il juge paralysé par le conservatisme, avili par l'injonction consumériste et tétanisé par l'hystérie mimétique des doxas soixante-huitardes, il étouffe. Il se sent immensément seul. Et se tait. Quelque chose en lui aspire à une existence dont les moyens lui manquent.
Il lui faut un outil de penser, une méthode pour accéder à ce qui, confusément, se dit en lui, une langue sienne, pour y renaître. Ce sera le français. Et le voici séjournant en France, épousant une Française, à ce point familier de notre langue qu'il ne l'est plus vraiment de la sienne. Presque français et plus tout à fait japonais. Presque français car le français qui se parle ne se laisse jamais tout entier posséder par une oreille née ailleurs, plus tout à fait japonais car ce qui se pense désormais en lui, il doit le traduire en sa langue natale, inadaptée à la structure même de cette pensée.
Akira Mizubayashi passe donc sa vie entre ce presque et ce plus tout à fait. Loin d'être un lieu de frustration, cet espace de double «étrangéité» est le terrain d'une permanente recherche de l'exactitude. Ceux qui le connaissent, savent que la question la plus fréquente posée par Akira Mizubayashi, sur ce ton de calme concentration qui le caractérise, est : «Comment dire ?» Question à ne pas prendre pour une quelconque interrogation lexicale ; elle dit l'exigence intellectuelle d'un homme qui a voué sa vie à penser au plus précis pour parler au plus juste.
Exigence dont Une langue venue d'ailleurs témoigne fort justement.

Ecrivain et traducteur japonais, Akira Mizubayashi est né en 1952.
Après des études à l'université nationale des langues et civilisations étrangères de Tokyo (Unalcet), il part pour la France en 1973 et suit à l'université Paul Valéry de Montpellier une formation pédagogique pour devenir professeur de français (langue étrangère). Il revient à Tokyo en 1976, fait une maîtrise de lettres modernes, puis, en 1979 revient en France comme élève de l'Ecole Normale Supérieure.
Depuis 1983, il enseigne le français à Tokyo, successivement à l'université Meiji, à l'Unalcet et, depuis 2006, à l'université Sophia.



  • La revue de presse Thierry Clermont - Le Figaro du 21 avril 2011

Akira Mizubayashi, soixante ans tout rond, parle français comme vous et moi. Mieux, même; avec quelques coquetteries échappées d'in-folio poussiéreux. Contrairement à ses compatriotes, il distingue parfaitement les «r» des «l» et les «u» des «ou». Natif de la petite ville de Sakata, dans le nord de l'île principale du Japon, Honshu, le jeune Mizubayashi (patronyme formé par deux idéogrammes ou kanji désignant eau et forêt) grandit au sein d'un foyer modeste, choyé par des parents passionnés de musique classique. À dix-huit ans à peine, sa vie bifurque : il tombe amoureux du français, «ma langue paternelle». Mais pas n'importe comment. Il écoute les émissions linguistiques de la NHK, la radio nationale. La voix de Nicolas Bataille, metteur en scène de La Cantatrice chauve, le fait chavirer. «Dès lors, j'ai eu le désir de naître dans cette langue, d'entamer une seconde naissance», explique-t-il. Ajoutez la découverte concomitante des proses de Valéry et de Péguy (une page sur «la dégradation républicaine») et son sort est scellé. «J'ai adhéré à cette langue et elle m'a adopté... C'est une question d'amour.»


  • La revue de presse Marine Landrot - Télérama du 19 janvier 2011

Belle surprise que ce petit livre à part, discret et chatoyant, blotti dans un entre-deux vibrant d'intelligence : l'essai et le journal intime...
Entre deux nations, le coeur du Japonais n'a cessé de balancer, et ce mouvement berce son écriture, savante et rieuse, d'une douceur exquise. L'auteur creuse dans sa mémoire, glisse sur son amnésie, et la chorégraphie envoûte.


  • La revue de presse Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 6 janvier 2011

C'est l'histoire vraie d'un Japonais qui a divorcé de sa propre langue, trop surchargée d'excuses, et qui est tombé fou amoureux de la nôtre...
Dans ce fervent et fiévreux récit d'apprentissage, où il rend hommage à ses professeurs d'éloquence - Jacques Proust, Jean Starobinski, Jean-Pierre Richard, Gérard Genette, Roland Barthes, Louis Althusser -, Akira Mizubayashi élève la rhétorique dix-huitiémiste à la hauteur d'un opéra de Mozart et parle du français comme d'une femme, avec une troublante sensualité...
A notre langue, Mizubayashi a fait un très bel enfant : ce livre, dont la prose éclatante fera pâlir beaucoup de romans de l'hiver écrits par des Français ingrats ou négligents.


  • La revue de presse Robert Solé - Le Monde du 6 janvier 2011

Il avait 18 ans. Dix-huit ans et sept mois, très exactement, quand la foudre l'a atteint. C'était en avril 1970, au cours d'une leçon de français donnée à la Radio nationale japonaise. Les voix des intervenants devaient être irrésistibles. En tout cas, Akira Mizubayashi n'y a pas résisté. Pendant des semaines, il est resté accroché au poste. Puis il a décidé d'enregistrer les leçons et l'a fait savoir à son entourage. Quelques jours plus tard, un énorme magnétophone, dont le prix représentait quelque chose comme le quart du salaire de son père, était livré à la maison. Ce geste l'a profondément marqué. "Le français est ma langue paternelle", affirme-t-il dans un livre magnifique (Une langue venue d'ailleurs, Gallimard, "L'un et l'autre", 270 p., 21,50 €., parution le 13 janvier)...
Mais, quoi que vous fassiez, une langue greffée vous reste toujours un peu étrangère, constate Akira Mizubayashi. "Je conserve en moi comme une cicatrice ineffaçable, l'écho et l'empreinte de l'être-ensemble japonais." Il est d'un pays où, par exemple, on s'excuse en guise de remerciement... "Je ne suis ni japonais ni français", constate-t-il aujourd'hui, alors que sa fille au double prénom, Julia-Madoka, possède deux langues d'origine. Lui, il est doublement étranger, mais il revendique "sans honte ni tristesse" cette "étrangéité" qui lui permet de sortir de soi-même et de s'ouvrir aux autres. Pas simple, une langue paternelle...


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