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Auteur : Clarisse Francillon
Postface : Catherine Dubuis
Date de saisie : 18/12/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Plaisir de lire, Lausanne, Suisse
Collection : Patrimoine vivant
Prix : 17.50 €
ISBN : 978-2-88387-063-5
GENCOD : 9782883870635
Sorti le : 20/10/2010
Les nouvelles de Clarisse Francillon sont habitées par une vision du monde âpre et sans illusions. Un univers matériel et sensuel dans lequel l'auteure dresse des portraits saisissants de vérité, teintés d'humour et d'ironie.
Dans la première nouvelle, Festival, on découvre l'amour troublant d'une femme pour une autre; dans Mais il y a, on plonge sans indiscrétion dans un conflit de générations sur fond d'inceste. Chaque nouvelle témoigne du talent d'une auteure apte à fouiller les coeurs, à dénicher les mensonges, les faux-semblants, et enfin à les exposer au grand jour. Qualité de narration, vivacité des dialogues, goût pour la satire ; nous avons là, encore une fois, la preuve que les textes de Clarisse Francillon méritent d'être redécouverts...
Clarisse Francillon est née le 26 janvier 1899 à Saint-Imier et a passé la majeure partie de sa vie à Paris. On lui doit plus d'une vingtaine de romans et de recueils de nouvelles, parus entre 1927 et 1974. Les Editions Plaisir de Lire ont déjà réédité Le Désaimé, La Lettre, la Belle Orange et continuent de soutenir l'oeuvre d'une auteure aujourd'hui injustement oubliée. Clarisse Francillon est décédée à Vevey en 1976.
FESTIVAL
Hélène coiffa son capuchon de popeline mais, immédiatement après, elle en détacha les brides. Il ne pleuvait plus, on voyait les feuilles s'égoutter doucement dans l'ombre, autour de la lanterne électrique fixée à l'angle de la maison. Une quinzaine de jours auparavant, Edmond s'était mis en tête de repeindre cette lanterne, il avait choisi un ton vert vif. Était-ce en l'honneur d'Alberte ? N'importe comment, ensuite, il avait laissé traîner l'échelle. «Et moi, comme d'habitude, j'ai été juste bonne pour tout ranger.»
Avant de descendre les trois marches, Hélène se retourna pour jeter un coup d'oeil à la pendule posée sur la commode de l'entrée : un char romain ciselé et doré, enlevé par des coursiers fougueux, tout particulièrement laid et dont, au surplus, le cadran n'avait jamais été capable d'indiquer l'heure exacte à qui que ce fût. D'ailleurs, Hélène venait de consulter sa montre-bracelet.
«Avec les enfants...», pensa-t-elle. Il n'y a pas à dire, les enfants ne vous causent que des soucis et encore des soucis. Petits, on a toujours peur qu'ils oublient de se laver les dents, quand ils sont plus grands, ce sont leurs histoires d'examens, ou leur mauvais caractère, ou leurs flirts, ou l'heure à laquelle ils devraient être rentrés, et à laquelle ils se gardent bien de rentrer, ils s'en croiraient déshonorés à tout jamais. Un genre comme un autre. Et que leurs parents s'usent le tempérament à les attendre, voilà une idée qui ne les effleurerait même pas. Pourtant, le concert avait dû se terminer vers onze heures, onze heures un quart peut-être... Aussitôt éclata, dans la mémoire d'Hélène, le bouleversant finale des Variations en sol, elle vit chatoyer les bois, il y eut le va-et-vient des archets, le cor anglais reprit le thème en mineur, immédiatement arraché par la flûte dont le chant déferla sur la salle immobile. Les applaudissements commencèrent au moment où l'instrument quitta les lèvres d'Alberte qui étaient incurvées et charnues, couleur de grès.
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