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Auteur : Arnaldo Calveyra
Traducteur : Claude Bleton
Date de saisie : 12/11/2010
Genre : Poésie
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 9782742794874
GENCOD : 9782742794874
Sorti le : 30/10/2010
La couleur grecque tombe, tombe du ciel, tombe dans les recoins obscurs du chemin, dans le crépuscule engourdi. Elle me réclame une maison et les fenêtres de cette maison avec une porte à franchir, à moi, hôte éternel qui ne cesse de reconnaître le lieu, voilà ce que me demande la nuit exaltée qui arrive, mais ne m'offre-t-elle pas le monde et ce que j'ignore de ce recoin qui se perd, qui abandonne peu à peu ce qu'elle n'a jamais eu parce qu'elle rêve de nous reconnaître ?, je la ramènerai chez elle dans les étoiles, l'érigerai comme unique géographie.
A.C.
Poète, dramaturge et romancier, Arnaldo Calveyra est né en Argentine. L'essentiel de son oeuvre traduite en français est publié chez Actes Sud et aux éditions Le Temps qu'il fait. Il vit et travaille à Paris depuis les années 1960.
ATHÈNES. Le festival de visages n'a pas cessé de la matinée. Inlassablement, j'essuie mes lunettes pour ne pas en manquer un seul, pour ne pas être privé de cette religion du regard. Le café grec se prend comme une hostie, il exige l'intronisation de la bouche, la nourriture rêve d'une présence au moment où elle est mâchée, des silhouettes de dieux entrent dans le champ, encore des dieux, dans ce flamboiement que le vent soudain retombé laisse s'instaurer dans la ruelle qui mène au Parthénon. Au lieu de monter (ce qu'il avait fait toute la journée), le Parthénon d'hier soir descendait et maintenant se pose, de tigre qu'il était, il se mue en colombe pour rentrer la nuit au pigeonnier.
Parfois, je le sais, je gêne à peine les pas de celui qui revient, quand la tige s'épanouit en marguerite. J'avance et la rue s'apaise au milieu de la foule. Je monte une viole au balcon qui passe, la mer arrive goutte après goutte, un poisson dans chacune, nulle rivière n'est absente de ma mémoire. Le temps qui ne passe pas est un temps impavide, mon temps favori, un mot qui n'a pas d'accent.
Je t'écoute, tu racontes mieux que personne qui nous fûmes,
quelles fleurs arrivèrent, se levèrent en quête des maisons, s'arrêtèrent au carrefour pour faire leurs comptes, et voilà que tu pries pour une eau silencieuse de rivière, "suis-moi" dit la pigeonne et le pigeon prit une autre direction pour la surprendre à son retour par un chemin inhabituel.
Qui saurait dire l'âge de cette matinée, calculer ne serait-ce que par énigmes les séjours du soir ?, nous voudrions savoir tant de choses ! Toi peut-être, le plus ardent, toi qui restais debout pour les entendre, la meilleure façon pour une ombre de se profiler et de dire la peine ou la joie. Cela ne sert à rien, ou presque, de penser aux âges de la lumière, si nous les ressentons à travers le corps et les prenons pour un encouragement à une forme de vie qui, loin de stagner dans les jours, passe en visite chez chacun de nous. Il y aurait toujours moyen pour toi, ami cher (maintenant que tu t'es refermé comme une fleur à l'arrivée de l'automne sous un soleil atténué), de te moquer d'une page, aussi géniale soit-elle. Toujours moyen pour toi de la prendre pour ce qu'elle est sûrement : une sainte assemblée de mots.
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