«Lors de ma première visite, je n'ai rien vu, rien osé regarder, trop émue de me retrouver assise face à une Nathalie Sarraute si peu fidèle à l'image que m'en avaient donnée ses photos trop figées et les nombreux portraits et autres commentaires vus dans les revues et les journaux.
Rien de moins statique ou sévère que cette petite dame bondissante sur son canapé et qui m'invite à me détendre.»
Michèle Gazier nous propose d'entrer dans l'intimité de sa rencontre avec Nathalie Sarraute : elle raconte ses visites à l'écrivain, du simple entretien professionnel à ces rendez-vous réguliers, l'après-midi, autour d'un verre de whisky. La relation devient vite familière, puis se teinte de complicité. Récit d'une précieuse rencontre, ce texte tendre, drôle et nostalgique est un portrait touchant de Nathalie Sarraute, au plus près de celle qui regrettait de ne pas avoir l'assurance d'une Marguerite Duras... Décrivant ses habitudes, son humour, ses gestes..., Michèle Gazier nous invite à passer, nous aussi, un moment aux côtés de l'écrivain.
C'est avec des dessins au trait que Denis Deprez a choisi d'illustrer le récit de cette rencontre : des dessins délicats, comme pour respecter la confidentialité dans laquelle nous pénétrons, à pas de loup...
L'auteur
Critique littéraire, traductrice et écrivain, Michèle Gazier est l'auteur de nombreux livres (essais, romans et nouvelles), parmi lesquels Le Fil de soie (200l), Les Garçons d'en face (2003) ou Le Goût de la lecture (2010).
L'illustrateur
Membre fondateur de la maison d'édition Fréon (devenue FRMK), Denis Deprez a publié plusieurs ouvrages chez Casterman. Il a réalisé en 2007 avec Jean Rouaud une adaptation de Moby Dick d'Hermann Melville. Il a illustré les textes de Van Gogh publiés dans l'ouvrage Et j'en veux parfois à cette sale peinture publié en 2009 chez Naïve.
Les courts extraits de livres : 10/11/2010
Lorsque je repense à ces après-midi-là, c'est leur rituel qui d'abord me revient. C'est avec une sorte d'étonnement, un sentiment diffus d'avoir une chance imméritée que je remontais la rue Pierre-Ier-de-Serbie, un bouquet d'anémones ou de fleurs simples à la main ; et j'anticipais ce moment où elle les disposerait dans un vase près de sa fenêtre qui ouvrait sur le gris du mur voisin en disant combien ces couleurs franches et vives étaient une sorte de lumière.
Comment suis-je tombée sur Le Planétarium ? J'avoue ne plus m'en souvenir. J'ai treize ans. Sans doute l'ai-je trouvé dans la bibliothèque municipale de ma ville (Béziers), où officie un ami de mon père qui surveille mes lectures. Donc Le Planétarium. Et une fascination certaine pour l'histoire de cette femme qui se lève la nuit pour vérifier si les poignées de porte de son appartement sont en harmonie avec les rideaux qu'elle a choisis. Le côté obsessionnel du personnage, ses angoisses ont parlé si fort à l'adolescente que j'étais que, dès lors, et en dépit de mes ignorances littéraires, Nathalie Sarraute est entrée dans le panthéon de mes écrivains préférés.