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Auteur : Alan Bennett
Traducteur : Pierre Ménard
Date de saisie : 31/10/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Et d'ailleurs
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-207-10867-3
GENCOD : 9782207108673
Sorti le : 03/06/2010
Alan Bennett décortique, dans ce roman pour le moins grinçant, les petites manies de ses compatriotes anglais.
Mais ne vous imaginez pas épargnés pour autant, son constat pourrait bien être universel !
La mise à nu des époux Ransome est l'histoire d'un couple trop bien installé dans ses meubles et sa routine, qui va devoir faire face à un imprévu de taille : le cambriolage complet de son appartement.
Si cette mésaventure révèle les marottes de ce couple, elle pourrait bien aussi le sauver de ses faiblesses.
La lecture de ce roman cocasse est un pur moment de détente.
Un soir, en rentrant de l'opéra, M. et Mme Ransome, incarnation de la bourgeoisie britannique contemporaine pétrie de convenances et de snobisme, retrouvent leur appartement cambriolé, ou plutôt absolument vidé. Tout a disparu, jusqu'aux plinthes et au papier toilette.
Monsieur cherche les coupables, Madame, d'abord effondrée, se rêve finalement une nouvelle vie et, pendant que le couple tente de faire face avec flegme aux événements, le fragile voile des conventions se déchire et les masques tombent. Il va falloir manger, se laver, trouver du linge et affronter le monde extérieur, ce grand inconnu peuplé d'individus aux manières extravagantes - épicier pakistanais, grossier inspecteur de police, ménagère abrutie de télévision. À la clef, une révélation : le mode de vie des Ransome et ses fondements sont bien partis avec les meubles !
Un pastiche social très réussi qui au passage égratigne sans vergogne le couple et ses petits compromis.
Alan Bennett est une star en Grande-Bretagne, où ses pièces de théâtre, ses séries télévisées et ses romans remportent un succès jamais démenti depuis plus de vingt ans. La Reine des lectrices, parue en 2009 aux Editions Denoël, l'a rendu extrêmement populaire auprès du lectorat français.
Les Ransome avaient été cambriolés. «Volés», dit Mrs Ransome. «Cambriolés», corrigea Mr Ransome. Le vol s'applique aux personnes, le cambriolage aux habitations. Mr Ransome exerçait la profession d'avoué et estimait que le choix des mots revêt une certaine importance. Pourtant, «cambriolés» n'était pas non plus le terme approprié. Les cambrioleurs trient, sélectionnent, ils emportent tel objet, négligent tel autre. Il y a tout de même une limite à leur capacité d'extorsion : ils s'intéressent rarement aux fauteuils, par exemple, et plus rarement encore aux canapés. Mais les leurs n'avaient pas fait dans la dentelle. Ils avaient tout emporté.
Les Ransome étaient allés à l'opéra, pour voir Così fan tutte (ou plus simplement Così, comme Mrs Ransome avait appris à le désigner). Mozart tenait un rôle important dans leur union. Ils n'avaient pas d'enfant et, sans Mozart, ils se seraient probablement séparés depuis de longues années. Mr Ransome prenait toujours un bain lorsqu'il rentrait à la maison, après son travail. Puis il passait à table. Après le dîner, il allait prendre un second bain, cette fois en compagnie de Mozart. Il s'immergeait, barbotait, se vautrait dans Mozart, jusqu'à ce que le petit Viennois l'ait nettoyé de toute la crasse, de toutes les saletés qu'il avait dû supporter au bureau, au cours de la journée. Ce soir-là, il était allé prendre un bain public à l'opéra de Covent Garden, où le hasard avait voulu qu'ils soient assis juste derrière le ministre de l'Intérieur. Lui aussi était là pour se détendre et oublier les soucis de la journée, auxquels les Ransome devaient modestement contribuer, ne serait-ce qu'au plan statistique.
Mais d'ordinaire, le soir, Mr Ransome jouissait de ce bain musical dans la plus complète solitude : Mozart s'adressait directement à lui par le biais de ses écouteurs et d'une impressionnante chaîne hi-fi, ultra-sophistiquée et réglée avec la plus extrême minutie, que Mrs Ransome n'avait pas le droit de toucher. Son épouse accusa d'ailleurs l'équipement d'être à l'origine du cambriolage, puisque ce sont des appareils de ce genre qui attirent avant tout les voleurs. Le vol d'une chaîne hi-fi est parfaitement banal. Celui d'une moquette l'est moins.
- Peut-être se sont-ils servis de la moquette pour envelopper la chaîne, dit Mrs Ransome.
Mr Ransome haussa les épaules et lui répondit qu'ils avaient plus vraisemblablement utilisé son manteau de fourrure à cet effet. Mrs Ransome se remit à pleurer.
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