Formidable interprète, en particulier du Chant de la Terre de Gustav Mahler, la contralto anglaise Kathleen Ferrier s'est éteinte à 41 ans, terrassée par un cancer. C'est tôt pour une femme si joviale, suffisant pour édifier une légende. A travers cet essai libre et subjectif, Boris Terk révèle les paradoxes qui animaient cet être d'exception : interprète hors pair d'un répertoire tragique et femme profondément joyeuse. A la suite d'un pari avec son entourage, elle se fait remarquer lors d'un concours de chant en 1937. Elle a alors 25 ans. Mais elle n'entamera des cours de chant que deux ans plus tard, "à l'âge où les autres chanteuses ont déjà placé leur voix".
Avec une grande finesse et une sensibilité à fleur de peau, Boris Terk livre ici une analyse circonstanciée du parcours atypique de la cantatrice, et en particulier de sa voix, voix séductrice, tentatrice et inaccessible, qui renvoie en écho à une voix maternelle à jamais perdue. Boris Terk se livre également à une description morphologique de la chanteuse, dotée d'une merveilleuse cavité en arrière-gorge qui lui donne naturellement une voix de contralto, "la plus grave des voix de femme", et dans laquelle aurait pu se glisser sans obstacle une pomme de taille conséquente. Libérée en 1947 des liens d'un mariage platonique, la cantatrice parvient alors à ouvrir son thorax pour donner le la4, note que jusqu'ici elle retenait.
Orthodontiste de profession, Boris Terk est aussi le traducteur de la biographie de Kathleen Ferrier, Klever Kaff, écrite par Ian Jack et parue aux éditions Allia en 2001.
La revue de presse Claire Devarrieux - Libération du 30 septembre 2010
Tout cela, et son humour, sa vitalité, son naturel, est rappelé par Boris Terk dans A Voice Is a Person, qui succède à Klever Kaff, l'essai biographique de Ian Jack (paru aux mêmes éditions Allia en 2006). On retrouve, rapidement esquissée, l'ascension musicale de Kathleen Ferrier, admirée de Benjamin Britten, qu'elle a interprété à partir de 1946, et de Bruno Walter, qui la sollicita l'année d'après pour le Chant de la Terre (Das Lied von der Erde), par quoi il voulait faire mieux connaître Mahler en Grande-Bretagne, et qui restera la trace la plus bouleversante du passage de Kathleen Ferrier en ce monde...
Boris Terk écrit aussi : «Entendre une chanteuse que l'on admire, c'est la retrouver face à soi, ressentir dans son corps ce qui vibre dans le sien, même si l'écoute se fait sur un enregistrement.»...
Il s'attache à mettre des mots sur une émotion qui conjugue la présence et le manque.