Depuis qu'il est sorti de prison il y a vingt ans. Phil Hunt mène tant bien que mal un élevage de chevaux avec sa femme clans l'État de Washington. Pour arrondir ses fins de mois, il passe un peu de drogue en provenance du Canada par des chemins de montagne presque inaccessibles et connus de lui seul. Le shérif adjoint Bobby Drake, lui, n'arrive pas à se défaire du fantôme de son père, un shérif qui améliorait l'ordinaire de la même manière que Hunt, et qui moisit derrière les barreaux.
Les chemins de Drake et Hunt se croisent dans les montagnes au sud de la frontière canadienne. Hunt parvient à s'échapper avec sa cargaison, mais les propriétaires veulent récupérer leur came et lancent à ses trousses un psychopathe qui travaille au couteau, un obsédé de la découpe bien nette qui s'entraîne sur des animaux et ne se laisse pas facilement déborder par les sentiments. Les trois hommes se retrouvent engagés dans une chasse à mort.
La Terreur de vivre est un roman magnifique et sombre, qui évoque par moments la prose de Cormac McCarthy. Urban Waite est, lui aussi, un explorateur des confins, des frontières, un conteur de ces grands espaces sauvages où la prégnance de la nature semble abolir les lois humaines. C'est dans cette atmosphère qu'il construit un thriller haletant d'une noirceur fascinante.
Urban Waite a vingt-neuf ans. II vit à Seattle avec son épouse. La Terreur de vivre est son premier roman. Il achète actuellement l'écriture du deuxième.
Les courts extraits de livres : 16/10/2010
LE GAMIN AVAIT PRIS UN CAR VERS LE NORD À SEATTLE et il resta dehors à observer le bar un long moment, pesant le pour et le contre. Une bourrasque apporta l'odeur du goudron chauffé au soleil d'un morceau de chaussée fendillé, le froid succédait à la tiédeur de la journée, des avions passaient dans le ciel de l'après-midi, des réacteurs de jet rugissaient et des appareils décollaient dans le champ voisin. Le bar ne payait pas de mine, une bicoque en planches d'un étage avec un bout de parking recouvert de pierres et de cailloux. Il taquina un gravillon du bout du pied, hésita une dernière fois, puis entra.
Il but une gorgée de bière, balaya le bar du regard et reposa son verre. Il était avachi sur le comptoir, les coudes écartés devant lui. C'était le genre d'endroit qu'il fréquentait avant d'être majeur - petit comptoir, faible éclairage, clients aux revenus douteux - en utilisant la carte d'identité de son frère et en espérant tirer un coup. Il avait passé deux ans à l'ombre pour homicide involontaire. Et il avait eu de la chance : vu son jeune âge, le juge avait été sympa avec lui. Sur son torse menu, il portait une chemise rouge, si usée que le tissu avait pris la couleur d'une pêche desséchée. Comme il sortait de taule, il n'avait pas porté cette vieille chemise depuis des années. Avec ses nouveaux vieux vêtements, il sentait la poussière, le moisi et le renfermé, l'odeur si forte qu'elle semblait venir de sa peau.
Il reluqua sa bière, meilleure que la pisse d'âne qu'ils brassaient à Monroe, mi-fruit, mi-salive, comparable à une espèce de bibine amazonienne frelatée. Il but une autre gorgée. C'était son premier verre d'alcool légal et il le contemplait, observant la façon dont l'air se condensait sur les parois du verre et formait un cercle humide autour de la base.
Te plante pas, se dit-il en regardant les autres clients. Fais pas une connerie pareille.