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Auteur : Serge Latouche
Date de saisie : 06/09/2010
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : les Liens qui libèrent, Brignon, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782918597209
GENCOD : 9782918597209
Sorti le : 08/09/2010
La voie de la décroissance repose sur un postulat partagé par la plupart des sociétés non occidentales : pour mystérieuse qu'elle soit, la vie est un don merveilleux. Il est vrai que l'homme a la faculté de la transformer en un cadeau empoisonné, depuis l'avènement du capitalisme, il ne s'en est pas privé. Toutefois, arrivé au fond de l'impasse, il n'est pas trop tard pour faire demi-tour et chercher un chemin praticable, guidé par d'autres voix que celles de la pensée unique et des discours progressistes de l'économie et de la technique. Dans ces conditions la décroissance qui passe par une sortie de la société de consommation est un défi et un pari. Un défi aux croyances les mieux installées, parce que ce slogan constitue une insupportable provocation pour les adorateurs du progrès et du développement. Un pari, parce que, pour nécessaire qu'elle soit, rien n'est moins sûr que la réalisation du projet d'une société autonome de sobriété. Toutefois, le défi mérite d'être relevé et le pari tenté. La voie de la décroissance est celle de la résistance face au rouleau compresseur de l'occidentalisation du monde, mais aussi celle de la dissidence à l'égard du totalitarisme rampant de la société de consommation mondialisée.
Ce livre explore la construction d'une civilisation de sobriété choisie et d'autolimitation alternative à l'impasse de la société de croissance. Par petites touches, comme dans un tableau impressionniste, il s'en dégage un dessein d'ensemble, une tonalité commune, un éthos.
Serge Latouche, professeur émérite d'économie à l'université d'Orsay, est l'auteur de nombreux livres parmi lesquels, La mégamachine, Le pari de la décroissance, Petit traité de la décroissance sereine.
Extrait de l'avant-propos
«Pourquoi prendrais-je soin de la postérité ? disait Marx (non pas Karl, mais Groucho). Est-ce que la postérité s'est préoccupée de moi ?» Effectivement, on peut penser que l'avenir ne vaut pas de se tracasser pour s'assurer qu'il advient et qu'il vaut mieux en finir au plus vite avec le pétrole et les ressources naturelles plutôt que de s'empoisonner l'existence en se rationnant. Ce point de vue est assez répandu chez les élites, et on le comprend, mais on le trouve aussi implicitement chez un grand nombre de nos contemporains. Ou bien, comme l'écrit Nicholas Georgescu-Roegen, «peut-être le destin de l'homme est-il d'avoir une vie brève mais fiévreuse, excitante et extravagante, plutôt qu'une existence longue, végétative et monotone». Certes. Encore faudrait-il que la vie des modernes surconsommateurs soit vraiment excitante et que, a contrario, la sobriété soit incompatible avec le bonheur, voire avec une certaine exubérance joyeuse. Et puis même... Comme le dit très bien Richard Heinberg : «Ce fut une fête formidable. La plupart d'entre nous, du moins ceux ayant vécu dans les pays industrialisés, n'ont pas connu la faim, ont apprécié l'eau chaude et froide au robinet, les machines à portée de main permettant de nous déplacer rapidement et pratiquement sans effort d'un endroit à l'autre, ou encore d'autres machines pour laver nos vêtements, nous divertir et nous informer, ainsi de suite.» Et après ? Aujourd'hui que nous avons épuisé la dot patrimoniale, «devons-nous continuer à nous complaire jusqu'à la triste fin, et entraîner l'essentiel du reste du monde dans la chute ? Ou alors faut-il reconnaître que la fête est finie, nettoyer après nous et préparer les lieux pour ceux qui viendront ensuite ?»
On peut aussi justifier l'incurie du futur par toutes sortes de raisons pas forcément égoïstes. Si l'on pense, comme le philosophe Arthur Schopenhauer (1788-1860), et plus encore comme notre pessimiste contemporain, Emil Cioran (1911-1995), que la vie est une affaire qui ne couvre pas ses frais, c'est presque une forme d'altruisme que d'épargner à nos petits-enfants le mal de vivre. En ce cas, il est inutile de poursuivre la lecture de ce livre. La fin prévisible de la société de consommation sera la fin de l'histoire et de l'aventure humaines. Inutile de chercher des voies pour sortir de l'impasse où nous sommes coincés ou d'écouter les voix de l'espérance pour construire un après de la croissance, du développement, de la modernité et de l'Occident. Continuons à nous goinfrer dans la grande bouffe du consumérisme jusqu'à en crever et rejoignons ainsi ceux qui crèvent déjà d'inanition, victimes de notre démesure.
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