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Auteur : Jean-Baptiste Harang
Date de saisie : 02/03/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Collection : Roman
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-246-72661-6
GENCOD : 9782246726616
Sorti le : 25/08/2010
«La vie est une porte qu'on nous claque lentement au nez, et lorsque l'ouverture se réduit à une fine fente de lumière, nous tâchons de nous souvenir de ce merveilleux paysage qu'elle nous offrait jadis, grand ouvert, le panorama d'un avenir sans fin. Cet avenir meurt ce jour même où je me souviens.»
Le narrateur reçoit une lettre anonyme qui, curieusement, lui raconte sa propre enfance : la colonie de vacances, l'abbé T. et le coussin de ses genoux, les marches forcées, le Jura, ces amitiés qu'on prenait pour de l'amour, Agathe. Non, pas Agathe.
On ne répond pas à une lettre anonyme.
Sinon par un roman.
Jean-Baptiste Harang est l'auteur de plusieurs romans parus chez Grasset dont La Chambre de la Stella, prix du Livre Inter 2006.
La jeunesse est un état passager, disait Guy Debord, qui eut des pensées plus subversives. C'est Jean-Baptiste Harang qui le cite. De ce passage il fait tout un roman. Sans doute pour voir dans quel état sa jeunesse l'a laissé. Tout en sachant qu'en nous mettant ses enfances sous le nez, il amorce un regard rétrospectif sur les nôtres...
Nos coeurs vaillants se présente comme un exercice romanesque. On se précipite, on se prend au jeu, on savoure, car l'écrivain a du talent, mais on suppute que ces aventures juvéniles, situées dans un périmètre balayant les rues qui cernent l'église Saint-Ferdinand, Paris 17e (avec échappées dans le Jura), ne sont pas si fictives que cela ? On a beau savoir que, même ancré dans le réel, un roman s'offre le luxe d'envolées libres et d'enjolivures, on croit dur comme fer à la vérité de ce qui est écrit...
Pas question pour Harang de nous saouler avec ses souvenirs édifiants, de ressasser. Le charme de son livre tient dans une démonstration : à un romancier cherchant à prendre à contre-pied son amnésie, rien d'impossible !
Que Jean-Baptiste Harang ait été louveteau, scout ou coeur vaillant, nous nous en cognons éperdument, du moins tant que nous n'avons pas besoin de son aide pour allumer un feu de camp. Mais alors d'où vient que nous le suivons avec tant d'entrain sur le chemin du patronage et des colonies de vacances ? Sans doute est-ce parce que la réminiscence haranguienne possède un charme singulier : elle est fluide, sans nostalgie excessive, et surtout elle combat opiniâtrement toute forme de gravité ou de prétention. Le souvenir n'est plus ici que poussière de charbon venant alimenter un plaisir d'écriture. Autre forme de brasier que sait entretenir un coeur vaillant bien formé.
C'était une colonie de vacances, pieuse et un peu militaire, dans le Jura des années 1960. Un récit émouvant et narquois par l'auteur de «Gros Chagrin»...
Jean-Baptiste Harang répète joliment qu'il «n'a pas la mémoire des souvenirs». On apprend pourtant, ici, qu'à 9 ans il préférait être pompier que curé ; qu'il servait la messe, avec le grade de cérémoniaire, à l'église Saint-Ferdinand; qu'à 16 ans il calligraphiait des poèmes à l'encre carmin ; qu'il fut plus tard objecteur de conscience ; que, sur sa carte de Citoyen du Monde, à la rubrique profession, il inscrivit «rienfaiseur»; qu'il exerça un temps le métier de moniteur sportif à Neuilly conduisant au stade le petit et turbulent Nicolas S. ; et qu'il a eu bien raison, in fine, de devenir écrivain. Un écrivain désabusé à la prose moirée, qui a la suprême élégance de ne jamais céder à l'émotion sans y mettre de l'ironie, et qui, après «la Chambre de la Stella», continue de se balader, débonnaire, dans ses souvenirs comme dans un paysage à l'abandon retrouvé après une trop longue absence, le coeur vaillant, le coeur battant.
De Perec il a hérité la précision quasi mathématique. Lorsque Harang déclenche sa machine à "je me souviens", il est impossible de ne pas vouloir goûter à son "morceau de beurre perlé de rosée dans du papier sulfurisé",à son "pain de la ferme du collège, luisant, presque gras sous le couteau, qui semblait cuit pour ne jamais sécher...". De Pagnol il a reçu cette manière très française de peindre un personnage en trois soubresauts de chevalet...
A Proust, enfin, il a emprunté avec bonheur cette incomparable relation au temps et l'indéfectible mélancolie qui s'empare de celles et de ceux qui n'ont jamais songé à s'en faire un ami...
Jean-Baptiste Harang est un écrivain épatant.
Tissé d'une réflexion sur la mémoire qui lui confère gravité et profondeur, teinté d'autodérision, de ce fait joliment exempt d'égotisme, ce récit d'apprentissage sensible et précis, tableau en noir et blanc d'une époque qui semble étonnamment lointaine, recèle assez de charme pour être lu tel qu'il s'offre, disons au premier degré. Mais en ces pages rôde, on le pressent, on le devine, un secret, une énigme, un non-dit peut-être - rien de tragique, rien même de grave, au contraire, une sorte de douceur plutôt, une promesse d'avenir, comme une raison de regarder cette enfance en conservant, vis-à-vis d'elle, la juste distance, celle qui préserve de la nostalgie doucereuse et vaine.
Nos coeurs sont vaillants, c'est la mémoire qui flanche. Je suis en bonne santé, en pleine possession de mes facultés intellectuelles. Le peu de tests que j'ai subis depuis l'enfance, ce qu'en pensent les personnes bienveillantes qui m'ont côtoyé semblent me situer dans une vague moyenne dont il n'y a pas lieu de se vanter. Je suis le mâle aîné d'une famille reconstituée comme on en produit beaucoup de nos jours, père de trois enfants, beau-père d'un quatrième, et compagnon d'une femme admirable. Je perçois des revenus modestes et réguliers, suffisants pour assurer le gîte, le couvert, le club de remise en forme et les cigarettes de tout ce petit monde. Bref, je n'ai aucune raison d'écrire un livre et encore moins d'excuses pour le faire. Je n'ai rien d'important, d'intéressant à dire, je n'en éprouve pas le moindre besoin, ni par vanité, ni par désoeuvrement. Et pourtant nous y voilà.
J'écris pour me souvenir. Sur ordre de la Faculté. Mon cousin Maurice est psychiatre, il voulait être vétérinaire. Nous nous voyons peu, à chaque rencontre j'essaie de lire dans son oeil ironique et bienveillant le diagnostic qu'inconsciemment il porte sur ses contemporains, leurs chevaux et leurs femmes. La dernière fois, alors que nous évoquions l'état d'amnésie et de renoncement de mon père au moment de sa mort, il marqua soudain une pause, me dévisagea et ne dit rien. Son silence parlait pour lui : «Attention, mon vieux, à ton âge, tu commences à perdre la boule, toi aussi».
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