Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.
Bibliothécaires,partagez vos découvertes.
Clubs de lecture,envoyez vos choix.
Editeurs,valorisez vos livres.
Auteur : Marie-Eve Malouines
Date de saisie : 02/09/2010
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Les documents
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782234064836
GENCOD : 9782234064836
Sorti le : 01/09/2010
Certains se croient prédestinés. Ces éternels premiers de la classe ne connaissent pas le doute, ils ont été élevés pour croire en eux-mêmes. D'autres veulent une revanche sociale. Rien de tout cela dans la conquête et l'exercice sarkozyste du pouvoir. L'énergie obstinée, l'incapacité à déléguer de celui qui a conquis la fonction suprême sont le fruit d'une fuite. Si Nicolas Sarkozy veut aller toujours plus haut, c'est parce qu'il a peur. Peur de ne plus être aimé. Peur d'être abandonné. Peur de ne pas être respecté. Nicolas Sarkozy veut le pouvoir pour se rassurer. S'il est incapable de partager sa puissance, ce n'est pas par autoritarisme, mais par crainte d'être trahi. Cette quête relève d'un Graal d'enfant, l'incompréhension face à l'abandon du père, la peur de ne pas être le préféré de la mère. Pour capter et conserver cette attention maternelle, il imagine pouvoir, par sa fonction, reconquérir l'honneur de sa mère, divorcée et méprisée. Être président de la République, c'est être le plus fort. C'est ne plus être moqué. Aux regards condescendants de l'enfance doivent se substituer des regards de crainte. Cette quête ne connaît pas d'idéologie, elle n'a qu'un but : gagner. Le reste n'est qu'affaire de séduction. Séduire pour conquérir. Séduire pour durer. Quitte à cacher sa vraie nature. On le croit sûr de lui, c'est un inquiet. Il paraît improviser, en fait cet hypermnésique a travaillé toutes les hypothèses. Il prône la rupture, mais en réalité, il déteste le changement. Il multiplie les réformes, pour n'offrir que des cibles mouvantes à ses adversaires. On le croit moderne, il est nostalgique. On le croit modeste, c'est un caméléon. Familier avec l'ouvrier, bling bling avec les riches, autoritaire avec les patrons. Pour lui, le pouvoir est l'aboutissement d'un combat, pas une plénitude. Surtout quand il se révèle moins apaisant qu'il l'imaginait. La peur de décevoir un pays sera-t-elle plus forte que celle qui le fait courir depuis toujours ?
Marie-Ève Malouines, journaliste depuis 1985, est chef du service politique de France Info depuis 2004. Elle y anime un rendez-vous quotidien à 18h40 et co-anime l'émission hebdomadaire «Questions d'info» sur La Chaîne Parlementaire. Elle a déjà publié Deux hommes pour un fauteuil, chroniques de la cohabitation 1997-2001 (Fayard, 2001), et, en collaboration avec Carl Méeus, La madone et le culbuto, ou l'inlassable ambition de Ségolène Royal et François Hollande (Fayard, 2006) et Ségolène Royal, l'insoumise (Fayard, 2007).
Extrait de l'introduction
«En fait, il a peur.» Combien de fois ai-je entendu cette sentence au cours de conversations à bâtons rompus entre confrères ? Ces discussions qui meublent les interminables attentes des spécialistes de la vie politique : des sorties de réunions dont nous sommes exclus aux longs trajets qui commencent à l'aube pour aller entendre un discours prononcé à la mi-journée, en passant par ces fins de dîners entre journalistes qui ne sont pas intimes mais nourrissent la même passion pour ces animaux si singuliers. C'est là que nous parlons et plaisantons sans tabou, sans retenue. Comme les carabins qui s'esclaffent de blagues sordides, pour conjurer la mort. Nous parlons à tort et à travers, pour mieux maîtriser, ensuite, nos réflexions et nos questions. C'est dans ces moments-là que s'élaborent les hypothèses et les analyses les plus folles, les plus drôles, les plus intuitives aussi. Et pourquoi pas les plus justes ?
Car souvent, dans l'écume de ce verbiage inconséquent, une remarque revient. «En fait, Sarko a peur.» Peur du complot. Peur de la trahison. Peur de perdre ses fidèles. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur de commettre de lourdes erreurs, comme ses prédécesseurs à l'Élysée. Peur de la presse, qu'il finit par abhorrer. Peur d'aller en banlieue où s'agitent des «mineurs de plus d'un mètre quatre-vingts». Peur de perdre sa femme, sa moitié. Peur de lui-même.
Ce raisonnement vous paraît choquant ? Farfelu ? Incongru, concernant un homme qui ne cesse d'afficher sa puissance ? À moi aussi. Pourtant, en interrogeant les politiques qui le connaissent bien sur l'isolement dont il commençait à être victime à l'Élysée, j'ai vu se confirmer cette lecture des premiers pas du sarkozysme présidentiel. J'ai enquêté plus précisément sur le sujet, le raisonnement tenait toujours. La peur peut être un carburant performant, à condition de maîtriser sa vitesse.
Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia