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.. Bidoche : l'industrie de la viande menace le monde

Couverture du livre Bidoche : l'industrie de la viande menace le monde

Auteur : Fabrice Nicolino

Date de saisie : 29/08/2010

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Babel, n° 1029

Prix : 9.00 € / 59.04 F

ISBN : 9782742793044

GENCOD : 9782742793044

Sorti le : 01/09/2010

  • Les présentations des éditeurs : 29/08/2010

Comment des animaux sont-ils devenus des morceaux, des choses, des marchandises ? Pourquoi des techniciens inventent-ils dans le plus grand secret des méthodes pour "fabriquer" de la "matière" à partir d'êtres vivants et sensibles ? Comment peut-on accepter la barbarie de l'élevage industriel ? Pourquoi laisse-t-on la consommation effrénée de ce produit plein d'antibiotiques et d'hormones menacer la santé humaine, détruire les forêts tropicales, aggraver la famine et la crise climatique ? L'industrie de la viande menace le monde, et personne ne semble s'en préoccuper.
En s'appuyant sur de nombreuses études ainsi que sur les témoignages d'éleveurs, d'ouvriers d'abattoirs ou de responsables de grandes firmes internationales, Fabrice Nicolino détaille le fonctionnement de cet univers mal connu et dresse un bilan alarmant. Une enquête coup de poing qui fera considérer d'un autre oeil le poulet rôti ou le rosbif du dimanche midi !

Journaliste d'investigation, Fabrice Nicolino est notamment l'auteur, avec François Veillerette, du best-seller Pesticides, révélations sur un scandale français (Fayard, 2007).


  • Les courts extraits de livres : 29/08/2010

Vivre vite, mourir jeune, faire un affreux cadavre (librement inspiré de James Dean)

Les poussins font du toboggan, direction le hangar, ou sont jetés vivants à la poubelle. Les vaches sont nourries «scientifiquement» et les taureaux agrémentés de vagins artificiels. Les veaux sont sevrés au bout de deux jours et n'ont pas le droit de bouger un sabot. Les cochons, sans queue ni dents, deviennent pourtant cannibales. Et les poules ne peuvent plus avoir de becs. Bienvenue à la Ferme des animaux.

On peut passer ce premier chapitre si l'on n'a pas le coeur assez bien accroché. L'enfer est en effet un lieu insupportable pour les âmes tendres. Dans le monde des bêtes, on tue sans voir ni réfléchir. On massacre de toutes les manières possibles. Et cela ne date pas d'hier, non. On attribue au grand Tolstoï une phrase qu'il a probablement prononcée et sans aucun doute pensée : «Tant qu'il y aura des abattoirs, il y aura des champs de bataille.»
L'affaire n'est pas nouvelle. Témoin, pour ne pas remonter à Mathusalem, le chef-d'oeuvre de Georges Franju sorti en 1949 et dont le titre est un programme : Le Sang des bêtes. Las de réclamer cette année-là des autorisations qui ne viennent pas, Franju part filmer clandestinement aux abattoirs de Vaugirard et de la Villette, caméra au poing. Nous sommes en noir et blanc.
Faut-il parler de cinéma-vérité, comme l'on disait en France dans les années de l'après-68 ? Ou de cinéma néoréaliste à la mode italienne, façon Rome, ville ouverte ? Le résultat est stupéfiant. Franju rapportera plus tard, en 1992 : «Quand je suis allé la première fois là-dedans, je suis rentré chez moi, j'ai pleuré pendant deux jours, j'ai caché tous les couteaux, j'avais envie de mourir.»
Il faut le voir, si l'on ose. Car le spectacle est celui du grand massacre. La caméra de Franju, sur un commentaire minimaliste dit par une jeune femme, montre la réalité sans fard. Un cheval blanc arrive à la Villette et, avant que l'on ait pu comprendre quoi que ce soit, il est foudroyé avec un pistolet de Behr, vidé, dépecé. Sous nos yeux. De même les veaux sont-ils égorgés en enfilade. De même les moutons sont-ils saucissonnés sur des étals, laine contre laine, de façon grotesque, avant d'être vidés de leur sang, qui coule sur le sol et le long d'une rigole. Les tueurs sont armés de pistolets d'abattage, de merlins, de joncs grâce auxquels ils pénètrent le cerveau des bêtes.
On aperçoit Ernest, dont on apprend qu'il est un roi de la lancette - ce couteau plus coupant qu'un rasoir qui permet de fleurer l'animal mort, c'est-à-dire de séparer la peau de la chair avec délicatesse. On l'aperçoit, on le voit finalement clopiner, car Ernest, malgré sa vaillance, a commis une faute et sectionné un jour sa propre artère fémorale. On le voit donc clopinant sur un pilon en bois qui ne déparerait pas dans un vieux film de pirates.


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