Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.
Bibliothécaires,partagez vos découvertes.
Clubs de lecture,envoyez vos choix.
Editeurs,valorisez vos livres.
Auteur : Don DeLillo
Traducteur : Marianne Véron
Date de saisie : 27/10/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 9782742792306
GENCOD : 9782742792306
Sorti le : 01/09/2010
LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
New York. Depuis plusieurs jours, un homme vient, seul, assister, dans une salle du MOMA, à la projection au ralenti du film d'Hitchcock Psychose, proposée, sous le titre 24 Hour Psycho, par le plasticien Douglas Gordon.
Bien loin de là, en plein désert, le taciturne Richard Elster, universitaire à la retraite, accueille avec réticence chez lui le jeune cinéaste Jim Finley qu'intéresse la collaboration scientifique apportée par ce spécialiste de la "loi de l'extinction" au Pentagone pendant la guerre d'Irak. Les deux hommes sont rejoints dans leur solitude par Jessie, la fille d'Elster...
Des images étirées à l'infini du film d'Hitchcock aux mots, toujours plus rares, qu'échangent trois personnages déconnectés du monde face aux illisibles étendues du désert, Point Oméga invite à faire l'expérience de perceptions inédites à la faveur d'une temporalité mutante, et à prendre la mesure secrète du monde.
Plus énigmatique que n'importe quel secret-défense, plus assourdissant que le fracas des guerres, ce roman en forme d'arrêt sur image édicté la sidération du signe face à la langue impitoyablement étrangère que, depuis les origines, profère la matière qui donne forme à l'univers.
En France, toute l'oeuvre de Don DeLillo est publiée par Actes Sud.
Né en 1936 à New York, Don DeLillo est l'auteur de nouvelles et d'une trentaine de romans. En 1985, il reçoit pour Bruit de fond (Babel, 2001) la plus grande distinction américaine, The National Book Award. Deux ans plus tard, Libra (Babel, 2001) l'impose au grand public. En 1991, le PEN/Faulkner Award for Fiction lui est remis pour Mao II (Actes Sud, 1992). Don DeLillo est l'un des chefs défile incontestés de la littérature américaine. Actes Sud a publié onze de ses romans et une précédente pièce, Valparaiso (2001, traduction de Dominique Hollier).
Il faut dire qu'entre le motel typiquement américain, la folie schizo-oedipienne de Norman Bates, le meurtre sous la douche et l'ambiance très années 1960, ce classique du septième art avait de quoi fasciner Don DeLillo...
S'il s'ouvre et se ferme sur une évocation de 24 Hour Psycho, Point Oméga se concentre en une centaine de pages nerveuses sur la rencontre entre un proche du gouvernement Bush, Richard Elster, et Finley, un jeune vidéaste qui souhaite tourner un film sur lui. Le premier, soixante-treize ans, avait notamment participé aux prémices de la guerre en Irak, avant d'être abandonné par la Maison-Blanche. Alors que les deux hommes discutent dans la maison, en plein désert, surgit Jessie, la mystérieuse et évanescente fille d'Elster.
Rencontre, voyage, amours possibles ou impossibles, disparition, la vie fraye son chemin dans le noir de la salle de projection du musée comme dans celle où se tient Jessie, une nuit où tout est pensable. De même que le spectateur, dans le temps distendu de la projection, prend conscience de la place centrale de ce qui n'était que détails entrevus, le lecteur tourne avec fébrilité les pages de ce thriller minimaliste. Et plus que le tour de force narratif, c'est la force de la méditation de Don DeLillo qui s'impose, une évolution signe de la liberté et de la diversité du roman américain d'aujourd'hui.
Fort de sa passion pour Beckett et de ses interrogations sur les rapports de l'être avec le temps, Don DeLillo fait de ce trio un trépied pour sa propre caméra intime, glissant dans les méandres de son cerveau qui ressemble de plus en plus à une table de montage. Comment goûter la saveur d'être en vie ?...
Enigmatique jusqu'au vertige, déconcertant et envoûtant, Point oméga est l'oeuvre d'un auteur en quête permanente, dont chaque cellule pourrait constituer un roman à elle seule.
Nous sommes tous des artistes contemporains. C'est une sorte d'au-delà du postmodernisme que propose Point Oméga, le dernier et bref roman de Don DeLillo, l'auteur né en 1936 à New York de Libra et Outremonde. Un jeune cinéaste veut faire un film sur un intellectuel que le gouvernement Bush a recruté pour l'aider dans la conception de la guerre en Irak, puis que les républicains ont lâché quand il ne faisait plus l'affaire. Le jeune cinéaste veut qu'il raconte face à une caméra en plan fixe, devant un mur. «Une conversion sur un lit de mort. Voilà ce que vous voulez. La fatuité, la vanité de l'intellectuel. [...] Vous voulez filmer un homme qui s'effondre», dit le vieil homme au jeune sans avoir encore accepté ni refusé la proposition. Si le cinéaste s'intéresse tant à l'intellectuel, c'est que cet Elster a écrit un article intitulé «Redditions», dont la première phrase était «Un gouvernement est une entreprise criminelle». «La vraie vie n'est pas réductible à des mots prononcés ou écrits, par personne, jamais. La vraie vie a lieu quand nous sommes seuls, à penser, à ressentir, perdus dans les souvenirs, rêveusement conscients de nous-mêmes, des moments infinitésimaux», estime Elster à l'ouverture du premier chapitre. Nous sommes tous des artistes contemporains et vivre sa vie réclame un talent qui n'est pas donné à tout le monde.
L'Irak a beau être là en filigrane, on est loin des grands livres prémonitoires (Mao II, Outremonde, L'Homme qui tombe...) où DeLillo prenait à bras-le-corps les problèmes contemporains du monde et de l'Amérique - ces romans "chauds" où il semblait avoir prévu le terrorisme, le 11-Septembre, l'anthrax... et qui ont fait dire à certains critiques qu'il savait "prévoir" les Etats-Unis comme personne. Cela le fait rire. "Je ne suis pas extralucide, dit-il. Un écrivain sent certaines choses avant les autres, peut-être. Dans Point Oméga, je montre justement que la fiction, l'art en général, aident à voir. Et à s'interroger : que perçoit-on du monde finalement ?" Finley, lui, dit qu'il voit des mots, seulement des mots...
Difficile de ne pas voir dans le personnage du prologue - comme d'ailleurs dans celui d'Elster, qui a exactement le même âge que l'auteur - un double de DeLillo lui-même. Difficile de ne pas ressentir la mélancolie inquiète qui sourd de cette réflexion sur le temps et la perte.
ANONYMAT
3 septembre
Il y avait un homme debout contre le mur nord, à peine visible. Les gens entraient par deux ou trois, s'immobilisaient dans l'obscurité pour regarder l'écran, et puis s'en allaient. Parfois c'est à peine s'ils franchissaient le seuil, des groupes plus nombreux entrés au hasard, des touristes déconcertés. Ils regardaient en se dandinant d'un pied sur l'autre, et puis ils s'en allaient.
Il n'y avait pas de sièges dans la salle. L'écran était dressé au milieu, à hauteur d'homme. C'était un écran translucide, de trois mètres sur cinq, et quelques visiteurs, peu nombreux, prenaient le temps de passer de l'autre côté. Ils s'attardaient encore un moment et puis s'en allaient.
La salle était froide, et seule la lueur grise de l'écran l'éclairait. Près du mur nord, l'obscurité était presque complète, et l'homme leva une main vers son visage, répétant, avec une extrême lenteur, le geste d'un personnage sur l'écran. Quand la porte coulissait pour laisser passer des gens, entrait un furtif éclat de lumière, provenant de l'autre salle, où, un peu plus loin, d'autres groupes se penchaient sur les livres d'art et les cartes postales.
Le film passait sans dialogue ni musique, sans aucune bande-son. Le gardien de musée se tenait tout près de la porte, et il arrivait qu'en sortant les gens le regardent, cherchant à croiser son regard, comme en quête d'un contact visuel qui validerait leur effarement. Il y avait d'autres salles, des étages entiers, nul besoin de s'éterniser dans une pièce hermétique où ce qui se passait prenait, à se passer, un temps infini.
L'homme près du mur regardait l'écran, et puis il commença à longer le mur adjacent jusqu'à se trouver de l'autre côté de l'écran, de manière à voir la même action en image inversée. Il regarda la main d'Anthony Perkins se tendre vers la portière d'une voiture, la main droite. Il savait qu'Anthony Perkins utiliserait sa main droite de ce côté-ci et sa main gauche de l'autre côté. Il le savait mais il avait besoin de le voir, et il longea le mur dans la pénombre puis s'en écarta de quelques mètres pour regarder Anthony Perkins de ce côté-là de l'écran, au verso, Anthony Perkins qui utilisait sa main gauche, la mauvaise main, pour ouvrir la portière de la voiture.
Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia