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Auteur : Juli Zeh
Traducteur : Brigitte Hébert
Date de saisie : 30/09/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 9782742792191
GENCOD : 9782742792191
Sorti le : 01/09/2010
LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
Nous sommes en 2057 et tout est propre. Pour le bien et la santé de tous, l'État a instauré la Méthode, qui exige de la population qu'elle se conforme à une série de contrôles et de règles préventives.
Mia, une jeune biologiste, ne fait soudain plus de sport et omet d'informer les autorités sur ce qu'elle consomme. On la convoque au tribunal afin qu'elle se justifie.
Bientôt soupçonnée de sympathiser avec le groupe Droit à la maladie, auquel appartenait son frère avant de mourir dans des circonstances mystérieuses, Mia glisse peu à peu dans les procédures de la Méthode. Le journaliste de télévision qui s'intéresse à elle et lui donne la possibilité de s'expliquer saura-t-il l'aider ?
Avec l'intelligence et l'habileté qu'on lui connaît, Juli Zeh nous offre un récit rythmé, percutant, sur l'obsession sanitaire qui prend forme à notre insu.
Née en 1974, Juli Zeh a suivi des études de droit international et de littérature. Son oeuvre d'essayiste et de romancière a été récompensée par une dizaine de prix. Elle compte parmi les auteurs les plus importants de sa génération. Les droits cinématographiques de Corpus delicti ont été cédés.
En France, La Fille sans qualités (Actes Sud, 2007 ; Babel n° 912) a reçu le prix Cévennes du roman européen en 2008. La même année, L'Ultime Question est paru chez Actes Sud. Juli Zeh est également l'auteur de l'essai Atteinte à la liberté (avec Ilija Troyanow, Actes Sud, 2010).
Sous la plume fielleuse de Juli Zeh, Big Brother se porte à merveille. Il se lave, se frotte, se bichonne, mesure chaque matin sa tension artérielle, avale des vitamines et fait du sport en évitant d'embrasser ses proches, pour échapper aux virus. C'est dans ce monde idéal et sinistre que se débat Mia Hall, une biologiste allemande qui a le grand tort de ne pas assez aimer son corps, et de le négliger. Un crime capital. Va-t-elle obtempérer ? Ou se révolter, comme ces groupuscules révolutionnaires qui sèment la terreur en revendiquant le "droit à la maladie" ? A ce tableau orwellien d'une société fasciste qui se stérilise et qui déifie les corps en piétinant les âmes, Juli Zeh ajoute une trame policière...
Pour son troisième roman, la jeune Juli Zeh (elle est née en 1974) n'a pas opté pour un thème particulièrement original : la mise en scène d'un totalitarisme hygiéniste, régulant le corps dans ses moindres pulsations, a déjà inspiré des auteurs de science-fiction. On pense, par exemple, à Un bonheur insoutenable, roman très frappant d'Ira Levin, paru en 1970. Mais la brillante romancière, très en vue outre-Rhin, fait preuve d'imagination dans son approche de ce cauchemar...
Dans le petit théâtre créé autour de son héroïne, les maux de la société moderne apparaissent avec une grâce et un humour assez réjouissants. De l'obsession sanitaire au contrôle social, de la toute-puissance médiatique à l'hystérie normative, l'écrivain (qui vient de publier un essai sur la société de surveillance, Atteinte à la liberté, chez Actes Sud) a finalement pointé bien des dérives contemporaines, dans un livre à la fois poétique et politique - ce qui n'est pas rien.
MILIEU DE LA JOURNÉE, AU MILIEU DU XXIe SIÈCLE
Entourant plusieurs villes qui n'en forment plus qu'une, la forêt recouvre les collines. Des émetteurs pointent leurs tours vers des nuages moelleux, dont les ventres ont depuis bien longtemps cessé d'être souillés par l'haleine fétide d'une civilisation qui crut jadis que le meilleur moyen de prouver sa présence sur cette planète était de rejeter d'énormes quantités de crasse dans l'atmosphère. Çà et là, l'oeil grand ouvert d'un lac frangé de roseaux regarde le ciel : gravières et mines noyées depuis des décennies. Non loin des lacs, les usines désaffectées abritent des centres culturels ; une portion d'autoroute abandonnée compose avec les clochers de quelques églises désaffectées un musée de plein air pittoresque dont les visiteurs, il est vrai, ne sont pas très nombreux.
Ici, plus d'odeurs nauséabondes. Fini de creuser, d'enfumer, d'éventrer, de brûler. Ici, une humanité apaisée a cessé de combattre la nature, et donc de se combattre elle-même. Les coteaux sont parsemés de petites maisons cubiques aux façades crépies de blanc qui se groupent pour constituer des complexes d'habitations disposés en gradins. Les toits plats forment un paysage quasi infini ; ils s'étirent jusqu'aux quatre horizons et, reflétant l'azur, semblent un océan figé, fait de millions de cellules solaires en rangs serrés.
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