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Auteur : Daniel Vaxelaire
Date de saisie : 30/08/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Orphie, Chevagny-sur-Guye, France
Collection : Autour du monde
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-87763-426-7
GENCOD : 9782877634267
Sorti le : 06/04/2010
C'est une rencontre détonante, en plein siècle de Louis XIV : un jeune homme en mal d'aventure croise le chemin d'un moine en mal d'idéal. Voici né un couple qui changera le monde, ou du moins essaiera : Misson et Caraccioli ont bâti une République idéale, à Libertalia, qui a failli réussir. Un pays où tous étaient égaux, sans distinction de race, de sexe ou de religion.
La révolution, hélas, porte en elle ses failles. Comment concilier lutte et fraternité ? Faut-il ouvrir ses bras à tous ? Quand on est trop nombreux et qu'il faut des lois, ne glisse-t-on pas à son tour vers la tyrannie ?
Les pirates philosophes auront bien de l'ouvrage, pour donner corps à leur rêve. La récompense viendra, incarnée de manière inattendue par des yeux rieurs, sous un voile multicolore. Mais combien de temps peut-on tenir, quand on est seul contre tous ?
Daniel Vaxelaire, qui connaît bien l'océan Indien, s'est inspiré du récit de Daniel Defoe, alias Charles Johnson, qui a évoqué le premier, en 1724, l'histoire surprenante de Libertalia.
Il l'a agrémentée d'une belle bouffée d'embruns et d'émotion.
«Daniel Vaxelaire sait faire sourdre la fiction d'un noyau de réalité qui l'imprègne durablement... Du vrai et du faux mélangés avec bonheur : une histoire comme on les aime !»
Geneviève Brisac, Le Monde.
«Un récit mené à vive allure.»
Valeurs Actuelles.
«Chaque lecteur se sent une âme de corsaire ou de cannibale, au choix.»
Jeune Afrique.
«Daniel Vaxelaire s'affirme, avec les Mutins de la Liberté, comme l'un des grands écrivains de l'aventure historique de notre temps»
Lettres et cultures de langue française.
Caraccioli objected that they were no pirates, but men who were resolved to assert that liberty which God and Nature gave them, and own no subjection to any, farther than was the common good for all...
Charles JOHNSON, A General History of the Robberies and Murders of the Most Notorious Pirates, 1724.
La taverne était bruyante, obscure et sale. Derrière les bancs, des générations de dos avaient noyé de crasse les fresques des murs. Des porte-chandelles empâtés de cire jaune affrontaient de leurs lueurs vacillantes les ténèbres enfumées. Sur les dalles glissantes, une sciure vieille de huit jours n'arrivait plus à boire le jus des chiques et des pots renversés.
En ce trou infâme, cinquante voix avinées braillaient en même temps.
Les clameurs des joueurs de dés croisaient les appels à boire ; de vagues débats s'engluaient dans des bouches édentées, des poings lourds martelaient sur le chêne noirci des vérités premières que personne n'écoutait.
Olivier était ravi.
Hormis le langage, il eût pu se croire chez lui. Rien ne différenciait cette trattoria romaine de ses cabarets marseillais, pas même les trois olives verdâtres, au fond de leur soucoupe, censées distraire le palais de l'hôte de marque. Pas même les deux filles assises à ses côtés et qui faisaient de sa table, malgré leur fard, leur allure et leur âge, comme un îlot de délicatesse au sein de l'ouragan de mâles invectives.
Son père, les eût-il rencontrées, les aurait qualifiées de gourgandines. Olivier faisait moins le délicat. Il avait la voracité de la jeunesse, cette gourmandise qui fait bon bec de tout. La brune était bien un peu fripée, mais elle avait le cuisseau tiède sous la nappe complice. La rousse avait le corsage prometteur. Et c'était une autre promesse que cet escalier qui, dans un angle de la salle, montait vers les chambres. Sa première nuit romaine paierait le jeune homme de deux mois de croisière.
1) Qui êtes-vous ? !
Un ancien journaliste, atterri un peu par hasard dans la lointaine Réunion, jamais reparti dans sa Lorraine natale, où poussent hélas trop peu de cocotiers. Enthousiasmé par tout ce qu'il y avait à voir et à décrire, à commencer par les histoires grandes et petites de cette île trop peu connue, et celles des pays voisins, dont l'aventure peu ordinaire de Libertalia, qui a donné les Mutins de la Liberté...
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Une histoire vraie, qui a été décrite par un certain Charles Johnson - pseudonyme de Daniel Defoe - dans son Histoire des Pirates vers 1730. Il raconte comment un jeune noble français, Misson, associé à un moine italien, Caraccioli, créèrent une république de pirates à Madagascar, aux alentours de 1700. Une république, en plein règne de Louis XIV ! Et totalement égalitaire, quels que soient la religion, la nationalité, la couleur, le sexe de ses habitants ! Autant dire une utopie. Mais Johnson, s'il donnait bien des détails sur les batailles navales et le nombre des canons, était très lacunaire sur le reste : on ne sait pas l'âge des principaux protagonistes, ni même leurs prénoms. Et peu de choses sur les jolies jeunes femmes qui... Parce qu'en plus d'être une histoire de pirates et, s'il faut trouver un néologisme, de proto-hippies, c'est aussi une histoire d'amour. Avant tout une histoire d'amour puisque cet amour englobe l'autre sexe mais aussi les autres gens, y compris, un peu naïvement, les méchants... Bref, j'ai eu envie de m'engouffrer dans les brèches que laissait le récit de Johnson, de rêver ces personnages et leurs pensées, en essayant de ne pas les trahir, d'être en quelque sorte digne de ce qu'ils ont voulu bâtir, qui n'a pas duré et dont il n'y a toujours aucun équivalent dans notre monde dit civilisé...
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Nous ne mourrons pas. Notre ville ne mourra pas. Les grands hommes et les grandes idées ne meurent jamais..."
Ou alors, si j'ai droit à deux (j'ai droit à deux ?) la mise en bouche, le début du film, l'instant magique où l'on embarque son lecteur avec soi ou le perd à jamais :
"La taverne était bruyante, obscure et sale. Derrière les bancs, des générations de dos avaient noyé de crasse les fresques des murs. Des porte-chandelles empâtés de cire jaune affrontaient de leurs lueurs vacillantes les ténèbres enfumées. Sur les dalles glissantes, une sciure vieille de huit jours n'arrivait plus à boire le jus des chiques et des pots renversés. En ce trou infâme, cinquante voix avinées braillaient en même temps... Olivier était ravi."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Je verrais bien l'Hymne à la Joie, quand les navires entrent toutes voiles dessus dans cette baie qui va être le paradis des équipages, et le berceau des premiers enfants : l'enthousiasme, le si vaste horizon, l'alizé et l'espoir dans les reins, et en fond ténu, cette note dramatique qui ne quitte jamais Beethoven...
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