Un privé à la dérive, Michael McGill, est embauché pour retrouver une version de la Constitution des États-Unis comportant des amendements écrits à l'encre alien invisible. Depuis les années 50, le précieux document est passé de main en main en échange de services louches. Pour un demi-million de dollars, McGill entre dans ce que l'Amérique a de plus fou, grotesque, déviant et hilarant.
Un livre guidé tambour battant par la logique du pire, l'exploration transgressée d'un pays foutraque et décadent à la recherche de ce qui pourrait modifier le cours de son histoire...
Né en 1968 en Angleterre, scénariste, Warren Ellis a participé au renouveau du label Marvel dans les années 90 sur les séries Fantastic Four et Iron Man. Il est l'auteur du chef-d'oeuvre d'humour et de noirceur Transmetropolitan et de plusieurs séries. Son premier roman atomise toutes les conventions et frappe un grand coup !
La revue de presse Eric Loret - Libération du 9 septembre 2010
Peut-on encore être alternatif ? Où sont planquées les limites ? Faut-il en rire ou en pleurer ? Ellis a choisi la première solution en plongeant son héros «dans la cuvette qu'est l'Amérique», sous forme de «balai à chiottes humain»...
A en juger par le vocabulaire employé, l'odyssée ordurière promise par l'auteur se double d'une ironie offusquée à l'égard de ce qu'il décrit. Mais c'est souvent la marque de fabrique de la contre-culture trash, un peu comme Chateaubriand ou Goethe ne dépeignaient la mélancolie et le suicide que pour en dégoûter leurs lecteurs.
Les courts extraits de livres : 03/09/2010
J'ai ouvert les yeux pour voir le rat pisser dans mon mug. Un énorme salopard marron, le corps comme un étron sur pattes et des petits yeux ronds pleins d'une sagesse secrète de rongeur. Avec un soupir hautain, il a sauté au bas de la table et s'est précipité dans le trou du mur où il avait passé les trois derniers mois à échafauder de nouvelles tactiques pour m'emmerder. J'avais bien essayé de clouer une planche contre la plinthe, mais il l'avait rongée pour venir recracher les reliquats de bois humides dans mes chaussures. Après ce coup-là, j'avais trempé des appâts dans du coumaphène : le poison l'avait visiblement fait muter à un stade d'évolution supérieure et l'avait transformé en super-rat. Je l'avais atteint à l'oeil, une fois, d'un coup de crosse de flingue bien placé, mais il s'était relevé et avait chié sur mon téléphone.
Je me suis extrait péniblement de mon sommeil et j'ai tangué dans mon fauteuil. La puanteur de pisse s'élevait en volutes de mon mug et a fini de me réveiller avec une violence désagréable. J'aurais préféré un bon café. J'ai décollé mes fesses du cuir moite du fauteuil, je me suis redressé tant bien que mal et me suis traîné, jambes raides, jusqu'aux toilettes jouxtant mon bureau. J'étais sûr qu'un de ces jours quelqu'un entrerait en trombe sans prévenir dans mon cabinet et trouverait un détective privé à poil en train de pisser dans la cuvette, la porte grande ouverte. Il fut un temps où ce genre de détails m'aurait préoccupé. C'était avant que je commence à vivre nuit et jour dans mon bureau, je crois.