Lea danse, jetée à corps perdu dans la perfection du mouvement. Elle est chorégraphe par nécessité. Lea aime, mais ne peut s'abandonner à Bruno, peintre de l'immobile. En pleine tempête, elle part vers l'océan retrouver sa mère, celle qui s'est toujours tue.
Alors ont lieu l'épreuve de la parole et celle de l'écoute, jusqu'où une mère peut-elle dire ? Jusqu'où une fille peut-elle entendre ? C'est ce péril fertile de la parole partagée qui est au coeur du roman."
Il conduira au corps d'une jeune fille de seize ans livré dans une maison close pendant la guerre, à Naples. Il conduira à l'énigme de l'amour qui consent et soumet. Il conduira au mystère de l'enfantement.
Par le jeu de onze tableaux dévoilant la vie des absents en contrepoint de la ligne narrative, dans une langue retenue et vibrante, Jeanne Benameur chorégraphie les secrets de la transmission et la fervente assomption des mots qui délivrent.
Jeanne Benameur vit entre Paris et La Rochelle et consacre l'essentiel de son temps à la littérature : romans, théâtre et poésie.
Les courts extraits de livres : 19/08/2010
Quand Lea ne travaille pas dès le lever, juste après le premier café, ça ne lui vaut rien.
Il lui faut saisir la façon dont son corps va s'articuler au monde avant que la journée avec les autres ne commence. Seule, dans le jour qui vient, par des exercices répétés, elle tisse ses liens avec l'air. Une grammaire sensible, improbable, à réexpérimenter chaque matin.
Elle s'oriente.
Dans son appartement sous les toits, elle a réussi à garder une pièce entièrement vide. Un luxe dans une ville où chaque mètre carré coûte si cher. Tant pis si cela restreint l'espace qui reste pour vivre. Pour rien au monde elle ne céderait ce territoire nu. Elle en a peint elle-même les murs et les poutres rondes, d'anciens mâts de bateau, lui a-t-on dit quand elle avait visité. C'est ce rappel de la mer, incongru, au milieu des rues, loin de toute côte, qui l'avait décidée. Elle se rassurait. Elle pourrait imaginer les voiles, le vent. C'était toute son enfance. De l'air dans la ville.
Là, son corps se déploie. Le bout de ses doigts la tire vers le ciel, elle touche les poutres, redescend vers le sol. La pièce est mansardée d'un côté, les murs sont sans fenêtres, mais une large ouverture vitrée au plafond lui livre une grande part de ciel. La pluie le soleil directement sur la tête et personne qui passe dans le champ.
Elle a besoin d'horizon.
En ville, elle a appris que c'est par le haut qu'il se donne.