«Moi, je rêvais de rencontrer un sage, un vrai. J'avais beaucoup réfléchi à cette histoire de question essentielle. Bien que l'occasion ne se soit jamais présentée, j'avais mille fois imaginé la scène de ma confrontation, un coup tombant en tailleur aux pieds d'un gourou bengali, un autre m'envolant aux côtés d'un sorcier mexicain - selon l'influence du moment. Mais chaque fois mon imagination s'arrêtait au moment où je devais poser la question. Alors que s'achevait dans la bonne humeur ce premier repas montagnard au coin de la cheminée, je pris secrètement ma décision, et allai me coucher aussi résolue qu'excitée.
Mon heure avait sonné.
Demain, dès l'aube, je me mettrais en chemin - j'irais par la montagne, j'irais voir Paul K.»
Un premier roman grinçant comme une porte de placard, ébouriffant comme une descente à skis.
Noémie de Lapparent est née en 1973. Après des études littéraires, elle intègre l'école de la Fémis. Sa formation de scénariste l'a conduite à collaborer à de nombreux films. Bons baisers de la montagne est son premier roman.
La revue de presse - Le Figaro du 2 septembre 2010
Si la quête du prince charmant n'est guère originale, sous la plume de Noémie de Lapparent, elle le devient. La nouvelle romancière, née en 1973 et scénariste pour le cinéma, propose une histoire d'amour dérangeante, placée sous le signe de la spiritualité. Dans un style alerte, humour et poésie, légèreté et profondeur sont au rendez-vous...
Comment aimer un être pour ce qu'il est et non pour ce qu'on souhaiterait qu'il fût ? Telle est l'éternelle question.
Les courts extraits de livres : 09/09/2010
C'était l'hiver encore. Dans mes moments de remords je me plais à penser que tout aurait été différent si ça avait été le printemps. Un jour de mai, par exemple. Mais comment savoir ? Qui sait quel cours les événements auraient alors suivi ?
Le mois de mars avait mal commencé. Des chutes de neige totalement inattendues avaient bloqué les rues de Paris, compromettant le tournage du film dans lequel je devais jouer - enfin - un joli petit rôle. Le producteur, menteur et ruiné, saisit ce prétexte pour l'annuler à la dernière minute. Pas repousser : annuler, tout bonnement.
Adieu veaux, vaches, cochons. Les unes derrière les autres commencèrent à défiler de longues journées vides et chères dans des cafés parisiens désagréables, à ratiociner mon amertume. Tristes, identiques et inutiles. Même la neige ne pouvait me consoler. Je n'en voyais pas l'intérêt, hormis la regarder : tomber, puis fondre, se transformer en gadoue, disparaître, être oubliée, comme si elle n'avait jamais existé. Un sort médiocre. Pourtant, Dieu sait si j'aimais la neige, mais pas à Paris. C'est la montagne qu'il lui fallait pour pouvoir s'exprimer.
C'est alors que me revint l'invitation lancée un peu en l'air trois mois plus tôt par mes cousins germains.