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Auteur : Alice Ferney
Date de saisie : 14/03/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782742792122
GENCOD : 9782742792122
Sorti le : 18/08/2010
LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
Passé sous silence est le récit, en forme de conte historique, d'un événement réel de la seconde moitié du xx«siècle. Les dates, lieux, noms de personnes ont été effacés, mais les choses dites l'ont été et les faits sont authentiques : dans un moment décisif de notre histoire s'affrontent deux visions de l'honneur et du service de l'État.
Entre la Terre du Sud et le Vieux Pays, une guerre d'indépendance s'éternise. Pour la finir, le Vieux Pays rappelle au pouvoir son chef le plus prestigieux. Une fois investi, le souverain n'agit pas comme on l'attendait. Contre ce pouvoir, un jeune officier mène une conjuration jusqu'à l'attentat. Sain et sauf, le chef de l'État accordera-t-il sa grâce ?
Pour raconter ce moment singulier où un héros s'est retrouvé juge et partie, Alice Ferney convoque tour à tour les pensées des deux protagonistes. Une documentation méticuleuse et une précieuse prise en compte des mécanismes psychologiques lui donnent l'audace de soulever la chape du silence. Avec la volonté ardente d'exhumer une injustice, et sans jamais juger, Alice Ferney essaie de comprendre ce qui, dans des temps troublés, a pu mener un homme à mourir et un autre à condamner.
Elle touche en vérité le point focal d'un drame national qui irradie encore. Et fait entendre, avec une efficacité saisissante, la voix du romancier face à l'Histoire.
Alice Ferney a déjà publié sept romans chez Actes Sud : Le Ventre de la fée (1993), L'Elégance des veuves (1995 ; Babel n° 280), Grâce et dénuement (1997, prix Culture et bibliothèques pour tous ; Babel n° 439), La Conversation amoureuse (2000 ; Babel n° 567), Dans la guerre (2003 ; Babel n° 714), Les Autres (2006, Babel n° 857) et Paradis conjugal (Babel n° 990).
Dans Passé sous silence, Alice Ferney fait preuve de compassion pour Jean-Marie Bastien-Thiry, organisateur de l'attentat du Petit-Clamart qui faillit coûter la vie au Général de Gaulle le 22 août 1962...
Qu'importe. Passé sous silence ne parle ni du Petit-Clamart, ni du général de Gaulle, ni de Bastien-Thiry, ni de l'Algérie, mais de Grandberger, de Donadieu, du Vieux Pays et de la Terre du Sud. C'est de la fiction...
Passé sous silence dépasse le drame algérien, c'est une évidence. C'est un superbe conte sur la tragédie du pouvoir, l'opposition irréductible entre responsabilité et conviction, réalisme et idéalisme. Alice Ferney nous replonge dans l'éternel combat entre Antigone et Créon, ressuscités en 200 pages ciselées de dialogues intérieurs de personnages habités par l'idée qu'ils se font de leur destin. La romancière, plus que jamais décidée à ne pas se laisser enfermer dans le rôle "de la mère de famille qui raconte des histoires de couple", a fait là une belle échappée.
La question algérienne sous un angle inédit et pour le moins délicat, dans un roman remarquable qui sans doute interrogera, tel est l'authentique défi dans lequel s'est lancée ici Alice Ferney. Si les noms, les dates
et les lieux ont été changés, pour hausser le propos
à une portée plus générale, le récit présente en effet
une fidélité sans faille aux événements de la période 1958-1963...
L'énorme charge d'émotion de ce texte à l'écriture subtile et déliée n'oblitère à aucun moment l'analyse
de cet aveuglement devenu fanatisme froid, qui aboutit
à la condamnation à mort de Donadieu, au terme
d'un procès devant une cour spéciale. Alice Ferney propose une saisissante restitution du cheminement de pensée du soldat égaré face à ses juges. On ne voit guère que le roman pour s'approprier ainsi l'histoire
et en explorer la brûlante matière.
Dès les premières pages, le rythme et les méandres du récit donnent le sentiment d'un vertige ou d'un déséquilibre. Rien de bien surprenant puisqu'elles sont le moment d'un croc-en-jambe. L'auteur nous tend un piège et joue avec les préjugés de notre mémoire collective, faisant d'un attentat trop connu (celui du Petit- Clamart) la matière d'un conte historique apparemment candide. Mieux, il monte habilement les points de vue du souverain et de son régicide sur un même mode et dans une tonalité similaire, court-circuitant nos habitudes épiques du chant et du contre-chant.
Il a fallu plusieurs décennies pour que les passions s'apaisent ou semblent s'apaiser, que le regard sur «ce passé qui ne passe pas» soit aussi celui des historiens d'une nouvelle génération et celui des romanciers, puisque, une fois de plus, la fiction permet d'en dire plus qu'un document. En revenant sur cet épisode oublié de l'histoire, Alice Ferney s'expose aux critiques de ceux qui, en fonction de critères moraux ou politiques, se livrent à des simplifications faciles. Qu'importe de savoir auquel des deux acteurs de l'histoire - de Gaulle ou Bastien-Thiry - elle donne raison et lequel des deux a raison en définitive. Un roman n'est pas un tribunal mais le lieu de la liberté. La romancière a établi une distance avec la réalité historique en modifiant les noms : la France est devenue «le Vieux Pays», l'Algérie «la Terre du Sud», le général de Gaulle s'appelle Jean de Grand berger, Mme de Gaulle, Charlotte, et Bastien-Thiry, Paul Donadieu. À celui-ci, un narrateur anonyme parle à la deuxième personne et se tient au plus près de ce qu'il pense, ressent, espère, redoute.
..
Chronique du procès, mise à mort annoncée, la narration suit le cheminement des deux âmes et en respecte le mystère.
Alice Ferney ne juge pas mais veut dépasser les images d'Epinal pour reconstituer des itinéraires et des motivations. Le colonel : droiture, fidélité, honneur, Dieu et fourvoiement dans une entreprise perdue et téléguidée par d'autres moins scrupuleux. Le général ? C'est l'homme d'Histoire qui veut continuer à l'écrire, d'abord isolé et rongeant son frein dans sa traversée du désert, puis conquérant et impitoyable. Un roman très documenté, sensible, qui interroge un passé qui, lui aussi, ne passe pas.
Peu de destins individuels demeurent longtemps éclairés par l'Histoire. Cet ensevelissement des noms et des nommes dans le passé paraît plus injuste lorsqu'ils ont enduré une guerre. Pourtant, cette convulsion historique, qui fait drame dans leur vie, ne change rien à l'oubli promis aux héroïsmes anonymes. Surtout si les braves combattirent pour une cause perdue, ou, pire, à qui l'avenir ne donnera pas raison : moins légitime que ne l'avaient dit leurs chefs. Le temps, dont ils furent la matière, passe à autre chose, trouve ses fibres neuves. La passion de ce qui fut s'émousse. L'intérêt s'estompe. La mémoire se polarise. La violence des événements se dissipe. L'actualité renouvelle les objets de l'attention. La connaissance des êtres - ce qu'ils ont fait, la manière dont ils l'ont fait - disparaît. Combattre sans déroger à l'honneur ne peut relever de la pensée qu'on a de la postérité. C'est le choix intérieur d'un homme dans un instant. Quelles que soient sa grandeur, sa souffrance ou sa consternation, elles seront oubliées, comme le sont les affaires privées, qui par nature restent inaccessibles. Car les gestes minuscules, les pensées, les sensations les plus profuses, les désarrois, les peines, n'ont cours que par celui qui les initie, les éprouve, et souvent les tait. L'ignorance du détail personnel accompagne la mémorisation historique.
Il est plus aisé de consigner la guerre en général que la guerre d'un seul soldat.
Les mémoires familiales ne pactisent pas avec l'oubli. Ayant accès aux secrets intimes, elles les sauvegardent. Les descendants d'une lignée peuvent se rappeler un cheminement, une petite gloire, un tourment qui fut inutile, une torture restée ignorée. Leur témoignage rapporte ce qui fut subi et mené par un homme. Pour un enfant à l'écoute, vierge de défaites et de récits, un parent dira : Ton grand-père a eu la Légion d'honneur à titre militaire (il faut le préciser, car le présent, si éloigné des circonstances et de la valeur des sacrifices, en galvaude les récompenses). Ton grand-père avait aussi telle médaille, telle croix, qui résument l'itinéraire de son courage.
1) Qui êtes-vous ? !
Une femme de mon époque, vivante et émotive.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
La justice, l'Histoire. Comment certaines situations exceptionnelles mènent des hommes à faire des erreurs.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"On devrait obliger le chef de l'État qui refuse sa grâce à assister à l'exécution."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Stabat Mater de Pergolèse
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Une manière libre de penser devant l'Histoire.
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