Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.
Bibliothécaires,partagez vos découvertes.
Clubs de lecture,envoyez vos choix.
Editeurs,valorisez vos livres.
Auteur : Fabrice Humbert
Date de saisie : 17/06/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : le Passage, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782847421545
GENCOD : 9782847421545
Sorti le : 19/08/2010
Paris, juin 1995. Dans un grand restaurant, un serveur est violemment frappé par un client. Autour de lui, personne n'intervient. Ni le couple russe qui contemple cette scène avec des sentiments mêlés, ni la femme du client en colère, ni les deux jeunes gens, deux Français, venus fêter une première embauche à la banque.
Une simple anecdote ? Pas même un fait divers ?
Dans le cours des vies, aucun événement, si minime soit-il, n'est anodin. Et la brutalité de l'un, l'indifférence ou la lâcheté des autres vont bientôt se révéler pour ce qu'elles sont vraiment : le premier signe de leur déclin.
De la chute du mur de Berlin à la crise financière de 2008, dans un monde façonné par l'argent, les destins croisés des acteurs de cette scène inaugurale, de l'oligarque russe au financier français en passant par le spéculateur immobilier, tissent peu à peu une toile. Et au centre de la toile, Sila, le serveur à terre, figure immobile autour de laquelle tout se meut.
Après L'Origine de la violence, Fabrice Humbert signe avec La Fortune de Sila un roman captivant, une véritable fresque contemporaine de nos sociétés mondialisées.
La violence est une «faille béante» dans le destin de tout être humain. Porté par cette conviction, l'auteur de L'Origine de la violence (éd. du Passage, 2009) poursuit son exploration de la férocité contemporaine : l'argent permet la réalisation des rêves, mais sa possession peut se retourner contre ceux-là mêmes auxquels elle prétend bénéficier...
Le roman ne s'achève pas sur le triomphe de la moralité - Fabrice Humbert n'a pas cette naïveté. Mais, face à la destruction du monde ancien que certains poursuivent avec «une jouissance barbare», les vaincus redécouvrent leur pouvoir : préserver ou restaurer leur capacité à être heureux. Ils échappent à la malédiction accablant ceux qui s'acharnent dans le combat : «Un être en guerre, [...] c'est un homme pour qui la défaite a déjà eu lieu. La défaite de tout ce qui peut nous rendre humains mais aussi la défaite du bonheur.»
Son propos n'était pas d'écrire un livre qui marche bien, mais d'apporter "un éclairage partiel sur le monde dans lequel on vit". Le journalisme était sa vocation première. Il a fait des études de lettres, a commencé à enseigner, la voie était tracée : il enseigne le français au lycée franco-allemand de Buc, dans les Yvelines. Un peu comme dans ses livres. Il ne fait pas de plan. "Je sais où je vais mais je ne sais pas comment j'y vais", dit-il. L'essentiel est de participer à une lecture de l'histoire qui ne soit pas manichéenne.
Les bonnes âmes qui reprochent à la littérature française son nombrilisme, son manque d'ambition et son indifférence à l'Histoire en cours sont bien mal renseignées. Elles devraient lire Fabrice Humbert...
Inutile, cependant, de chercher une thèse univoque dans ce puissant roman balzacien. Sa navigation dans les eaux troubles du capitalisme contemporain ne respecte ni les frontières ni les mots d'ordre de ceux qui prétendent le réguler les flux financiers ne se gênent pas non plus. A travers les destins croisés de ses personnages, c'est en moraliste que l'auteur de «la Fortune de Sila» photographie notre époque, où le culte de l'argent a remplacé tous les autres. La mondialisation, comme disait presque Mallarmé, est aussi faite pour aboutir à un beau livre. Celui de Fabrice Humbert est l'un des plus remarquables de la saison.
La fortune de Sila est un livre de notre temps. Il est fait d'histoires singulières, belles, exaltantes, tristes ou douloureuses, et restituées avec un bonheur d'écriture et une économie de pathos qu'il faut saluer sans réserve. Les personnages sont des archétypes...
Leurs destins se croiseront. Des vies seront gâchées, des rédemptions quêtées, des pardons accordés. On ne vous raconte pas l'histoire. Sila, l'homme noir qu'une injustice n'abat pas, en est le héros apaisant. Il est à la fois irréel et vrai. La magie du roman, en somme.
Sila se tenait en équilibre fragile sur l'angle d'un mur de pierre, le pied gauche surélevé par rapport au droit. Là, debout dans le soleil, un grand sourire aux lèvres, il pissait. Et à cette époque, personne n'aurait pu songer qu'il se retrouverait un jour serveur à l'autre bout du monde, attendant dans les cuisines, le nez cassé, qu'on l'emmène aux urgences.
Il rit lorsque l'urine éclaboussa, sur un journal abandonné, le visage imprimé d'un homme. Une ombre délavée d'encre noire lui mangea une partie de la joue. Le large visage en parut plus sévère.
Sila sauta du haut du mur. Par curiosité, il saisit sa cible d'un doigt précautionneux. Un Blanc d'une cinquantaine d'années, gras, avec des cheveux blancs. Sila allait le laisser retomber lorsqu'un chiffre attira son attention : deux milliards de dollars. Le doigt fixé sur les lignes, il déchiffra l'article. Il crut comprendre que c'était la somme gagnée par cet homme pendant l'année. Mais il n'était pas certain d'avoir bien lu. Il était bon élève autrefois, puis l'école s'était arrêtée.
Fourrant l'article dans sa poche, en compagnie d'une lame d'acier, d'une pierre coupante et d'un fil de fer dénichés au hasard de ses pérégrinations, il poursuivit son chemin, tantôt marchant tantôt courant, à sa façon gambadante et sans but.
Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia