«Quand tout sera terminé, vous douterez de moi, du souvenir qu'il vous restera de moi. Les choses sont ainsi, les vivants défigurent la mémoire des morts, jamais ils ne sont plus loin de leur vérité.»
Jean-Baptiste Del Amo est né à Toulouse. Il est actuellement pensionnaire de la villa Médicis à Rome. Le sel est son deuxième roman.
La revue de presse Clara Georges - Le Monde du 3 septembre 2010
Stupeur ! Un génie d'un genre nouveau s'est glissé dans la plume de Jean-Baptiste Del Amo, et les mots qu'il lui souffle sont à ce point différents de ceux qui les ont précédés qu'un instant, le doute est permis : est-ce bien là le même auteur ? On l'avait quitté dans le ventre suffocant de Paris, suivant son ambitieux et désespéré Gaspard tout au long d'une étourdissante Education libertine (2008, Gallimard) ; on le retrouve dégonflé de l'épithète, épuré du verbe, dans Le Sel, un roman d'apparence plus anodin. D'apparence seulement, car en réalité, la mue est jolie...
Rien, ou presque. Une journée dans la vie d'une famille qui se prépare à se réunir le temps d'un dîner, à Sète. Les immersions successives dans les pensées de chacun, leurs souvenirs et leurs peurs, dessinent les contours d'une histoire commune. Les mots, plus sobres, moins saturés de cet élément sensoriel et organique qui faisait la force de son premier roman, trouvent une résonance intime.
Les courts extraits de livres : 27/08/2010
Louise
Elle s'éveilla avec la certitude que les enfants dormaient encore. La perspective du dîner prit forme dans son esprit et, avec elle, la sensation de cette présence, celle des enfants dans leurs chambres à l'opposé du couloir, leurs corps réfugiés sous les couvertures.
Un jour filandreux se glissait par la fenêtre et se brisait à l'angle de la commode. L'aube baignait la chambre. De la maison, elle n'entendait pas le bruit des vagues, mais les cris des mouettes et des goélands lui parvinrent. Si les volets n'étaient pas rabattus et que le jour la trouvait allongée sur le flanc, le visage vers la fenêtre, l'une des premières images qu'elle percevait, sitôt qu'elle ouvrait les yeux, était le haut vol des oiseaux dans un carré de ciel sur le mur. Une traînée de nuages y hésitait parfois. Si les matins étaient gris, Louise y voyait comme un reflet de la mer, une écume qui pouvait être blanche ou même noire. Mais peu importent en réalité les entrées maritimes, les oiseaux ne cessent jamais de dominer la ville. Quoi qu'il arrive aux gens de la mer, ils éventrent le ciel indifféremment. Leur constance lui plaisait, rien ne pouvait perturber leurs circonvolutions. D'ordinaire, elle n'entendait pas leurs cris, l'habitude les fondait dans un décor sonore et familier, mais ils redoublaient de fureur ce matin-là pour parvenir à la tirer du sommeil. Peut-être le vent soufflait-il vers la maison, portant leur concert jusqu'à elle. Ou peut-être était-ce l'inquiétude du dîner qui, déjà, l'avait taraudée la nuit durant.