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Auteur : Michel del Castillo
Date de saisie : 05/12/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782213633435
GENCOD : 9782213633435
Sorti le : 18/08/2010
Pianiste virtuose, Xavier s'installe sur le tard aux États-Unis pour préparer ce qui sera sans doute un de ses ultimes enregistrements. Toutes ses rencontres la ramènent au temps noir de sa mémoire : «Mamita», cette terrible figure de mère qui tour à tour lui fit partager ses séjours dans des hôtels de luxe, le trahit, l'abandonna, tout comme elle trahit ses amants et époux successifs, ses protecteurs espagnols, allemands, puis alliés, monstre d'égoïsme animé du seul souci de sauver sa peau et de mener la belle vie.
Du Steinway sous lequel le petit Xavier se cachait, à Madrid, chez sa grand-mère, dans l'attente du retour de Mamita d'une de ses frasques, à l'instrument solitaire, dans le hall d'un palace parisien, sous l'Occupation, sur lequel elle jouait pour se faire bien voir des officiers allemands, c'est la destinée d'un fils non désiré, nié, qui est comme l'arrière-paysage d'où s'élève le jeu sublime de l'artiste blessé à mort par le désamour de celle qui lui donna le jour.
Michel del Castillo est né à Madrid, de père français et de mère espagnole. De nombreux prix ont couronné son oeuvre. En 1975, il reçoit le prix Chateaubriand pour Le Silence des Pierres (René Julliard). Puis, en 1981, La Nuit du décret obtient le prix Renaudot. Michel del Castillo poursuit avec Rue des Archives (Gallimard, 1994), prix Maurice Genevoix, et avec Mon frère l'Idiot (Fayard, 1995), prix de l'Écrit intime. Michel del Castillo est par ailleurs l'auteur de Colette : Une certaine France (Gallimard, 2001), prix Femina de l'essai, Le Sortilège espagnol (Fayard, 1996), La Tunique d'infamie (Fayard, 1997), De père français (Fayard, 1998), Dictionnaire amoureux de l'Espagne (Plon, 2005), La Religieuse de Madrigal (Fayard, 2006), et La Vie mentie (Fayard, 2007).
En outre, Michel del Castillo a écrit plusieurs pièces de théâtre, dont Le Jour du destin, mise en scène par Jean-Marie Besset et Gilbert Desveaux et représentée, en 2002, au Théâtre Montparnasse. Michel del Castillo est membre de l'Académie royale de Belgique.
Ne vous demandez pas si ce roman a des accents autobiographiques : tous les livres de Michel del Castillo sont la sonate de sa vie. Louons cet interprète hors pair, car sa sensibilité est déchirante. Ce roman est son dernier enregistrement en date. Faites une place à ce Nocturne intérieur d'un enfant, d'un adolescent et d'un homme dont le voeu le plus cher aura été de se faire accepter.
Michel del Castillo est de ces auteurs qui ne cessent d'écrire le même livre tout en renouvelant les variations et les interprétations d'une partition subtilement déclinée...
Baignant à l'image de son narrateur - qui «n'était toujours de nulle part, comme exilé de lui-même» - dans la solitude, la fidélité aux ombres et les souvenirs d'une enfance blessée, Mamita est un roman douloureux, mélancolique et pourtant lumineux. Celui d'un écrivain en harmonie.
Il était sûrement fou.
Invité à déjeuner chez Lasserre par son agent, Max Devyll, il s'y rendit en taxi depuis Montmartre. Il se sentait d'humeur paisible, content de revoir celui qui, en un quart de siècle, était devenu un familier, presque un ami. Ce n'était pas la première fois non plus qu'on l'invitait dans ce restaurant. Il n'éprouvait pas la moindre appréhension. En arrivant avenue Montaigne, il régla la course, sortit de la voiture, regarda autour de lui. Il n'avait que le trottoir à franchir, fit deux, trois pas quand, tout à coup, une sensation d'oppression le submergea. Étouffant et suffocant, il resta un instant paralysé. Puis, prenant un air dégagé, il marcha en direction de l'Aima, s'efforçant de respirer calmement.
Ces bouffées de panique tombaient sur lui aux moments les plus imprévisibles. Ce n'était pas de la peur, moins encore de la timidité. Une panne, une sorte de court-circuit. Son influx nerveux s'arrêtait brusquement. Tout se brouillait dans sa tête, il ne voyait rien. Une angoisse massive le foudroyait. Il ne pensait qu'à se cacher, s'évanouir.
Toute sa vie il avait connu ces crises d'angoisse incoercibles qui, le plus souvent, le frappaient au moment où il devait affronter des regards étrangers, entrer dans un lieu public. Pourtant, il avait réussi à vivre normalement, si bien que le mot «fou» n'était sans doute pas le plus adéquat. Il contrôlait ses terreurs, parlait, plaisantait, riait même. Il supportait le poids de sa notoriété, rencontrait des journalistes, répondait à leurs questions. Avec le sourire, il serrait des mains, signait des autographes. Durant des années, il avait, surmontant sa panique, poursuivi une carrière de pianiste, donnant partout dans le monde des récitals devant des publics aussi nombreux que divers. Il s'était montré capable de mener une existence sinon normale, à tout le moins sensée.
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