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.. La vie adulte

Couverture du livre La vie adulte

Auteur : Virginie Mouzat

Date de saisie : 23/09/2010

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 9782226215239

GENCOD : 9782226215239

Sorti le : 18/08/2010

  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2011

«Ma mère était partie. Volatilisée. Je l'imaginais portant son vison jour et nuit, accrochant la lumière des phares sur sa fourrure sombre, jambes nues déjà.»

La mère a disparu comme une image de ce temps-là, début des années 70, quand l'idéal de vie et de réussite était la maison individuelle, la Ford Taunus et le vison.
C'est ce vide que découvre sa fille adolescente, enfermée dans son désarroi, le blanc de la vie adulte devant elle en énigme.
Style minimaliste, rythme sourd, Virginie Mouzat explore ce ballet d'ombres, ce passage du négatif à la couleur quand on sort de l'enfance par l'épreuve de l'absence et du silence.

Virginie Mouzat a publié un premier roman très remarqué, Une femme sans qualités, en 2009.

1973. Une famille dans la banlieue ouest de Paris. Père radiologue, mère au foyer, deux ados dont la narratrice. La mère, une jolie femme qui aime porter un vison, jambes dénudées, en fumant des blondes, s'en va sans un mot.. La vie reprend : triste ennui des villes nouvelles où rien n'arrive jamais. Seule ouverture, les week-ends chez une amie boulevard Raspail, puis des cours de photo. Et un jour, l'adolescente voit sa mère dans une manifestation de femmes. Début de la vie adulte.
Un roman où l'apparente atonie des sentiments de l'héroïne renvoie au mystère de la mère disparue, image repliée sur soi dans cette autre image que représentait le «way of life» des années soixante. Ce vide-là, ce ballet d'ombres, cet ennui quotidien, Virginie Mouzat les explore sans pitié, avec pudeur et sobriété, un style minimaliste, un rythme sourd, une tension inquiétante dont on pressent qu'elle va craquer inexorablement.

Chef de rubrique mode au Figaro, Virginie Mouzat a publié en 2009 un premier roman, Une femme sans qualités, prix Coup de coeur de Marie-Claire, prix Montalembert, et sélectionné pour le prix du premier roman, le prix Madame Figaro et le prix Lilas.



  • La revue de presse Delphine Peras - Lire, septembre 2010

Après Une femme sans qualités, paru en 2009, Virginie Mouzat, journaliste au Figaro, réussit là un deuxième roman bref, qui se lit vite, mais d'une intensité rare : tout est dans l'écriture, pourrait-on dire, tendue, sèche, phrases courtes et sanglots contenus. D'où la gravité pudique qui ressort de ce beau texte, aussi maîtrisé qu'émouvant.


  • La revue de presse Astrid Eliard - Le Figaro du 2 septembre 2010

Ce livre, deuxième ro­man de Virginie Mouzat, est traversé par une silhouette, volatile, in­saisissable, parfumée de Chamade de Guerlain. La narra­trice lui trouve un air d'Anouk Aimée, la romancière, qui est aussi chroniqueuse de mode au Figaro, a su croquer sa beauté, sensuellement étreinte par un manteau de fourrure ou un trench cintré...
Avec des phrases tranchantes, haletantes, qui disent peu mais suggèrent beaucoup, Virginie Mouzat nous brosse le portrait de deux générations de femmes, séparées par cette frontière des années 1970, qui ont vu naître l'émancipation du sexe faible.


  • Les courts extraits de livres : 29/06/2010

Je ne m'appelle plus Dominique. Je m'appelle Nathalie. C'est ce que j'ai dit à mon père. Il a dit : «Et pourquoi plus Dominique, ma chérie ? - Parce que maintenant ça sera Nathalie-ma-chérie», j'ai dit. Il a souri. Il sourit facilement. Nous sommes dans la cuisine, en bas. Il est debout. Il reste debout, il me regarde. Il ne répond pas. A cet instant, le temps s'arrête sur lui, sur moi. Il me semble que la cuisine se détache de la maison, dans un espace où rien ne peut remettre en mouvement mon père. Satellite coupé du reste du monde. A-t-il fermé les yeux ? Pleure-t-il ? Je le regarde. Il est gentil. Il est fragile. Il s'absente comme ça de temps en temps, il reste en marge, il est flottant. Pleure-t-il ? Je n'en sais rien. Je le fixe, en face de moi, dans la cuisine, sans défense. Il est debout, en train de me regarder, toujours là, il n'a pas cillé. «Alors Nathalie maintenant ?» Il y a un ma chérie qui flotte quelque part, peut-être en dehors de la maison, dans le jardin crispé sous les derniers froids de mars en marche vers avril, vers Pâques. Un ma chérie qui se traîne comme une bête blessée. Ou peut-être qu'il sautille tel un merle parmi les aiguilles du sapin noir. Je ne réponds pas.
Dans la cuisine peinte l'année précédente en corail, il y a l'armoire à épices dont la porte de verre ne ferme plus. Derrière la vitre, on voit des flacons, tous de la même taille et de la même marque. Dedans, il y a de la poussière d'épices, de la poussière qu'on dirait sortie de la momie d'un enfant mort. Très délicate, beige, brune parfois. Résidus de corps, de cheveux, de petits ongles tendres, traces de nouveau-nés, poussière odorante. Mon père tend la main vers l'armoire, prend un flacon et le secoue dans la poêle. Qui a acheté ces épices ? Lui ? elle ? eux, ensemble ? Un jour, ils se sont dit, pleins d'entrain et de bonne humeur, qu'ils allaient cuisiner à leurs enfants toutes les saveurs du monde, bourrées de senteurs, d'arômes, d'ailleurs. Inspirés, découvreurs, pionniers, ils se sont dit qu'ils allaient révéler à leurs enfants la richesse de ces goûts provenant d'horizons différents, des quatre coins du monde, du centre commercial.


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