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Auteur : Douna Loup
Date de saisie : 13/12/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Mercure de France, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 9782715231351
GENCOD : 9782715231351
Sorti le : 02/09/2010
Douna Loup au micro de Jean Morzadec
Une courte lecture de Douna Loup
La forêt est grande, profonde, vibrante, vivante et vivifiante. Elle est quelque chose comme une femme qui voudrait l'homme sans lui dire. Quelque chose qui dit oui sous la robe mais qui s'est perdu dans la bouche, qui devient tendre dans l'humus et vous jette des ronces au visage. La forêt est comme ça, ici. Le sauvage sait y faire. L'attirance qu'elle éprouve à se faire explorer, elle la garde au-dedans, de la sève en puissance qui coule sous la terre, qui monte comme une odeur et vous emballe sur-le-champ. Même le ciel, au-dessus, ne reste pas indifférent.
À vingt-cinq ans, il mène une vie simple : des collègues d'usine avec qui faire la fête le samedi soir, des aventures amoureuses sans lendemain et surtout une passion : la chasse et l'amour de la nature. Son existence paisible bascule le jour où il trouve sous les arbres un homme mort avec à ses côtés un carnet aux écrits sibyllins. Obsédé par cette découverte, le jeune homme part sur les routes à la recherche du passé de celui qui a choisi de venir mourir dans sa forêt...
Roman d'initiation moderne, L'embrasure est nourri par une écriture sensible pleine d'émotion.
Douna Loup a vingt-huit ans. Elle vit en Suisse. L'embrasure est son premier roman.
Et le talent est là, dans la manière de faire vivre les lumières, les couleurs, les sons et les odeurs, dans cette singulière sensualité d'une prose puissamment évocatrice...
A la fois conte intemporel et récit contemporain, ce premier roman est incontestablement celui d'un écrivain.
A peine est-on entré dans L'Embrasure, premier roman de la Suissesse Douna Loup, que l'on est enveloppé par un phrasé fluide, poétique, empli de d'odeurs de bruyère et d'origan, de petits craquements de branchages ou de feuilles, du chuintement des pas sur la mousse humide... Ces pas sont ceux d'un jeune homme qui aime à parcourir bois et sous-bois d'une forêt qu'il a faite sienne...
Rares sont les premiers romans qui s'imposent d'emblée par la sûreté de leur style, une atmosphère, une grâce et une poésie singulières, en un mot : une voix. L'Embrasure, par ses charmes entêtants qui perdurent au-delà de la lecture, est bien de ceux-là.
L'Embrasure est un texte superbement bien maîtrisé, tellement sensuel (il y a des passages d'une sensualité rare, qu'il parle de femmes ou d'arbres), on y entend une musique mélancolique et tendre. Ce récit est écrit avec les accents de la maturité l'on est doublement étonné lorsque l'on découvre que l'auteur, Douna Loup, est très jeune (28 ans) et que cette romancière, au style délicat, s'est glissée avec une telle facilité dans la peau d'un homme fruste.
La forêt est grande, profonde, vibrante, vivante et vivifiante. Elle est quelque chose comme une femme qui voudrait l'homme sans lui dire. Quelque chose qui dit oui sous la robe mais qui s'est perdu dans la bouche, qui devient tendre dans l'humus et vous jette des ronces au visage. La forêt est comme ça, ici. Le sauvage sait y faire. L'attirance qu'elle éprouve à se faire explorer, elle la garde au-dedans, de la sève en puissance qui coule sous la terre, qui monte comme une odeur et vous emballe sur-le-champ. Même le ciel, au-dessus, ne reste pas indifférent. Qu'elle soit froissée après la pluie, comme les femmes qui préfèrent se doucher avant, qu'elle soit bouillante de soleil, comme celles qui brûlent après la porte d'entrée, la forêt, ici, elle ne laisse personne sortir indemne. Elle retient un peu de notre substance dans sa rivière profonde. Elle se charge d'enseigner l'ardeur.
J'aime chasser par ici. Ça sent meilleur que tout. J'aime traquer dans les feuilles, suivre la route du bois et débusquer la bête. C'est mieux qu'au bar. Mieux qu'un flirt.
Mieux que la sueur sur les femmes. Je dépense mon énergie positive. Je ramène sur moi du sang et des kilos de liberté fraîchement morte. Mieux que ce qu'on peut imaginer. Quand je tire, ce chevreuil ne sent pas venir sa fin. Rien à voir avec ces bêtes qui attendent et puis meurent à l'abattoir. Rien à voir avec ces idiotes, au bar, qui ne pensent qu'à croire au prince charmant, quand tout le monde sait qu'elles n'ont rien à offrir. Que l'attente des bêtes, des bêtes stockées dans les élevages, nourries pour mourir en même temps, des bêtes qui n'ont même plus de sang dans les veines tellement elles sont produites pour finir sur une chaîne par l'électricité, des bêtes qui poussent comme des endives sur la fausse paille de l'éleveur. Je n'ai rien contre, il faut bien manger des escalopes dans les familles où l'homme ne part plus chasser. Simplement je ne compare pas. Il y a bête et bête. Il y a le sang traqué, coincé sous la peau fine, le poids sur la brindille qui fait un bruit de finesse et il y a le sirop de vitamines par intraveineuse, avec les farines fourrées dans la gueule. Le chevreuil que je tire, il a vécu l'élan et la faim sous le ciel, pas comme ces bêtes de fermes qui attendent juste leur fin.
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