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Auteur : Robert Bober
Date de saisie : 18/11/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 9782818006061
GENCOD : 9782818006061
Sorti le : 26/08/2010
C'est le mercredi 24 janvier 1962 que Jules et Jim, dans lequel Bernard Appelbaum avait fait de la figuration, sortit sur les écrans, et c'est le vendredi soir qu'avec sa mère, il est allé le voir au cinéma Vendôme, avenue de l'Opéra.
Après la séance, malgré le froid, sa mère lui donnant le bras, ils sont rentrés à pied jusqu'à leur domicile.au 7 de la rue Oberkampf, tout près du Cirque d'Hiver. «As-tu lu le livre d'où a été tiré le film ?» Non, il ne l'avait pas lu. «J'aimerais bien le lire», lui a-t-elle dit, et ce fut le commencement de ce qu'il allait apprendre de ses parents.
Cette histoire de Jules et Jim et Catherine - un pur amour à trois, avait dit François Truffaut - était comme l'écho de ce que sa mère avait vécu. Ainsi, il avait fallu un film pour que cette histoire - un peu de son histoire - lui parvienne enfin.
«Si la vie est éphémère, disait Vladimir Jankélévitch, le fait d'avoir vécu une vie éphémère est un fait éternel.»
Robert Bober, l'auteur de Quoi de neuf sur la guerre ?, se souvient de la capitale des années 1960. Savoureux...
La douleur des survivants, mais aussi le bonheur du Belleville de l'époque, avec ses artisans, ses cafés, ses grandes gueules, ses bus à plate-forme, c'est tout cela que "la mémoire affective, involontaire" de Bober ressuscite. Entre deux chansons de Bruant et de Fréhel, un Max Ophüls et un Marx Brothers, la vadrouille se fait contagieuse. On en redemande !
De lui, on avait déjà été touché par les Récits d'Ellis Island (P.O.L), des "histoires d'errance et d'espoir" écrites avec Georges Perec, ou par Quoi de neuf sur la guerre ? (Folio), prix du Livre Inter en 1994. La belle musique de Robert Bober se fait à nouveau entendre dans un roman sans chichis et sans pathos...
Promenade dans une ville en noir et blanc, On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux suit les traces d'un jeune homme à la recherche de l'amour et de ses origines. La plume de Robert Bober l'accompagne d'un bout à l'autre avec émotion et retenue.
Bober déroule la pelote des souvenirs, raconte le Paris des Boulevards, s'en va flâner aux puces, au marché Paul-Bert, évoque Max Ophuls et Vladimir Jankélévitch, se rapprochant l'air de rien du terme de son récit : c'est à Auschwitz qu'il se termine. Moment terrible et simple, visite à la tombe du père inconnu. Et ces mots, qui résument toute l'entreprise de Bober : «Mémoire affective. Mémoire involontaire. J'étais en proie aux souvenirs que je croyais avoir oubliés. Et tout à la fois je sais que j'aurai beau faire, beau vouloir ne rien perdre, tout ne réapparaîtra pas. Revenant par bribes, parfois en lambeaux, il y aura toujours un temps auquel je n'aurai pas accès.»
Robert Bober a l'art de se recroqueviller, de se blottir, pour panser ses blessures et rire sous cape, avec une égale pudeur...
Terriblement vivant, ancré dans un quotidien habité par le cinéma, le nouveau livre de Robert Bober illustre le principe des vases communicants qui anime toute son oeuvre : si l'art nourrit la réalité, il aime à s'en nourrir à son tour. L'échange est chaotique, funambulesque, mais aboutit au miracle d'un livre grave et léger, d'une force aérienne.
L'écrivain publie un magnifique roman, foisonnante topographie personnelle où se rejoignent passé et présent...
Comment ne pas céder au charme des livres de Robert Bober. S'accordant à merveille aux précédents, ce nouveau roman suggère une part autobiographique de la vie de l'auteur, celle des ateliers de confection et de l'assistant réalisateur de Truffaut. Mais on sent aussi la volonté de restituer une mémoire collective plus large, à la fois juive et non-juive, qui est aussi la sienne...
Dans ce nouveau livre, on retrouve le lien d'amitié et de fraternité unissant fortement deux garçons que le destin n'a pas favorisés de même. Georges et Raphaël, Beck et Berg, Alex et Bernard se ressemblent dans l'injustice et l'affection qui les unit. Robert Bober réussit un roman à la fois populaire et raffiné, porté par son regard chaleureux et les petites histoires qui faisaient déjà la saveur de ses précédents livres. On le referme avec la même émotion, cette tension douce suscitée par la justesse et la délicatesse d'un ton.
Le titre de ce livre foisonnant est tiré d'un ouvrage de Pierre Reverdy. Sa trame offre un puzzle subjectif qui se recompose, au gré d'un vagabondage passant par Montmartre, le Casque d'or de Jacques Becker, la Commune et Jules Vallès. Des photos ramassées aux puces de Saint-Ouen et des recherches dans les journaux compulsés à la Bibliothèque nationale. La fréquentation de Robert Giraud (piéton de Paris, ami de Robert Doisneau), dont le vice était d'"aimer les histoires", le destin des juifs et l'intérêt de Georges Méliès pour l'affaire Dreyfus. Le tournage de Trapèze au Cirque d'Hiver, à deux pas de l'appartement de Bernard, et le judaïsme du clown Pipo. La révélation que Leizer mourut dans l'accident d'avion où disparut Marcel Cerdan aux Açores, l'exil aux Etats-Unis de la tante Esther qui en pinçait pour Harpo Marx et qui fut chorus girl à Broadway. Enfin, les cours de Vladimir Jankélévitch distillant de petites phrases qui soulignent que "c'est l'instant qui dure très peu de temps qui est précieux"...
Tout le roman en flash-back de Robert Bober est découverte épicurienne, exhortation à savourer les petits bonheurs instantanés, à rendre grâce aux éblouissements évanouis, à "capter cette occasion qui passe", comme l'enseigna Jankélévitch.
Du Vél d'Hiv à «Jules et Jim», traces d'un Paris disparu...
Si Bernard Appelbaum n'avait pas fait de la figuration dans Jules et Jim, puis lu le roman d'Henri-Pierre Roché, il n'aurait pas écrit à la soeur de Leizer, tante Esther, qui fut chorus girl pour les Marx Brothers. Il n'aurait pas croisé le regard de son père, sur une photographie, à Auschwitz. Il est impossible ici de détailler l'enchaînement, puisque la grâce du livre tout entier repose sur lui. Les lieux et les circonstances dessinent une ronde, elle relie les fusillés de la Commune, les déportés juifs, et les morts de la manifestation anti-OAS à Charonne. Pour les accompagner, le chanteur Florencie, l'amateur d'art naïf Anatole Jakowsky, le conteur Robert Giraud sèment dans les rues leurs chansons et leurs histoires. Elles sont le sel de Paris. Arrive un moment où Bernard Appelbaum prend conscience de sa vocation. La sensation d'appel qui transforme le spectateur en artiste, la nostalgie instantanée qui accompagne l'émotion comme le revers la médaille : On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux est le roman de cet apprentissage. Tout y est vrai, réel, tout est vivant.
C'est grâce à Robert rencontré il y a près de trois mois que je vais faire de la figuration dans un film de François Truffaut.
Je revenais de chez un ami qui demeurait rue de Belleville lorsque je suis tombé sur lui. Malgré ses mains et un appareil photographique qui masquaient une partie de son visage, je l'avais aussitôt reconnu. A l'appel de son nom il s'est tourné vers moi avec étonnement. Et, comme si en me dévisageant mon nom lui revenait en mémoire, il l'articula avec application.
- Bernard Appelbaum ?
Et après nos sourires :
- Tarnos 1953 ?... 1954 ?
Les deux. Robert avait été mon moniteur en colonie de vacances à Tarnos, dans les Landes. En 1953 et puis encore en 1954. Et puis plus rien. Nous nous étions perdus de vue. Il y avait presque sept ans de cela.
Après quelques banalités - «Qu'est-ce que tu fais là ? T'habites le quartier ?» - qui, en raison des années écoulées, nous laissèrent un moment à court de questions, nous avions failli nous séparer sans rien savoir de plus l'un de l'autre. C'est alors, tout en prenant quelques photos à travers la grille de la villa Ottoz devant laquelle nous étions arrêtés, que Robert me proposa de l'accompagner.
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