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.. Sarah Cole : une histoire d'amour d'un certain type

Couverture du livre Sarah Cole : une histoire d'amour d'un certain type

Auteur : Grégory Mardon

Préface : Russell Banks

Date de saisie : 22/07/2010

Genre : Bandes dessinées

Editeur : Futuropolis, Paris, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-7548-0338-0

GENCOD : 9782754803380

Sorti le : 07/05/2010

  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2011

Par une soirée de désoeuvrement, Paul s'arrête au Osgood's bar. Il est abordé par une femme d'une quarantaine d'année, Sarah Cole. Cette mère de famille malheureuse est venue avec des collègues de travail boire un verre avant de retourner dans son triste foyer. Ils se revoient la semaine suivante. Tout sépare ces deux personnes, Paul est un beau gosse, avocat aisé. Sarah est manutentionnaire dans une imprimerie, malheureuse en amour, et franchement laide. Paul est pourtant apparemment séduit par cette femme, la détresse de Sarah le touche, et une relation s'installe. Mais est-ce vraiment de l'amour ? Paul acceptera-t-il de sortir publiquement avec Sarah Cole ? Où tout cela n'est-il pour lui qu'un petit jeu pervers ?



  • La revue de presse Yves-Marie Labé - Le Monde du 4 juin 2010

L'oeuvre de l'écrivain américain Russell Banks devait forcément rencontrer celle de l'auteur de BD français Grégory Mardon. Usant en partie d'éléments autobiographiques, tous deux s'intéressent aux craquelures sociales et sentimentales jetant les gens d'origine modeste, ou trop seuls, sur le pavé de la vie.


  • Les courts extraits de livres : 22/07/2010

Introduction à Sarah Cole
Une histoire d'amour d'un certain type

Russell Banks

Cette histoire a au moins deux origines dont j'ai conscience (il en existe probablement beaucoup que je suis incapable d'identifier). La première est un incident qui s'est déroulé un soir d'hiver, au milieu des années 1970, dans un bar de Northwood, la petite ville du New Hampshire, située à 120 km environ de Boston, où je vivais alors. En rentrant chez moi après avoir donné un cours à l'université du New Hampshire, je m'étais arrêté pour prendre un verre et papoter avec le barman, avec qui je m'étais lié d'amitié. Je m'étais alors engagé dans une conversation avec une femme assise au bar, que je connaissais à peine. C'était une voisine divorcée qui vivait dans une caravane, dans un village de mobil-homes tout proche. Cette femme, qui frisait la quarantaine, n'avait rien d'une beauté. Elle était employée dans une imprimerie du coin et tirait le diable par la queue. Après quelques bières, elle m'a confié ses ennuis avant de me quitter pour aller préparer à dîner à ses enfants.

Fatiguée, inquiète et déprimée, elle est sortie dans la nuit et a traversé le parking enneigé jusqu'à sa voiture : une vieille Buick ou une Pontiac, rouillée et délabrée. Toujours assis au bar, je l'ai regardée par la fenêtre tenter d'ouvrir la portière côté conducteur, qui lui résistait. Elle a fini par s'apercevoir que quelqu'un avait percuté l'aile du véhicule pendant qu'elle était au bar, et avait enfoncé la portière. J'ai vu qu'elle pleurait. Elle

a contourné lentement la voiture, ouvert l'autre portière et enjambé le siège du passager pour aller s'asseoir derrière le volant. Puis elle a démarré et s'est éloignée sous la neige. Son humiliation m'a paru terrible ; assister à cette scène m'a embarrassé et attristé. Je compatissais, mais j'étais impuissant à l'aider. Rien de ce que j'aurais pu faire ou dire ne l'aurait réconfortée, et moi non plus.

La seconde origine de cette histoire est plus littéraire. J'avais réfléchi au vieux conte du Prince Grenouille, dans lequel une belle princesse embrasse une vilaine grenouille qui se change en prince charmant. Ce genre de fantasme appartient aux adolescents de sexe masculin. Mais que se passe-t-il si l'on inverse les genres, de sorte que le prince charmant embrasse la vilaine grenouille ? À qui appartient ce fantasme ? Il est intéressant de constater que le fait d'inverser la polarité des sexes fait apparaître la sombre perversité du vieux conte et son sadisme érotique. A cause de son pouvoir inhérent, lorsque le prince embrasse la grenouille, un problème moral se pose qui ne se posait pas lorsqu'il s'agissait de la princesse.

J'ai pris quelques notes sur le moment, mais je n'ai écrit la nouvelle que cinq ou six ans plus tard. Je ne l'envisageais pas particulièrement comme une histoire féministe, et je ne voulais pas qu'elle soit lue ainsi.


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