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Auteur : Frédéric Mitterrand
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Robert Laffont, Paris, France
Prix : 20.00 €
ISBN : 978-2-221-09225-5
GENCOD : 9782221092255
«Un homme se penche sur son passé. Le passé ne lui renvoie que les reflets d'une mauvaise vie, bien différente de celle que laisse supposer sa notoriété.
Autrefois on aurait dit qu'il s'agissait de la divulgation de sa part d'ombre; aujourd'hui on parlerait de «coming out».
Il ne se reconnaît pas dans ce genre de définitions.
La mauvaise vie qu'il décrit est la seule qu'il ait connue. Il l'a gardée secrète en croyant pouvoir la maîtriser. Il l'a racontée autrement à travers des histoires ou des films qui masquaient la vérité. Certains ont pu croire qu'il était content de son existence puisqu'il parvenait à évoquer la nostalgie du bonheur. Mais les instants de joie, les succès, les rencontres n'ont été que des tentatives pour conjurer la peine que sa mauvaise vie lui a procurée.
Maintenant cet homme est fatigué et il pense qu'il ne doit plus se mentir à lui-même.»
Pourquoi vouloir à tout prix reconstituer un simulacre de famille ? Passer le plus clair de son temps à la radio et à la télévision alors qu'on rêve de se consacrer à l'écriture et au cinéma ? Devenir spécialiste des princes et des princesses alors qu'on se passionne pour les peuples opprimés ? Et puis il y a les nuits qui, elles aussi, ne devraient pas être ce qu'elles sont...
Avec une liberté d'esprit exceptionnelle, Frédéric Mitterrand, ici, ose tout dire. L'autobiographie la plus juste n'est-elle pas celle de la vie qu'on aurait dû mener ?
... l'écriture de Frédéric Mitterrand révèle un incontestable styliste et un ton décadent. Au bout de quelques pages, l'aspect «people» est oublié, place à la littérature !... La mauvaise vie de Frédéric Mitterrand impose une vision noire du monde, grâce à ses réminiscences bouleversantes et une méditation sur les rapports de pouvoir ou le mal d'amour...
La Mauvaise Vie est une confession. Un homme parle de lui comme s'il était un autre, en articulant bien ses phrases. L'enfance tient un grand rôle dans son récit. Le sexe aussi. Frédéric Mitterrand raconte son goût pour les garçons... Tout commence avec l'enfance. La sienne, dorée et confortable, est rattachée à ce qu'il y a de brillant et de riche dans la France des années 1950. Frédéric est un petit prince confié aux mains des bonnes. C'est alors qu'il a commencé à se détester au point d'aimer ses doubles dans le miroir des jours, ceux qui lui ressemblaient et ne l'aimeraient pas non plus. Et maintenant il est tard.
Qu'est-ce qu'il lui reste ? Les enfants qu'il arrache à la pauvreté et dont il s'occupe, la tentation d'être un saint, ou la solution du touriste ordinaire, qui part faire le plein de garçons en Thaïlande, dans le système sans faille de l'argent, de la misère et du sexe. Il lui reste aussi sa générosité, sa lumière, sa vraie réussite, mais de tout cela il ne parle pas. Deux femmes apparaissent dans le ciel de cette histoire exclusivement masculine. Elles sont le soleil et la lune de cette vie en mauvaise part...
La Mauvaise Vie, délicat, pudique jusque dans l'impudeur. Un homme qui, souvent, ne s'est pas aimé et le dit avec élégance, sans prendre la pose de l'aveu, en restant à égale distance de l'ostentation et de l'autoflagellation, dans un récit courageux et émouvant, écrit sans afféterie, dans un beau style, simple et clair... "C'est un geste de mémoire", mais ce ne sont pas pour autant des Mémoires, avec ce que cela suppose de construction chronologique et de mise en spectacle de soi-même... C'est l'absolu contraire des livres écrits  ou plutôt non écrits  par ceux qu'on nomme aujourd'hui des "people". Un texte pour vrais lecteurs. Un récit de solitaire, une autobiographie en creux, où l'on suit le parcours intime de Frédéric Mitterrand à travers des rencontres marquantes, des bonheurs, des chagrins... C'est étonnamment émouvant. "Peut-être parce que je n'ai en rien voulu me placer du côté de la révélation ou du témoignage, conclut presque timidement Frédéric Mitterrand. Les témoignages pour moi ne sont pas des livres, je voulais essayer de faire un livre, et...", il finit par le dire, "un acte littéraire". Qu'il se rassure, c'en est un.
De Frédéric Mitterrand, avantageusement connu dans d'autres domaines, on n'attendait pas un livre aussi bouleversant. Autobiographie mi-réelle, mi-rêvée, flottement de réminiscences où au passé se mêle le présent, «la Mauvaise Vie» a la grâce d'une oeuvre mélancolique, dans un genre que l'autofiction avait provisoirement (on l'espère) détrôné. Ici, pas de confession tapageuse, pas d'éructations narcissiques, mais un livre à la fois cru et pudique, hardi et secret, tout en soupirs, en murmures, en larmes contenues, servi par une écriture serrée, contrôlée, souvent savoureuse, toujours juste et d'une complexité sans chichis. Un homme aux approches de la soixantaine raconte les moments forts de sa vie ; et celui que sa carrière brillante dans les médias semblait avoir fixé dans le rôle léger et superficiel de chouchou du grand public révèle, d'un coup, qu'il appartient à cette race des grands saturniens où la littérature depuis la nuit des temps recrute ses plus fidèles serviteurs... Ce qui est admirable dans ce livre, c'est le mélange de courage dans l'aveu et de retenue dans l'expression. Aucun déballage obscène. Tout est dans l'allusion, dans le non-dit, dans ce frémissement fiévreux et timide qui est la marque du véritable érotisme littéraire...
Avant d'ouvrir ce livre, il faut oublier tout ce que l'on croit savoir de son auteur. Oublier ses éloquences de télévision, son patronyme illustre, ses variations sur «Sunset Boulevard», ses roucoulements devant quelque destin royal et brisé. Avant d'entrer dans ce récit, il faut aussi admettre que certains individus, chéris par l'époque, peuvent souffrir en secret sous nos yeux qui ne voient rien, et derrière des écrans qui maquillent tout. Le jeune Frédéric - son prénom flaubertien le vouait-il à un excès de mélancolie ? - était de cette tribu : avec, côté soleil, les signes extérieurs de la bonne fortune ; avec, en intérieur nuit, les morsures plus troubles de cette «Mauvaise vie» qu'il éclaire aujourd'hui d'une lucidité inattendue, rageuse, quasi proustienne... Le plus étrange, dans ce livre magnifique - j'insiste : ce livre est magnifique -, c'est qu'il y plane, dès les premières pages, un climat de fatalité et de rédemption. Frédéric, comme le jeune Spartiate de la légende, se laisse dévorer par le renard qu'il dissimule sous son manteau. Et dans cette mortification se glisse une trouée de lumière. On s'attache, par la magie des aveux, à ce garçon qui s'adresse à lui-même les lettres qu'il aurait aimé recevoir de ses amants ; qui se voit comme un «ersatz d'homme» dans le regard des femmes vieillissantes, et comme un «ersatz de femme» pour les maquereaux de Nice ou de Patpong. A cette âme sensible il a fallu un courage inouï pour concevoir et brandir un tel étendard...
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