La crise financière s'est propagée en une crise économique qui frappe les pays développés. Le désendettement inéluctable du secteur privé a cassé le ressort d'une croissance fondée sur le crédit. Les énormes déficits publics creusés pour éviter la dépression ajoutent aux difficultés à venir qui menacent durablement la croissance. Seule une perspective de long terme permet d'envisager des voies de sortie.
Dans cette nouvelle édition, largement remaniée, d'un livre qui a obtenu en 2009 le prix de l'Excellence économique, Michel Aglietta analyse les forces qui vont remodeler la globalisation et énonce les principes nécessaires pour remettre la finance au service de l'économie.
Michel Aglietta est professeur de sciences économiques à l'université Paris Ouest, consultant au CEPII et à Groupama Asset Management.
Les courts extraits de livres : 03/06/2010
LA CRISE EST-ELLE UN PHÉNOMÈNE INHÉRENT À L'ÉCONOMIE DE MARCHÉ ?
Les historiens l'ont constaté : les phases de crise sont inhérentes à la logique financière.
L'un des plus grands historiens de la finance, Charles P. Kindleberger, auteur d'Une histoire de la finance, a dressé l'inventaire des crises qui se sont succédé depuis le XVIIe siècle. Il a ainsi montré que les cycles financiers étaient constitués de plusieurs séquences : une phase d'essor, une phase d'engouement et d'emballement, une phase de peur et de désordre, une phase de consolidation, et enfin, une phase de redressement.
Dans la phase d'emballement, l'activité devient frénétique, les aspirations des individus ne cessent de croître, la vitesse des transactions s'accélère et les prix des actifs financiers réels ou virtuels - c'est-à-dire le prix des éléments constitutifs de la richesse des gens - flambent.
La crise éclate lorsque ce mouvement général atteint son paroxysme. Il se produit alors un retournement de l'ensemble des mécanismes qui ont provoqué et nourri l'engouement. C'est alors qu'intervient la phase de peur et de désordre, peurs des individus et des institutions, désordre des prix et désordre des comportements. Tous les repères sont brutalement perdus. Telles sont les caractéristiques propres à cette phase de crise.