Rêve, fête, bonheur durable ou erreur de jeunesse, le mariage est un sujet de préoccupation aux quatre coins de la planète. Fin chroniqueur des moeurs de son temps, Jacques A. Bertrand l'aborde avec l'esprit, le talent et la fantaisie qui font sa notoriété. À travers dix-sept récits, il nous fait pénétrer dans la forêt des sentiments qui poussent les êtres humains à s'associer - pour le meilleur et pour le pire. Au coeur des histoires drôles, émouvantes ou tragiques qu'il nous conte à sa manière grave et légère se tient, comme dans l'oeil du cyclone, l'éternel besoin d'aimer et d'être aimé.
Depuis Tristesse de la Balance et autres signes en 1983, Jacques A. Bertrand a publié une vingtaine d'ouvrages dont Derniers camps de base avant les sommets, prix Grand-Chosier, Le Pas du loup, prix de Flore, J'aime pas les autres, prix Georges-Brassens, Les Sales Bêtes, prix 30 millions d'amis, Les autres, c'est rien que des sales types, grand prix de l'Humour Noir.
La revue de presse Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 22 avril 2010
Qu'il nous entretienne des signes du Zodiaque, des blattes, des anges, des pubs anglais, du Haut-Vivarais, de ses balades à dos d'éléphant dans la montagne thaïlandaise, de Jacques Higelin ou d'Ousmane Sow, Jacques A. Bertrand a toujours la grâce. En vérité, peu importe son sujet : c'est la manière dont il le traite en le contournant, avec une discrète virtuosité, un humour mélancolique et un tendre désabusement, qui nous le rend si attachant...
Bref, aimer Bertrand, c'est l'adopter.
Les courts extraits de livres : 28/07/2010
Ma première maîtresse était blonde, soyeuse, pleine, affectueuse, et ce que j'apercevais de sa poitrine veloutée, lorsqu'elle se penchait sur moi pour m'embrasser, dans un nuage parfumé, n'était rien d'autre que ma conception du paradis. Elle était malheureusement mariée au facteur, un individu patibulaire à képi, qui venait me l'arracher tous les jours, en fin d'après-midi. Et je restais seul avec ma grand-mère, à la sortie de cette minuscule école maternelle. Bien sûr, on irait acheter une barquette aux marrons chez Mourier, mais, à trois ans et demi déjà, on sent bien que ce genre de chose un peu trop sucrée n'est qu'un ersatz de bonheur...
On fait très tôt l'expérience de l'état de manque.
On n'a jamais tout pour être heureux.
J'ai poursuivi longtemps des sourires de femmes et des poitrines veloutées, des seins comme des oiseaux nichés dans des dentelles ou comme de lourdes grappes mûries dans les vignes célestes.
Ma quête de poitrines divines auréolées de sourires extatiques me mit souvent dans l'embarras. Je finis même un jour par me trouver ligoté par les liens du mariage. On ne se méfie jamais assez de l'attrait des cérémonies, des romans de cape et d épée ou des vies de saints.