«Pendant que j'écrivais, la fin de l'été est arrivée. La lumière a pris un éclat tamisé comme celui du cuivre, la bruyère s'est épanouie sur la lande et les dunes autour de Skagen. Des îlots de violet dans les élymes des sables, sous le vaste ciel vide. Ma fille la plus jeune, un an et demi, a commencé à parler pour de bon, sa grande soeur, elle, a commencé à répondre, et elles ne rentrent plus dans leurs chaussures d'hiver. Tout change, de manière imperceptible la plupart du temps, comme les dunes qui se déplacent de quelques mètres chaque année, d'une mer vers l'autre. Et puis, il y a le changement brusque et inattendu qui, d'un coup, rompt le lien entre le présent et ce que nous avons derrière nous.»
J.C.G.
Jens Christian Grondahl est né à Copenhague en 1959. Il est aujourd'hui un auteur vedette au Danemark et ses livres sont traduits dans de très nombreux pays. Silence en octobre (Du Monde Entier, 1999), Bruits du cceur (Du Monde Entier, 2002, Folio n° 3979), Virginia (Du Monde Entier, 2004, Folio n° 4432) et Sous un autre jour (Du Monde Entier, 2005) l'ont également fait connaître et apprécier d'un public de plus en plus large en France.
Les courts extraits de livres : 22/04/2010
Il était tard dans la soirée du 1er décembre 1999, je me trouvais dans le dernier train Venise-Trieste, en compagnie d'une belle femme aux cheveux noirs et aux yeux bleus. Nous avions choisi une ville où nous n'étions jamais allés, et décidé de nous y marier. C'était seulement le nom qui avait emporté la décision : Trieste. Le nom, et les images imprécises qu'il avait toujours évoquées en nous bien avant que nous ne nous rencontrions. Je venais d'avoir quarante ans, elle en avait six de moins. Ce soir-là, à un jour près, nous nous connaissions depuis trois mois.
Dix ans ont passé. Nous sommes toujours mariés et, entretemps, nous avons eu deux petites filles. L'hiver touche à sa fin alors que j'écris ces lignes, dehors, il fait clair et froid, et seul le silence règne. Je suis dans la maison que nous avons achetée à Skagen il y a quelques années, une petite ville à l'extrémité de la pointe nord du pays, entourée par la mer sur trois côtés. L'hiver prochain, j'aurai cinquante ans. Ma vie semble avoir trouvé une forme stable, mais lorsque je repense à ce soir dans le train de nuit de Venise, je ne me souviens pas uniquement de la passion et de la tendresse, mais aussi de l'inquiétude, de la culpabilité, et d'un sentiment de ne plus être sur un terrain solide.