Sauvages, drogués, moches, les pauvres sont aussi violents. La plupart écoutent du rap. Leur sexualité est suspecte. Ils sont d'une modernité affolante et d'un archaïsme révoltant. Certains se droguent, d'autres sont islamistes. Ils vivent en banlieue.
Il met le doigt où ça fait mal, Etienne Liebig. Car les stéréotypes qu'il dénonce, personne n'y échappe. La banlieue est devenue l'envers de notre monde. Notre enfer, inquiétant et maléfique. Comment ces représentations se sont-elles imposées ? Jusqu'à quel point ont-elles contaminé la réalité ?
Ce nouveau dictionnaire des idées reçues démonte avec jubilation les préjugés qui pèsent sur les «quartiers». Nos fantasmes, les médias, l'influence des politiques se mêlent pour créer une barbarie imaginaire. Sur fond de misère grandissante, ces représentations contribuent à construire le mythe d'une France coupée en deux. Hier encore, seuls les cons et les fachos y croyaient. Mais soyons honnêtes : nous nous sommes tous mis à y croire.
Et si on allait voir ce qui se passe vraiment chez les barbares ?
Etienne Liebig est éducateur spécialisé en Seine-Saint-Denis. Il a publié aux mêmes éditions Les ados sont insupportables, mais ce sont nos enfants !
Les courts extraits de livres : 02/06/2010
TRÊVE DE POÉSIE !
Deux événements récents sont venus entériner la relégation politique et sociale de la banlieue. Non pas qu'ils soient exceptionnels historiquement, mais parce qu'ils sont symboliques d'une rupture définitive entre une France du centre-ville et une France de la périphérie.
Lors des émeutes de 2005 qui ont embrasé, somme toute assez modérément, nos quartiers dits «sensibles», un vent de panique a soufflé d'un coup sur le personnel politique responsable et confiné à Paris : «Et si... ces émeutiers passaient le périphérique ?»
Cette simple question était lourde de sens. Des citoyens français habitués depuis des années à vivre entre eux, ghettoïsés, sortaient des règles du jeu social et risquaient d'envahir un monde auquel ils n'ont normalement accès que pour travailler. Ce danger a essentiellement surpris le personnel politique, plutôt habitué aux jacqueries locales et aux révoltes au sein même des quartiers. La panique fut telle que, fait sans précédent depuis 1960, le pouvoir décréta l'état d'urgence, sorte de situation de pré-guerre civile qui signifie que la nation est en danger.