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.. Palm Springs 1960

Couverture du livre Palm Springs 1960

Auteur : Robert Doisneau | Jean-Paul Dubois

Date de saisie : 03/04/2010

Genre : Photos

Editeur : Flammarion, Paris, France

Prix : 30.00 € / 196.79 F

ISBN : 9782081231054

GENCOD : 9782081231054

Sorti le : 28/03/2010

  • Les présentations des éditeurs : 02/06/2010

«Alors, dans ce désert, devant cette étrange et fascinante pluie d'images venue du temps de nos pères, on est parfois en droit de se demander si cette ville-là, ce fantasme racial, cette composition ethnique et clinique a, au fond, jamais existé ? Doisneau a-t-il photographié un mirage ?»

Jean-Paul Dubois

Le 19 novembre 1960, Robert Doisneau partait à Palm Springs dans le désert du Colorado. Une commande du magazine Fortune est à l'origine de cette première et étonnante rencontre entre le photographe parisien et l'Amérique.
Là-bas, il a dressé le portrait amusé d'une planète artificielle repeinte aux couleurs les plus suaves. Robert Doisneau, photographe humaniste et réaliste par excellence, ne pouvait rester insensible devant ce spectacle et on perçoit bien dans ces images la jubilation qui fut la sienne. Utilisant tour à tour un Rolleiflex, un Leica et un Hasselblad, il a photographié ce petit microcosme avec frénésie. Surtout, il a pour la première fois travaillé la couleur dans une perspective résolument esthétique.
Ce livre est une plongée enchanteresse dans un monde irréel, celui de l'American Dream. La légèreté et le détachement de Robert Doisneau rappellent Jacques Tati et son regard drôle et ironique annonce déjà le travail de photographe comme Martin Parr. Très éloignées du Paris humaniste en noir et blanc, ces images donnent donc accès à une facette méconnue et surprenante du travail du photographe.

Robert Doisneau (1912-1994) a débuté sa carrière comme opérateur d'André Vigneau, puis comme photographe industriel aux usines Renault à Boulogne-Billancourt. En 1946, il intègre l'agence Rapho, qui vendra ses clichés à des magazines aussi divers que Life, Paris Match, Point de vue. Vogue, Réalités, Regards ou La Vie ouvrière. Son oeuvre, constituée de près de 450 000 négatifs, forme l'un des ensembles les plus riches de la photographie française humaniste.

Jean-Paul Dubois a été le correspondant aux États-Unis du Nouvel Observateur pendant quinze ans ; il est l'auteur à succès d'Une vie française, Vous plaisantez, monsieur Tanner et Les Accommodements raisonnables.


  • Les courts extraits de livres : 02/06/2010

PALM SPRINGS 1960 Robert Doisneau

Il y a une dizaine d'années vivait à Palm Springs un homme singulier. Un homme qui parlait peu et appréciait les longues immobilités, au point que parfois on l'aurait dit peint sur toile et plaqué à la surface du monde. Un homme d'autrefois, retraité de l'aviation de ligne, qui avait un jour atterri ici, à la lisière d'un golf et du désert, y avait acheté une demeure immodeste et s'y était installé, avec un grand chien dégingandé aussi jaune que blasé. Au centre de son salon, ce propriétaire avait fait construire une imposante maquette reproduisant à l'identique l'entier de sa maison. Au coeur de ce petit bâtiment de poupée, se trouvait évidemment un living-room, avec des canapés en réduction, un minuscule labrador, une fausse cheminée de pierre devant laquelle se tenait un petit homme de plâtre peint qui, à l'intérieur de ce monde en rétraction, semblait contempler un univers qui l'intimidait tout autant qu'il le dépassait. C'est ainsi que, pendant des années, l'aviateur singulier avait épuisé ce qui lui restait de vie, calé dans un recoin ensoleillé, pareil à un vieux lézard, regardant fixement l'ébauche pétrifiée de ce qui, autrefois, en cette maison, avait dû être un vieux rêve de sable et de gazon mêlés.
Dès que j'ai ouvert le livre de Robert Doisneau, dès que j'ai vu ces bâtisses tout aussi artificielles que les visages qui les habitaient, ce monde greffé, rapporté, jardiné, décoré, arrosé et presque aussitôt évaporé, j'ai pensé que l'homme figé et son chien mélaminé auraient eu leur place dans cette galerie de palmes où, à défaut d'éternité ombragée, l'on continuait à garantir à chaque résident ses trois cent cinquante-quatre journées de soleil annuel. Et tout en songeant à l'aviateur aujourd'hui disparu, je tournais lentement les pages du livre, jusqu'à la quarante-neuvième, jusqu'à ce que je découvre cette image saisissante prise par Robert Doisneau à Palm Springs, en ce mois de novembre 1960, où l'on voit un homme en tee-shirt parme, photographiant, sous un plein ciel d'été, la maquette de sa maison que l'on aperçoit, grandeur nature, en arrière-plan. On dirait une aile delta. Ou une station-service inachevée. Ou le bâtiment de départ d'un téléphérique. De l'homme affairé et bronzé, on ne sait rien. Sinon que, furtivement, il esquisse les traits apaisés d'un propriétaire comblé ou ceux, satisfaits, d'un architecte flatté. Face à cette image troublante, je songeais bien évidemment à l'aviateur et à son chien jauni. Et il me sembla alors que le livre de photos que je feuilletais ne racontait rien d'autre que l'existence d'hommes et de femmes épingles dans une maquette géante, un décor Ektachrome, pareils à des sujets vieillissants, errant dans une sorte d'émirat américain, à la pliure d'une époque qui était en train de se figer avant de lentement disparaître, alors même qu'elle s'affairait encore à sortir de terre.


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