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Auteur : Geneviève Brisac
Date de saisie : 28/05/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-87929-593-0
GENCOD : 9782879295930
Sorti le : 04/03/2010
Une courte lecture de Geneviève Brisac
Geneviève Brisac, au micro de Thibault Bonnafoux
Après un terrible accident de voiture, un homme rentre chez lui. Ayant échappé de peu à la mort (sa femme, elle, a disparu dans l'accident), il lui faut maintenant tout réapprendre. Sa fille, jour après jour, l'accompagne, et tente de tenir la main de cet homme intraitable.
Inquiète ou joueuse, sa voix décrit les quatre saisons de ce retour à la vie. Elle raconte son histoire, celle d'un Français, juif laïque et républicain, né à la fin des années 20, amoureux des paysages de son enfance qu'il ne concevait pas de défendre autrement que les armes à la main. La guerre, la politique, le travail, les femmes, il a tout vécu sans jamais s'expliquer. Et il n'a pas l'intention de commencer.
Lumineux, cocasse, bouleversant, ce livre est tout entier du côté de la vie. L'écriture engage avec la mort une course de vitesse, et rien ne dit qu'elle n'en sortira pas gagnante. Chacune - et chacun - y reconnaîtra l'essence même de ces liens si précieux qui se tissent entre les pères et les filles.
Geneviève Brisac est l'auteur de nombreux romans, traduits en plusieurs langues, dont Petite, paru aux éditions de l'Olivier en 1994, Week-end de chasse à la mère qui a obtenu le Prix Fémina en 1996, Les Soeurs Delicata (2004), d'un recueil de nouvelles, Pour qui vous prenez-vous ? (2001) et d'essais littéraires sur Virginia Woolf (avec Agnès Desarthe), Flannery O'Connor, ou la place des femmes dans la littérature. Son dernier livre, 52 ou la seconde vie, paru en 2007, est un roman kaléidoscopique qui multiplie les points de vue, attrape le mouvement de la vie par superpositions, répétitions, ellipses. Elle écrit aussi des livres pour enfants, des pièces de théâtre et des scénarios.
Parmi les innombrables récits de la fin du père,
un classique de la littérature biographique, celui
que nous livre aujourd'hui Geneviève Brisac se distingue par une absolue sobriété, alors même qu'une intense émotion se laisse percevoir. Sur le blanc d'une page, à la fin, l'auteur a tracé, au milieu, une petite vingtaine de mots, qui se présentent comme un véritable condensé de son entreprise : «Un stylo, une montre, une bague ornée d'une pierre dure de couleur verte sont les trois objets que je conserve de lui.» L'on ne saurait faire mieux dans la retenue et le parti pris lapidaire. L'on ne saurait mieux suggérer aussi la puissance des sentiments...
ci, la morbidité et la sensiblerie n'ont pas de prise. Car ce récit se trouve porté en permanence
par une stupéfiante vitalité. Pendant un moment,
au cours de ces mois, l'auteur avait commencé
de tenir un journal intime, mais l'avait rapidement égaré. Comme si l'essentiel ne consistait pas à fixer et à figer les instants à l'approche du terme d'une vie, mais à restituer, bien plus justement, ce qui fut son mouvement général et laisse aujourd'hui trace en celle qui écrit. Suscitant aujourd'hui cette admirable lettre au père.
Le récit joue sur l'énergie, le regard à l'oblique, la phrase est ferme, rapide, les épisodes parfois cocasses. C'est de la vie qu'il s'agit, dans ses mouvements les plus aigus. Geneviève Brisac tend à approcher par l'écriture la frontière des secrets les plus intimes, la vérité d'un père dont elle ne sait finalement pas grand-chose, la vérité de son propre sentiment de fille quand chacun cache sa peine, ravale ses larmes et ses angoisses, évite l'essentiel alors qu'on voudrait épuiser les souvenirs avant qu'il ne soit trop tard. Infiniment sensible, aussi urgent que pudique, cet exercice de mémoire a la beauté cruelle de cette quête désespérée.
Une année avec mon père est le récit minutieusement douloureux d'une «aventure» à deux : une fille et son père vont quatorze mois durant apprendre à se connaître. Jour après jour, une fille et son père vont réussir à transformer la rigidité familiale jusque-là de mise, en une relation filiale timidement chaleureuse...
Il y a dans Une année avec mon père des accents d'Une mort très douce, où Simone de Beauvoir, au chevet de sa mère mourante, livre d'elle-même une sensibilité et une tendresse qu'on ne lui soupçonnait pas...
La force du livre de Geneviève Brisac tient aussi à ce courage de regarder le doute en face. A décider enfin de ne «plus échapper au contrôle absolu sur les vies». A oser dire et répéter combien le chagrin est immense, quitte à déroger à une règle prétendument inflexible : il est impudique de livrer ses sentiments. Une année avec mon père est un livre d'un bout à l'autre sentimental, mais dont l'écriture, ultrasensible, reste toute en retenue : on ne se refait pas.
On a beaucoup écrit sur l'accompagnement d'un parent dans les derniers mois de son existence. Mais les livres bouleversants, qui excluent le pathos, le sentimentalisme, la lourde psychologie, comme Patrimoine, de Philip Roth (Folio), sont rares. Une année avec mon père est de ceux-là. On le lit avec une émotion intense parce que Geneviève Brisac ne joue pas à susciter l'émotion, et ne se laisse jamais aller à la morbidité. Même si la mort est là, au début et à la fin, Une année avec mon père est un livre de vie, et un récit d'écrivain soucieux de "garder l'oreille juste", de ne pas céder devant le tragique de certaines situations. Un effort aussi pour ne pas perdre son humour, pour saisir tout instant cocasse, pour refuser d'être submergée par le désespoir...
Cette année chaotique avec lui, qui veut garder sa dignité, son statut de père, refusant de devenir l'enfant de sa propre fille, ce drôle de parcours du combattant, Geneviève Brisac l'évoque en ne retenant que des détails, des images, des promenades, des conversations. Et c'est ce qui donne à ce texte sa force.
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