La haine de la démocratie ne date pas d'aujourd'hui. Mais elle connaït de nos jours un regain qu'incarnent des intellectuels tel Alain Badiou. Loin de la stricte actualité, Myriam Revault d'Allonnes s'interroge sur le désamour dont la démocratie fait depuis longtemps l'objet. Nourrie notamment de la lecture de Claude Lefort et de Michel Foucault, elle analyse le rapport très particulier que nous entretenons avec cette forme de régime politique où le pouvoir, «lieu vide», crée une incertitude permanente. Qui aimer quand l'autorité est régulièrement remise en jeu par les élections ? Comment adhérer, s'identifier quand des idéaux collectifs prennent la place de l'idéal du moi ? Cette «condition déceptive» propre à la démocratie ne doit pas pour autant nous en éloigner. Car, comme le soulige l'auteur, c'est l'amour qui inspire le social et non la loi. Myriam Revault d'Allonnes est philosophe, professeur des universités à l'école pratique des hautes études. Elle est notamment l'auteur de Ce que l'homme fait à l'homme (Seuil, 1995), Le Pouvoir des commencents (Seuil, 2006) et L'Homme compassionnel (Seuil, 2008).
La revue de presse Eric Aeschimann - Libération du 4 mars 2010
Il paraît que la démocratie est une question réglée. La victoire sur le nazisme, puis la chute du mur de Berlin auraient soldé l'affaire. D'un côté se trouverait le Mal - les totalitarismes - et de l'autre le Bien - la démocratie dans sa forme actuelle, ce que Myriam Revault d'Allonnes appelle d'entrée de jeu «une pseudo-démocratie non plus libérale, mais "néo-libérale"». Depuis, et malgré la multiplication des symptômes (ségrégation sociale et territoriale, formation d'oligarchies, impuissance du politique), quiconque se risque à ausculter les fondements de la démocratie se voit taxer de complaisance totalitaire (c'est le procès fait à Alain Badiou) ou d'aspiration autoritaire (cette critique a été adressée à Marcel Gauchet). Le seul fait de s'interroger trahirait nécessairement une arrière-pensée antidémocrate...
L'apport extrêmement novateur du travail de Myriam Revault d'Allonnes est d'utiliser cette analyse de la crise structurelle de la démocratie pour comprendre le triomphe actuel du néolibéralisme. Lui aussi est une façon d'exorciser l'incertitude, de faire tenir ensemble des individus qui n'ont rien à voir...
Aux uns comme aux autres, la démocratie se dévoile comme contradiction, comme inachèvement. Voilà pourquoi elle ne sera jamais une question réglée, mais bien plutôt un débat interminable : une affaire vivante.
La revue de presse Serge Audier - Le Monde du 5 mars 2010
Plus de vingt ans après la chute du mur de Berlin, nombre d'observateurs ont le sentiment que les démocraties libérales traversent une phase critique. On ne compte plus les diagnostics établissant la "mélancolie" démocratique. Au danger totalitaire aurait succédé, entend-on souvent, une nouvelle menace, celle d'un individualisme exacerbé. La critique des sociétés démocratiques est si diffuse que certains intellectuels, comme Jacques Rancière, ont dénoncé une "haine de la démocratie" qui tarauderait une partie de l'intelligentsia française. Selon la philosophe Myriam Revault d'Allonnes, on assiste en effet à un retour des discours antidémocratiques, notamment à l'extrême gauche. Toutefois, son objectif n'est pas d'en dresser la généalogie intellectuelle. Il s'agit plutôt de décrire comment les individus perçoivent et vivent la démocratie.