1857 : année mythique de la censure. Charles Baudelaire, Gustave Flaubert et Eugène Sue sont tour à tour poursuivis par le même procureur, Ernest Pinard. Les oeuvres incriminées ? Les Fleurs du Mal, Madame Bovary et Les Mystères du Peuple. Par ces procès, le régime de Napoléon III entend juger le poète et les deux romanciers pour leurs outrages et leur insubordination à l'ordre politique et moral.
À l'aide de documents d'archives, d'articles de presse, des plaidoiries et des réquisitoires, des correspondances que s'échangent les écrivains pourchassés par Pinard, Emmanuel Pierrat nous replonge dans cette année 1857. Dans un décor saisissant, il fait revivre les procès intentés par le procureur impérial à des écrivains de génie soudainement pris dans l'implacable mécanique de la censure.
Le lecteur découvrira donc la galerie de créateurs devenus depuis célèbres et des journalistes qui se lancent dans la bataille, tout comme l'état de la censure sous le Second Empire (et ses prolongements actuels). Jamais le tableau de ces quelques mois qui vont durablement marquer le milieu des Lettres n'avait été dépeint avec autant de force.
Les pièces du dossier (plaidoiries, réquisitoires et jugements) sont publiées en annexe de cette saga tout autant judiciaire que littéraire.
Né en 1968, Emmanuel Pierrat est écrivain, essayiste et avocat français. Spécialisé dans le droit de la culture, chroniqueur pour Livres-Hebdo, il est aussi éditeur et collectionneur.
La revue de presse Frédérique Roussel - Libération du 18 mars 2010
Le livre ne se contente pas de retracer les procès de trois figures : le bourgeois de province, le poète maudit et le grand exilé sur la fin de sa vie. Ces procès préfigurent, selon Pierrat, la censure moderne «telle qu'elle se perpétue et croît de nos jours». Il le voit quand il plaide en matière de censure, même si les régulateurs de l'ordre social ne sont plus Pinard et l'Etat.
Les courts extraits de livres : 08/06/2010
S'il est une année emblématique dans l'histoire de la censure, c'est bien celle de 1857, avec ses trois victimes célèbres, Flaubert en janvier, Baudelaire durant l'été, et Sue, en fin d'année, poursuivis par un même homme : Ernest Pinard, appuyé par un système de censure alors à son apogée.
Les circonstances sont probablement inédites dans les annales de l'histoire de la littérature, du moins concernant des auteurs et des oeuvres de cette importance. En revanche, le responsable de cette frénésie moralisatrice, devenu depuis l'objet de sarcasmes universels, n'était ni le premier ni le dernier de son espèce. (Extrait du premier chapitre du livre)