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Auteur : Dominique Perrut
Date de saisie : 21/03/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Romans Francais Denoel
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 9782207259313
GENCOD : 9782207259313
Sorti le : 05/01/2010
Paris, octobre 1969. Un étudiant, qui n'étudie plus guère, Frédéric, rencontre Marina, une jeune Cubaine. La séduisant par accident, il se trouve emporté dans une passion où dépendance rime avec destruction. Autour de cette exilée volontaire gravitent des hommes, latino-américains surtout, qui ont choisi l'action violente... C'est pour l'un d'eux, Karayan, que Marina quitte son compagnon. Français et fils de résistants juifs, le rival de Frédéric s'est un moment égaré dans une guérilla castriste hors d'époque avant de basculer dans la délinquance. Jugé pour d'atroces meurtres, il bouleverse l'opinion publique par une rhétorique qui joue avec talent sur la culpabilité enfouie de la collaboration avec l'occupant...
Dans ce roman polyphonique, où les voix cathartiques de l'histoire personnelle s'entrelacent avec celles de l'époque, Dominique Perrut dévoile les inédites coulisses latino-américaines d'une affaire qui ressuscite l'inquiétant fantôme de Pierre Goldman. Recoupant confidences amoureuses et analyse judiciaire, son enquête bouscule la loi du silence qui pèse encore sur ce personnage mythique des années soixante-dix...
Rescapé de ces temps de poudre, le narrateur reconstitue, avec une insistance masochiste, le moment où sa maîtresse l'abandonna au profit d'un néo-truand qui fera tout, après son acquittement, pour faire perversement savoir à ses défenseurs qu'il était bien le meurtrier. Goldman coupable ? Ce n'est pas le premier ouvrage à l'affirmer, ces derniers temps. Mais les indices ici fournis, sous la protection juridique du roman, valent pour un troisième jugement rendu in absentia, un commando du groupe Honneur de la police ayant assassiné Goldman en 1979. En amour aussi, la vengeance est un plat qui se mange froid
1) Qui êtes-vous ? !
Sur le dos de la couverture du roman "Patria o muerte", vous l'aurez peut-être remarqué, je choisis d'en dire le moins possible sur moi-même. Je mentionne simplement qu'à côté de mon activité d'écriture, je suis consultant et enseignant. Deux termes assez vagues...
Mais revenons en arrière. Après un parcours d'études diverses, littérature et sociologie, passablement erratique, j'ai suivi, pour ainsi dire en "free lance", un cursus d'économie, achevé par un doctorat à la Sorbonne. Il s'agissait, ce faisant, de me procurer une sorte de "couverture", un vademecum destiné à effacer les traces, peu présentables sur un CV, de mes divagations antérieures. Une fois le diplôme acquis, je n'ai pas réussi à me persuader d'intégrer l'université. J'ai pourtant toujours poursuivi des recherches en économie et publié, dans un genre chroniquement non académique, quelques ouvrages et articles. Après deux séjours difficiles, en Amérique latine et en Afrique (on trouve des indices de cet itinéraire dans les pages de Patria o Muerte), j'ai mené une activité d'expert pour des diagnostics de groupes industriels ou financiers, surtout dans la banque, pour les représentants des salariés au sein des Comités d'entreprise. L'indépendance, l'accès privilégié à l'information interne des sociétés, satisfaisante pour ma curiosité, le caractère socialement engagé de ces missions, tout cela me convenait. Et si je me suis tourné vers la banque, c'est que ce champ totalement inconnu pour moi, multiple et insondable, ouvrant sur des perspectives historiques et des questions théoriques, excitait mon intérêt d'économiste. Ensuite, de pair avec ces fonctions de consultant, j'ai commencé à enseigner à mi-temps comme professeur associé à l'université, il y a une quinzaine d'année. Par ailleurs, en lien avec un "think tank" (groupe d'étude et d'influence), j'opère un suivi régulier de la construction européenne. Foin des discours partisans venant des eurosceptiques, ce processus historique unique conditionne, malgré ses insuffisances, notre futur commun !
Mais tout cela, en définitive, c'est surtout l'apparence sociale, la carte de visite que la société vous demande de produire. Cette relative autonomie professionnelle, difficilement assumée, progressivement établie, visait depuis le début un enjeu central : ménager un espace de liberté pour construire une écriture, dans un processus long et complexe. Ancrage social nécessaire, l'économie protège l'écriture.
2) Quel est le thème central de votre livre ?
Aïe ! Question "inrépondable", comme on parle de solution indécidable en maths ! J'ai cherché tous les moyens de "centrer" ce livre, mais cela n'a pas été possible ! Il y avait-là deux histoires, a priori inconciliables, deux registres radicalement étrangers l'un à l'autre. Et finalement, j'ai été acculé à la nécessité de construire le livre précisément sur la mise en tension de ces deux pôles : d'un côté, la scène de l'intime (la spirale destructrice née de la rencontre entre Frédéric, personnage narrateur, et Marina, sa compagne cubaine) ; d'un autre côté, la scène sociale (l'effrayante histoire de mon personnage Karayan, accusé devant la justice d'horribles méfaits, et qui est le support du traitement transposé de l'histoire de Pierre Goldman, dans les années 70.) Le pari du livre a donc consisté à renouveler le genre de la fiction autobiographique, organisée ici selon trois voix en quête du passé, pour en faire le cheval de Troie conduisant à la mise en pièces méthodique du mythe qui a galvanisé toute une génération.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de votre livre, laquelle choisiriez-vous ?
La première, évidemment : "La nuit dernière, j'ai rêvé de toi ; ça devient rare ; enfuies, maintenant, enfouies, les images du songe." Pourquoi cette phrase me demanderez-vous peut-être ? Parce qu'elle a surgi un jour, il y a si longtemps, elle s'est inscrite au réveil, dans une douleur nostalgique, tenace et douceâtre ; parce que le livre ne pouvait s'ouvrir ni se refermer autrement que sur un rêve, comme pour enfermer dans une parenthèse onirique cet épisode de la folle légende des humains.
4) Si votre livre était une musique, quelle serait-elle ?
Ce serait bien sûr un "toque de tambor" (un battement de tambour) venu des rituels de la "santería" afro-cubaine. Ces rythmes emportaient parfois Marina, mon personnage, dans des improvisations dansées, et celles-ci ouvraient pour le jeune Frédéric des contrées fascinantes. Et plus tard, faisant écho à ceux de Marina, il y a cet autre "toque de tambor", déroulant ses rythmes assourdis et graves, lorsque toute la rive gauche se presse au Père-Lachaise à la suite de l'assassinat de Karayan, pour faire de son enterrement le cérémonial conduisant à sacraliser son image.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Les jeunes gens traversent une période charnière, qui sépare l'adolescence de l'âge adulte. Et c'est souvent une époque de turbulences, d'états émotionnels tels que les événements, personnels ou sociaux, s'impriment dans le vif. Les images de cette période, je n'ai jamais pu m'en défaire, elles m'ont taraudé pendant des décennies. J'avais perçu l'envers d'un mythe construit sur un personnage douteux. Il s'agissait d'un être psychiquement fragile. Des groupes en avaient fait une icône pour se convaincre qu'ils avaient encore une cause à défendre. Toute époque possède sa propre folie. Dans ce roman, il s'agissait de montrer, dans une intrigue quasi-policière, comment s'est construite, au mépris de faits, une croyance collective particulière, dont j'ai pu observer la genèse. De tels mythes s'enracinent toujours dans de troubles régions de l'inconscient d'un temps donné, et c'est de là qu'ils tirent leur puissance. Ce livre parle des années soixante-dix, je l'ai écrit pour que des lecteurs d'autres générations m'accompagnent dans une enquête. Celle-ci montre comment naissent et se développent de telles légendes, et j'espère qu'ils montreront, puisse ce livre y aider, plus de discernement que leur aînés face aux maladies de la pensée auxquelles ils seront confrontés.
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