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Auteur : Pascale Gautier
Date de saisie : 31/05/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Joëlle Losfeld, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 978-2-07-078773-9
GENCOD : 9782070787739
Sorti le : 05/01/2010
Dans le village paumé de "Trou" ( !), il n'y a presque plus que des vieilles ! Les vieux les ont lâchement abandonnées, en passant de l'autre côté. N'en reste qu'un, l'Homme de ces dames, 90 ans, qui balade sa virilité déclinante en short bleu. Le seul "jeune" du pays, l'unique a avoir échappé au chômage, est incinérateur (de cadavres s'entend !), un métier qui ne connaîtra pas le chômage de si tôt ! Elles s'ennuient ferme, les "vieilles" ! Heureusement, une jeunette de soixante ans à peine, veuve précoce, va venir les réveiller ! Un régal d'humanité, très apprécié des 60-100 ans. Hilarant !
Il y en a une qui prie, une autre qui est en prison, une autre encore qui parle à son chat, et certaines qui regardent les voisines de haut en buvant leur thé infect. Leurs maris ont tous disparu. Elles sont vieilles, certes, mais savent qu'elles pourraient bien rester en vie une ou deux décennies encore, dans ce pays où il n'est plus rare de devenir centenaire. Alors elles passent leur temps chez le coiffeur, à boire et à jouer au Scrabble, à essayer de comprendre comment fonctionne un téléphone, à commenter les faits divers, à critiquer leur progéniture qui ne vient pas assez, à s'offusquer de l'évolution des moeurs... Elles savent que le monde bouge, et qu'elles devraient changer leurs habitudes, mais comment faire, à leur âge ? Aussi, l'arrivée de Nicole, une «jeunesse» qui entame tout juste sa retraite, et l'annonce d'une catastrophe imminente, vont perturber leur quotidien.
Ce nouveau roman de Pascale Gautier est irrésistible par sa fraîcheur, sa volonté de prendre avec humour le contre-pied de certaines idées reçues sur la vieillesse. On y retrouve avec délectation la causticité et la liberté de ton qui caractérisent ses précédents textes.
Pascale Gautier est directrice littéraire aux Éditions Buchet-Chastel. Ses romans ont été reconnus comme des textes singuliers et littérairement exigeants. Parmi eux Trois grains de beauté, qui a reçu le Grand Prix SGDL du roman, et Fol accès de gaîté, tous deux publiés aux Éditions Joëlle Losfeld.
Pascale Gautier met en scène d'irrésistibles vieilles grincheuses dans une ville fantasmée, trois cent soixante-cinq jours de soleil par an et tranquillité assurée. Le bourg s'appelle Le Trou et les seuls jeunes qui y vivent sont les employés de l'hôpital et du crématorium. Les vieilles occupent tout le territoire et ont un avis sur tout...
Derrière l'humour et la fantaisie se dessinent des vérités moins roses, la solitude, le regard porté sur elles, la souffrance physique. Là se niche la portée de cet ouvrage caustique.
La télé est à fond. L'immeuble entier en profite. C'est Mme Rousse qui est sourde comme un pot. Elle est gentille à part ça, Mme Rousse. Elle est vieille depuis si longtemps ! Tous les mardis, elle va au salon de coiffure «chez Josée». Un salon minuscule, à l'abri des intempéries et des métamorphoses. Josée aux cheveux rouges coiffe avec application une kyrielle d'octogénaires qui viennent chez elle parce qu'elles se sentent en confiance et parce qu'elles sont toujours venues là. Mme Rouby expliquait ça l'autre jour pendant que Josée lui faisait sa permanente. Quand on est toujours allée chez quelqu'un, on a du mal à changer, c'est bête, mais c'est comme ça. Mme Rousse, donc, a les cheveux en casque permanente bleu-violet. Aujourd'hui est le jour des amies. Elle a acheté une tarte aux pommes à la pâtisserie Miale, sorti les assiettes à dessert en porcelaine de Limoges et préparé le thé. Elle ne sait pas qui viendra. C'est chaque fois la surprise. La salle à manger de Mme Rousse est de toute beauté. Des rideaux roses tricotés main ornent les trois fenêtres qui donnent sur la rue Jean-Eymard. Une tapisserie bleu azur décorée d'oiseaux blancs qui volent dans tous les sens couvre les murs. Un lustre façon bronze qui doit peser trois tonnes reste bizarrement accroché au plafond et menace la table en bois massif qui est pile dessous. Mme Rousse est une amie des arts. Chaque année, le 15 août, des artistes locaux à la retraite exposent leurs oeuvres à la salle des fêtes. Chaque année, Mme Rousse achète une toile et la fixe sur la tapisserie aux oiseaux blancs. Cela fait un mélange de couleurs idéal pour vous donner la migraine. La télé est sise sur le petit meuble qui jouxte la table en bois massif ! Impossible de la rater. C'est ce qui agace Mme Rouby. On ne s'entend pas chez Mme Rousse, il y a toujours le poste qui braille. Mme Rousse n'en a cure, le bruit la berce.
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