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Auteur : Arnaud Cathrine
Date de saisie : 12/03/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Verticales-Phase deux, Paris, France
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-07-012824-2
GENCOD : 9782070128242
Sorti le : 05/01/2010
Roman après roman, Arnaud Cathrine séduit le lecteur sensible aux failles de l'absence, de la perte et d'une part d'intime toujours dévoilée avec pudeur et talent.
Le ton était donné dès son premier roman : "Les Yeux secs". Depuis, Arnaud Cathrine façonne une oeuvre originale à la tonalité très personnelle et au style affirmé.
Dans "Le Journal intime de Benjamin Lorca", le lecteur retrouve avec bonheur cette écriture élégante et intimiste.
Un roman à plusieurs voix, à plusieurs tons, tout en nuance au service d'une intrigue véritable : que contient ce journal intime ? quelle part de vérité détiennent les quatre narrateurs ?
La réponse est quelque part dans les silences, dans les points de suspension ou dans les ellipses que chaque lecteur interprète à sa façon.
Un grand roman d'un jeune auteur parmi les plus doués et les plus originaux de sa génération.
Pour évoquer la mémoire de l'écrivain Benjamin Lorca, deux amis, un frère et une ex-compagne prennent successivement la parole. Quatre voix qui se complètent ou se diffractent, à rebours des quinze années qui nous séparent de sa mort tragique. La découverte d'un journal intime que le disparu a laissé derrière lui ravive en eux la tentation de saisir enfin cet être si fuyant, égaré, insaisissable. Les quatre narrateurs trouveront-ils une quelconque révélation dans ces écrits jamais publiés ? L'envers d'une personnalité, la face cachée de Benjamin ? Tous ne prendront pas la même décision - trahir ou non cette intimité posthume - mais chacun découvrira en chemin quelques vérités sur lui-même, plus ou moins apaisantes.
Avec ce septième roman, tout en ellipse et non-dit, Arnaud Cathrine a su éviter les complaisances de la noirceur. On y retrouve les nuances sensibles du mal d'être contemporain qui habitait ses livres précédents, mais aussi les fragments d'un discours sur toutes les formes d'amour, y compris les plus paradoxal, le désamour de soi.
Arnaud Cathrine est l'auteur, chez Verticales, de huit fictions, dont Exercices de deuil (coll, «Minimales», 2004), Sweet home (2005), La disparition de Richard Taylor (2007). Il est en outre scénariste et parolier. Il a notamment conçu avec le chanteur-compositeur Florent Marchet un roman musical intitulé Frère animal (coll. «Minimales» +CD, 2008) qu'ils ont interprété ensemble sur scène.
Pour mettre en scène l'absence et les non-dits, Arnaud Cathrine a choisi la forme chorale. Entre jeu de miroirs et jeu de piste à rebours, le portrait nostalgique de l'auteur s'y dessine à mesure des souvenirs et des indices traqués après le drame...
Tout en pudeur, Arnaud Cathrine orchestre ces éventuelles trahisons pour évoquer la figure de l'écrivain qu'il connaît bien - à seulement 36 ans, il a fait paraître dix romans. Fidèle à sa thématique des relations meurtries, mais traitant aussi de l'intimité et du réel, celui-ci est sans doute le plus proche du «livre impossible» en question : personnel, et vaguement autobiographique.
Quatre voix "condamné(e)s à se raconter à travers lui", à redire l'histoire, à la rejouer pour tenter de débusquer, dans les décors d'une vie à la dérive, le détail manquant. Un détail tapi peut-être dans le journal que Benjamin leur a laissé comme une grenade dégoupillée. Tournoyant autour de cet écrit, comme jadis le romancier autour de son "livre impossible", chacun des protagonistes tergiverse. Faut-il le publier, le lire au risque de détruire l'image, même parcellaire, que chacun s'est façonnée de cet homme mystérieux ? Ou le détruire pour respecter sa volonté, quitte à rester orphelin de cette part de lui-même qu'il n'a jamais pu ou su donner ?...
Une polyphonie à travers laquelle Arnaud Cathrine s'interroge sur la vérité d'une vie, s'approchant ainsi, peut-être, à sa manière sensible et délicate, du livre impossible...
Parfois un roman vous enchante par ses silences, par ce qu'il laisse à entendre, par ses ellipses. Le Journal intime de Benjamin Lorca est de ceux-là. Que reste-t-il après que l'on a tourné les dernières pages ? Une impression entêtante d'avoir réellement marché au côté du personnage dont il est question, et qui a disparu un suicide, voilà quinze ans. C'était un homme dont on aurait voulu être l'ami, mais qui vous a échappé par son extravagante pudeur. Il reste également une musique teintée de douceur, de gravité et d'ironie, de bons mots aussi. Et un mystère, qui participe à la réussite de ce texte...
Avec ce roman, Cathrine excelle dans l'art d'écrire entre les lignes le signe des grands écrivains.
La tension qui s'exerce peu à peu, au fil de cette traque, est portée par la fluidité d'une écriture au cordeau, infiniment aiguë et sensible. Chaque narrateur trouve sa voix, sans qu'il soit besoin de modifier le style, par la seule précision des points de vue. Et tous convergent vers Benjamin. Sans doute l'auteur poursuit-il, à travers lui et comme jamais, une partie de sa propre vérité, multipliant les leurres pour mieux viser l'autoportrait. Le résultat est magnifique de pudeur et d'audace, tout l'enjeu résumé dans cette citation d'Henry James placée en exergue du journal intime de son personnage : «En attendant, juste pour hâter cette difficile mise au monde, ne pourriez-vous pas donner aux autres un indice ?»
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