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Auteur : René Bornert
Date de saisie : 27/11/2009
Genre : Religion, Spiritualité
Editeur : Ed. du Signe, Strasbourg, France
Prix : 49.00 € / 321.42 F
ISBN : 978-2-7468-2218-4
GENCOD : 9782746822184
Sorti le : 15/10/2009
Ce deuxième tome des Monastères d'Alsace groupe, en deux volumes, les abbayes de bénédictins. Le hasard de l'ordre alphabétique réunit dans la première partie des abbayes importantes certes, mais de second rang par rapport aux géants que furent Murbach et Wissembourg.
Trois d'entre elles, Ebersmunster, Marmoutier et Munster, furent fondées à l'époque mérovingienne. Elles suivirent d'abord l'observance irlandaise ou iro-mérovingienne, diffusée par les disciples ou les émules de saint Colomban à partir de Luxeuil et des monastères d'île-de-France, après l'accession au pouvoir de Dagobert Ier dans tout le royaume mérovingien en 629. À la suite des synodes d'Aix-la-Chapelle de 816 et 817, qui intégraient l'institution monastique dans l'Empire carolingien, ces communautés évoluèrent progressivement au cours du IXe siècle vers l'observance de la Règle de saint Benoît.
De fondation plus tardive, les abbayes d'Altorf et de Honcourt suivirent dès leur naissance cette Règle bénédictine. La première naquit vers 974 sous la protection des comtes d'Eguisheim-Dabo et les augures de l'Ordre de Cluny. La seconde vit le jour au premier quart du XIe siècle, grâce à l'appui des sires de Hurningen-Ortenberg, probablement sous l'influence de Hirsau, le pendant germanique de Cluny.
Minée par une longue décadence vers la fin du Moyen Âge, l'abbaye de Honcourt sombra au début du XVIe siècle dans la tourmente de la guerre des Paysans et de la Réforme protestante.
Soutenues par l'appui solidaire d'une congrégation et participant au renouveau catholique, promu par le concile de Trente, les quatre autres abbayes survécurent, de façon active, jusqu'à la Révolution française. Alors que l'Union bénédictine dite de Bursfeld, du nom de cette abbaye au Hanovre, trop lointaine, ne donnait pas les résultats escomptés, l'évêque de Strasbourg Léopold Ier, archiduc d'Autriche, obtempérant aux directives tridentines, groupa d'office en une congrégation, dite de Strasbourg, les abbayes bénédictines de son diocèse, trois en Alsace moyenne : Altorf, Ebersmunster et Marmoutier, quatre dans l'Ortenau badoise, qui faisait alors partie de son diocèse : Ettenheimmunster, Gegenbach, Schuttern et Schwarzach. Sous l'influence des Exercices de saint Ignace et de l'Université épiscopale de Molsheim, ces communautés adoptèrent le style architectural baroque et s'ouvrirent à la pastorale populaire à la manière des jésuites.
En Haute-Alsace, qui fit alors partie du diocèse de Bâle, Munster au Val Saint-Grégoire, la seule abbaye bénédictine subsistante, se rattacha en 1656 à la congrégation lorraine de Saint-Vanne et de Saint-Hydulphe. Grâce aux deux séjours de Dom Augustin Calmet, qui y fut un certain temps sous-prieur, la communauté pratiqua l'érudition des mauristes, relayés en Lorraine par ce courant vanniste.
C'est en pleine vitalité que ces communautés affrontèrent le choc de la Révolution. À quoi ont-elles succombé ? Au choc extérieur de la tourmente révolutionnaire ? À l'effondrement de la société féodale, dont elles étaient parties prenantes ? La question mérite un examen approfondi.
(...)
De soi, le toponyme Alt(d)-dorf peut avoir une triple signification. Si l'on fait dériver le préfixe Alt du vieux germanique, Alt-dorf signifie «Vieux Village». Si l'on fait provenir Alt du latin altus, le nom veut dire «Haut-Village». Si Alah désigne une divinité germanique, le village aurait été consacré au dieu Alah. Les premiers documents sur les origines de l'abbaye d'Altorf suggèrent un repeuplement du lieu par des colons venus d'ailleurs. Pour marquer la continuité du Nouveau-Village (Neu-dorf) avec l'ancien village (Alt-dorf), l'appellation primitive se serait imposée. On ne peut non plus exclure entièrement l'hypothèse d'une origine monastique du toponyme. L'Altum-Coenobium de 974 a été remplacé assez tôt par un nouveau monastère (Novum Coenobium) vers 1020. L'Altorph de D 1 (999) peut être une glose explicative plus tardive. Dans ce cas, on aurait voulu signifier que le nouveau monastère a pris la suite de l'ancien monastère. Du monastère (coenobium), le toponyme aurait passé par extension au village (Dorf).
Devant la multiplicité du toponyme Altorf, la plus grande circonspection s'impose pour l'identification du nom de lieu. L'Altorf bas-rhinois actuel a été confondu tour à tour avec l'Altorf haut-rhinois disparu, près de Wettolsheim (et Wintzenheim), et avec l'Altdorf wurtembergeois, ancêtre de l'abbaye de Weingarten. La première confusion a fait de l'abbaye de Munster au Val Saint-Grégoire un propriétaire sur les bords de la Bruche. La seconde erreur a rattaché par erreur l'Altorf au diocèse de Strasbourg dans la mouvance de Hirsau.
1) Qui êtes-vous ?
Alsacien d'origine
À partir d'un fond ethnique, linguistique et culturel alémanique - pas strictement allemand - s'est développée une adhésion de coeur et d'esprit à la France, à sa langue et à sa culture, tout en gardant un contact avec la langue et la culture allemandes dans une Europe en voie d'unification. Né en 1931, j'ai vécu l'évolution des relations franco-allemandes, depuis l'hostilité déclarée jusqu'à la réconciliation réalisée. L'entente cordiale entre l'Allemagne et la France permet aujourd'hui d'assumer le bilinguisme et la biculturalité alsacienne, sans être suspecté d'un manque de loyauté envers la France.
Bénédictin de profession
Me sentant appelé à la vie bénédictine, j'ai opté, en l'absence d'un monastère de bénédictins en Alsace, pour l'abbaye de Clervaux au Luxembourg. D'origine française - issue de la restauration en 1890 par Solesmes de l'abbaye de Saint-Maur-sur-Loire (Maine et Loire), expulsée en 1901 - la communauté de Clervaux a gardé l'esprit français tout en s'ouvrant sur l'Europe. Le moine bénédictin se veut témoin de la transcendance, dans l'Église et dans la société d'aujourd'hui, tout en s'inscrivant dans une tradition historique et dans la modernité actuelle.
Théologien et historien ou «théologien positif» de formation
À partir de la lecture de l'Écriture et de la célébration de la liturgie, j'ai acquis une certaine spécialisation en théologie positive, attentive au développement historique de la Parole de Dieu plus qu'au contenu doctrinal de cette révélation. À la suite du concile de Vatican II, mes recherches ont été marquées par une ouverture oecuménique. Ma thèse de doctorat en théologie à l'Université bénédictine de Saint-Anselme à Rome a porté sur la liturgie byzantine. Ma thèse de doctorat d'État à l'Université de Strasbourg eut pour sujet la Réforme protestant du culte à Strasbourg au XVIe siècle.
Mes origines alsaciennes, mon enracinement existentiel dans la tradition bénédictine, ma formation théologique et historique m'ont préparé à entreprendre et de mener à terme la synthèse, maintes fois souhaitée, sur le phénomène monastique en Alsace.
2) Quel est le thème central de votre livre ?
Le thème central de mon ouvrage porte sur les monastères en Alsace, depuis les origines jusqu'à nos jours, au-delà de la césure introduite par la Révolution française. Sont considérés comme monastères les établissements de vie religieuse contemplative, masculins et féminins, se rattachant au monachisme ancien : irlandais, bénédictins, clunisiens, cisterciens, chartreux, guillelmites. Mais ont aussi été retenus les ermites isolés et les possessions ou droits en Alsace de monastères antérieurs à la Révolution française, situés hors d'Alsace (Lorraine, Suisse, Pays de Bade, Palatinat).
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de votre livre, laquelle choisiriez-vous ?
La phrase à mettre en avant ou en exergue est la première phrase de l'ouvrage : «L'Histoire des monastères d'Alsace est l'aboutissement de vingt-cinq ans de recherches. Le projet était annoncé en 1982. Il est devenu réalité en 2008. Les difficultés étaient plus nombreuses que prévues. La matière s'est révélée plus abondante qu'il n'était envisagé. Il a semblé préférable de présenter une synthèse globale dont tous les éléments ont été vérifiés, plutôt que de livrer une ébauche partielle qui eût réclamé par la suite des corrections multiples. L'ouvrage présente une vue d'ensemble sur la vie monastique en Alsace. Aboutissement, il se veut aussi un point de départ. Il peut fournit une base solide pour des investigations nouvelles». (Tome, page 17).
4) Si votre livre était une musique, quelle serait-elle ?
La musique qui illustrerait le mieux ma démarche scientifique serait les mélodies grégoriennes du commun de la Dédicace. Disponible sur Internet. Par exemple : Moines de l'Abbaye de Fontgombault, Chant grégorien. Commun de la Dédicace. Prix : 17 Euros.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
J'aimerais partager avec mes lecteurs l'intérêt enthousiaste pour l'actualité de la vie monastique bénédictine, particulièrement en Alsace.
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