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Auteur : Antoine Compagnon
Date de saisie : 11/03/2011
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : La Suite des temps
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-07-012619-4
GENCOD : 9782070126194
Sorti le : 22/10/2009
Bernard Faÿ n'est plus guère connu aujourd'hui que pour son rôle dans la répression de la franc-maçonnerie sous le régime de Vichy. Son action à la tête de la Bibliothèque nationale de 1940 à 1944 lui valut les travaux forcés à la Libération.
Intrigué par le destin de cet intellectuel passé de Proust à Pétain et de l'avant-garde à la collaboration, Antoine Compagnon, dont Bernard Faÿ fut un lointain prédécesseur à l'université Columbia de New York, puis à Paris, au Collège de France, renouvelle en profondeur une enquête entamée par les historiens. Car l'homme demeurait très mystérieux.
Quels démons ont pu pousser cet américaniste éclairé, ouvert au monde moderne, familier de Gide, Cocteau, Crevel et Picasso, intime de Gertrude Stein, aux engagements les plus funestes auprès des autorités d'occupation et de leurs complices français, aux compromissions les plus basses avec la police et la SS ? Comment cet homme de haute culture, infirme et esthète, inverti et religieux, a-t-il pu consentir à l'ignominie de la délation ? Et pourquoi ne s'est-il jamais repenti ?
Tragique époque, ténébreux caractère, troublant portrait.
Antoine Compagnon, professeur au Collège de France et à Columbia University, spécialiste de Proust, est l'auteur, notamment, dans la «Bibliothèque des idées», de Les Antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes (2005).
Retracer le destin collectif de l'Action française, ou raconter l'itinéraire individuel de tel ou tel théoricien de la droite révolutionnaire, c'est donc explorer l'"envers" et le "revers" du récit républicain, autant dire de notre conscience nationale. Professeur au Collège de France, fin connaisseur de Montaigne, de Maistre et de Proust, Antoine Compagnon aime porter son attention sur ce type de figures, toutes en clair-obscur, qui incarnent les ambivalences de la modernité...
Oscillant entre réprobation rétrospective et refus du jugement après coup, Compagnon abandonne le lecteur au milieu de ses propres hantises : comment me serais-je comporté ? Qu'est-ce que la fidélité à soi ? Au miroir de Bernard Faÿ, il exhibe certes l'envers et les revers de la France ; mais il esquisse surtout l'étude de son propre "cas".
C'est que Compagnon, qui ne se veut pas biographe, est intrigué : comment Faÿ, intellectuel transatlantique, enseignant aux Etats-Unis, fréquentant le Tout-Paris lettré, presque familier de Proust, put-il à ce point collaborer, devenir le vassal de Pétain et un sinistre agent de basse police en dénonçant, avec zèle, Juifs, communistes et francs-maçons ? Antoine Compagnon s'est lancé dans cette exploration sans vouloir, ni alourdir le dossier à charge, ni plaider la cause d'un homme indigne...
Au bout du compte, le mystère Faÿ ne semble pas bien épais. Mais peu importe, c'est la démarche de Compagnon qui est intéressante : chercher à comprendre sans plaider, se départir d'une antipathie spontanée pour le personnage de Faÿ pour tenter d'élucider le glissement vers l'ignominie, toujours inquiétant et toujours possible.
Rien ne laissait malgré tout supposer les abîmes dans lesquels sombra ce singulier personnage de 1940 à 1945. Car ce ne sont pas seulement des opinions aberrantes que l'on put reprocher à Bernard Faÿ, mais bien des faits, générateurs d'un sort funeste pour de nombreuses personnes. Au bout du compte et au terme d'un travail d'une probité exemplaire, Antoine Compagnon s'avoue lui aussi incapable d'expliquer rationnellement la conduite de son triste héros. Dans leurs pires errements, Drieu la Rochelle, Benoist-Méchin, et même Brasillach conservèrent une certaine noblesse. Rien de tel dans le cas de Bernard Faÿ, dont la méchanceté, la mesquinerie et l'absence de toute générosité éclatent littéralement. Le vrai mystère est qu'un tel individu ait pu assez longtemps faire illusion et atteindre les sommets de la méritocratie républicaine...
Estimables, d'une érudition incontestable, ses livres ne constituaient pas l'oeuvre dont cet esprit tourmenté rêvait probablement. D'où, comme dans le cas de Maurice Sachs, une haine de soi irrépressible, une fuite en avant, débouchant sur l'abjection.
Comment un homme cultivé, ouvert sur le monde, ami de Gertrude Stein, familier de Tristan Tzara et de Picasso, devient-il un collaborateur de haut vol ? Comment un individu concilie-t-il conservatisme politique et modernisme esthétique, comment un catholique intransigeant vit-il son homosexualité ? Ces questions parcourent Le Cas Bernard Faÿ, formidable enquête sur la complexité d'un homme. Antoine Compagnon n'a pas de réponse. Qu'importe. Le récit vaut d'abord par sa démarche, ses interrogations. Un modèle du genre.
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