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Auteur : Manu Larcenet
Date de saisie : 05/02/2010
Genre : Bandes dessinées
Editeur : Dargaud, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-205-06397-4
GENCOD : 9782205063974
Sorti le : 06/11/2009
Blast, est le dernier album BD de Larcenet. L'objet en lui-même est très beau et inquiétant. J'en avais lu de très bonnes critiques et comme j'ai aimé Retour à la terre, Le combat ordinaire, j'ai voulu découvrir celui-ci. Même si je savais qu'il était plus sombre.
Alors... alors je l'ai ouvert et j'ai oublié ce qu'il y avait autour de moi. Non pas parce que c'était beau, non. Juste parce que j'ai été projetée ailleurs. Projetée vraiment. Parce que Blast vous fiche une claque. C'est impressionnant. Polza, cet homme énorme, intrigue. J'ai ressenti pour lui un mélange de compassion, de tristesse et de dégoût. Pourtant les mots qui lui sortent de la bouche sont captivants. Très forte, votre écriture Monsieur Larcenet. La psychologie du personnage bouscule. Retourne. On est bien loin de la légèreté de Retour à la terre. On ne rit pas. Mais pourtant on tient. On continue de lire. Les angoisses de Polza. Les moments où il vit le blast. Son interrogatoire par la police. On est pris. Atmosphère parfois lourde. Etrange...Oui, cette BD, les dessins et le texte, impressionnent et ne peuvent laisser indifférent.
Je ne vous en dirai pas plus sur le contenu du livre. Non. Je vous laisse découvrir. La fin laisse en suspens. Il y aura plusieurs tomes. J'attends la suite. Je veux comprendre...
Je pèse lourd et pourtant, parfois je vole.
Je pèse lourd. Des tonnes. Alliage écrasant de lard et d'espoirs défaits, je bute sur chaque pierre du chemin. Je tombe et me relève, et tombe encore. Je pèse lourd, ancré au sol, écrasé de pesanteur. Atlas aberrant, je traîne le monde derrière moi. Je pèse lourd. Pire qu'un cheval de trait. Pire qu'un char d'assaut.
Je pèse lourd et pourtant, parfois, je vole.
Un homme est en garde à vue et deux flics le cuisinent. En douceur, sinon il risque de se verrouiller. L'homme s'appelle Polza Mancini, il a 38 ans, il est obèse et, avant de tout quitter pour tailler la route en direction de l'île de Pâques, il était écrivain. Maintenant, il est en garde à vue parce qu'il a fait quelque chose à Carole Oudinot, quelque chose de grave. Les flics sont là pour essayer de comprendre, et Polza se raconte, tranquillement. Tout a commencé le jour où il a vu son père mourant. C'est là qu'est arrivé le premier blast...
Techniquement, le blast est l'effet que provoque une explosion sur l'organisme. Son blast à lui, c'était dans la tête, et ça Ta «modifié». Explication que les fies, plutôt portés sur la rigueur des faits, ont du mal à gober : «Rhololo ! Les conneries...». S'ensuit un huis clos fascinant, d'où l'on s'évade au gré des souvenirs de Polza. Nous ne sommes qu'au début d'une série qui comportera cinq albums, et le lecteur arrivé à la dernière page reste collé au mur, tant la tension est forte. Car tout Larcenet est dans Blast : intelligence, hypersensibilité, émotion poignante, humour de sauvetage. Si on ajoute à ça un dessin magnifique, porté par la violence et les douceurs du noir et blanc, on sait déjà que Blast relève de l'exceptionnel.
Né en 1969 à Vélizy, Manu Larcenet se lance dans la bande dessinée vers dix ans. Après s'être partagé entre le Punk Rock (nul) et le dessin, il intègre Fluide glacial en 1994, et tout le monde se l'arrache - Spirou, Dupuis, Clénat, etc. Entré en 2000 à «Poisson Pilote» avec Trondheim et Les Cosmonautes du futur, il déménage en 2001 dans la brousse lyonnaise - formidable virage existentiel qui nous vaut Le Retour à la terre, scénarisé par son copain Ferri. Il reçoit en 2003 le prix Jacques Lob, suivi du prix du meilleur album d'Angoulême 2004 pour Le Combat ordinaire. Au printemps 2008 (à peu près), il attaque Blast, avec un petit Retour à la terre au milieu pour se délasser (euh... je ne crois pas que faire le retour à la terre soit "délassant" ! !)...
Avec ce huis clos sombre, tendu et sensible, Manu Larcenet poursuit l'exploration de ses obsessions. Une quête commencée sur le mode autobiographique avec Presque et Dallas Cowboy, et qu'il continue ici avec une belle virtuosité dans le récit, le dessin et la mise en scène. Dans une interview à BoDoï, l'auteur confie : «Je crois que c'est mon chef-d'oeuvre.»
On sent qu'il veut nous entraîner vers l'essentiel. Une cité, un ciel immense de nuages, et un gros homme assis...
Au lecteur de poser un pied devant l'autre sur le fil tendu. Résultat : la puissance qui se dégage de la narration. Et ce sentiment de «liberté totale».
L'intrigue joue la carte de l'enquête - et pour le héros celle de la quête - avec suspense en perspective, mais c'est surtout dans le dessin que Manu Larcenet frappe fort. Exceptionnel ? Oui.
Quand se clôt, après plus de deux cents pages, ce premier tome d'une série qui doit en compter cinq, bien malin qui peut dire où Manu Larcenet a l'intention de nous entraîner. Mais on est prêt à le suivre aveuglément, tant est sidérante l'impression laissée par ces magistrales planches en noir et blanc, où se reflète avec une intensité particulière le chaos intérieur d'un personnage totalement hors norme...
Blast est assurément un grand roman en puissance.
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