Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.
Bibliothécaires,partagez vos découvertes.
Clubs de lecture,envoyez vos choix.
Editeurs,valorisez vos livres.
Auteur : Umberto Eco
Date de saisie : 11/12/2009
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Flammarion, Paris, France
Prix : 39.00 € / 255.82 F
ISBN : 978-2-08-122884-9
GENCOD : 9782081228849
Sorti le : 28/10/2009
Dans l'Iliade, Homère nous offre deux modes de représentation : le premier, c'est le bouclier d'Achille, une forme achevée et circonscrite où Vulcain représente tout ce qu'il sait sur une ville, sa campagne alentour, ses guerres et ses rites en temps de paix. Le second, c'est le fameux catalogue des navires, démesuré, que dresse le poète, impuissant à dire le nom et le nombre des guerriers achéens, et qui se conclut idéalement par un «et caetera». On appelle ce second mode de représentation la liste ou l'énumération. Il y a des listes pratiques et finies, comme celles qui recensent les livres d'une bibliothèque ; et il y a celles qui suggèrent l'incommensurable et nous font ressentir le vertige de l'infini.
Cet ouvrage montre que, depuis toujours, la littérature fourmille de listes, d'Hésiode à Joyce, d'Ézéchiel à Gadda. Il s'agit souvent d énumérations égrenées pour le goût de l'inventaire, la mélodie du dénombrement ou le plaisir vertigineux de réunir des éléments sans relation spécifique, comme dans les énumérations dites chaotiques. Mais ce volume ne nous propose pas seulement de découvrir une forme littéraire rarement analysée ; il nous montre aussi combien les arts figuratifs savent suggérer des énumérations infinies, même lorsque la représentation semble contrainte par l'encadrement d'un tableau.
Le lecteur trouvera dans ces pages de quoi s'étourdir en éprouvant le vertige de la liste.
Umberto Eco est né à Alexandrie (Piémont) en 1932. Philosophe, médiéviste, sémiologue, spécialiste des médias, son premier roman, Le Nom de la rose, remporte le prix Strega en 1981 et le prix Médicis étranger en 1982. Il est suivi du Pendule de Foucault, de celle du jour d'avant, de Baudolino et de La Mystérieuse Flamme de la reine Loana. Parmi ses nombreux essais, on retiendra Les Limites de l'interprétation, Kant et l'ornithorynque et, en 2009, avec Jean-Claude Carrière, N'espérez pas vous débarrasser des livres. En 2004, il a coordonné l'édition du livre illustré Histoire de la beauté (Flammarion), et en 2007, celle d'Histoire de la laideur (Flammarion).
Il nous faut feuilleter le livre pour commencer d'entrevoir l'objet de l'étonnante investigation d'Umberto Eco...
Fascinés, nous avons fini par oublier notre perplexité devant le titre. Désormais, c'est l'objet même de cette recherche qui nous intrigue. La profusion de ces énumérations silencieuses est saisissante. Certes. Mais - ne nous égarons pas ! - ce livre est d'abord une étude sur la rhétorique de la liste en littérature. D'Hésiode à Joyce.
Umberto Eco a toujours aimé les listes. Dans Diario minimo (Pastiches et postiches), il citait déjà toutes les armes dont il eût fallu faire cadeau à son fils afin qu'il devînt pacifiste. Son amour pour les litanies médiévales, sa passion pour Joyce - répertoriant le contenu du tiroir de la cuisine de Leopold Bloom dans l'avant-dernier chapitre d'Ulysse - n'ont évidemment pas arrangé les choses, et, de fait, dans Bardolino ou dans le Nom de la rose, Eco a rarement résisté au plaisir du listage, dont on ne peut dire s'il est un tantinet masochiste ou légèrement sadique, par exemple lorsqu'il cite ces «bandes de vagabonds» errant à travers l'Europe médiévale : «faux moines, charlatans, dupeurs, besaciers, bélîtres et gueux, lépreux et estropiats, batteurs d'estrades, marchands et musiciens ambulants, fricoteurs, jongleurs, mercenaires invalides...»..
Vertige de la liste, où l'érudition est toujours «arrondie» par le trait d'esprit et l'ironie, arrive en fait à donner le vertige, en citant les listes de mirabilia, les listes de collections et de trésors, les «énumérations chaotiques», les listes des monstres, des villes invisibles, des «matières hermétiques» ou des êtres inexistants, en faisant visiter chambres des merveilles et cabinets de curiosités, et en livrant, ainsi, le catalogue de l'imaginaire.
Alors qu'il sera le mois prochain le grand invité du Louvre, l'auteur du «Nom de la rose» publie un bouquet d'énumérations richement illustré qui donne le tournis...
L'essai richement illustré qu'il publie à cette occasion est un stupéfiant cabinet de curiosités, un capharnaüm qui tient de l'étude théorique, du beau-livre et de l'anthologie des textes les plus embouteillés de la littérature occidentale. Car Eco en a collectionné, des morceaux de bravoure : les 350 capitaines de la flotte grecque cités par Homère ; la litanie des saints qui figure dans votre missel ; une ode au mot «couillon» dans «le Tiers Livre» ; la «Tentative d'épuisement d'un lieu parisien» réalisée par Perec le 18 octobre 1974 à 10h30 au Tabac Saint-Sulpice ; des poèmes de Prévert, Villon ou Rimbaud bourrés d'anaphores et d'asyndètes. Rabelais, Joyce, Borges régnent ici en maîtres...
Les tableaux reproduits ne sont pas en reste.
LE BOUCLIER ET LA FORME
Pendant qu'Achille se retire avec dédain sous sa tente, en proie à sa «funeste colère», Patrocle prend ses armes, va affronter Hector, qui le tue, et ses armes (celles d'Achille) sont remises à son vainqueur. Aussi, quand Achille décide de repartir au combat, sa mère Thétis demande à Héphaïstos de forger de nouvelles armes pour son fils. L'illustre artisan se met au travail et Homère consacre une partie du chant XVIII de l'Iliade à décrire le bouclier fabriqué par le dieu. Ce bouclier «démesuré», Héphaïstos - ou Vulcain - le divise en cinq zones où figurent la terre, la mer, le ciel, le Soleil, la Lune, les astres, les Pléiades, Orion et la Grande Ourse. Puis, il sculpte deux cités très peuplées. Dans la première, il représente des fêtes nuptiales, avec le cortège des épousées à la lumière des torches, et des jeunes gens dansant au son des flûtes et des cithares ; il y a aussi une grand-place noire de monde où se tient une sorte de procès, avec les plaignants, les témoins, les hérauts, le peuple frémissant et les anciens assis en cercle qui, à un moment donné, se lèvent, empoignent leurs sceptres et prononcent la sentence. Dans la seconde ville, il sculpte un château à conquérir : sur les remparts, comme à Troie, femmes, enfants et vieillards assistent au combat, les ennemis avancent, précédés de Minerve et, parvenus au fleuve où viennent se désaltérer les troupeaux, ils tendent une embuscade. Quand arrivent deux bergers ne se doutant de rien, ils les attaquent, déciment leur troupeau, les tuent. Puis, les guerriers quittent la ville assiégée pour poursuivre à cheval leurs ennemis et, sur les rives du fleuve, a lieu la bataille. Parmi les combattants, on voit s'agiter la Discorde, le Tumulte et la Parque, couverte d'un manteau rouge de sang, qui agrippe dans ses griffes les vivants et les morts, tandis que les combattants essaient de sauver les cadavres des leurs. Ensuite, Héphaïstos sculpte un champ fertile, aux sillons bien droits, parcouru par les laboureurs et leurs boeufs ; quand ils arrivent au bout, avant qu'ils fassent demi-tour, un homme vient leur offrir une coupe de bon vin.
Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia