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Auteur : Jean-Louis Comolli
Date de saisie : 11/03/2010
Genre : Spectacles
Editeur : Verdier, Lagrasse, France
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 978-2-86432-587-1
GENCOD : 9782864325871
Sorti le : 10/09/2009
La sainte alliance du spectacle et de la marchandise s'est réalisée. D'un pôle, d'un tropique à l'autre, le capital a trouvé l'arme absolue de sa domination : les images et les sons mêlés. Jamais dans l'histoire autant de machines n'avaient donné à autant d'hommes autant d'images et de sons à voir et à entendre. L'aliénation dévoilée par Marx n'est plus seulement ce qui dore la pilule amère de la misère, l'opium du peuple ; elle va au-delà du service rendu au capital. Elle se sert elle-même. Les spectacles, les images et les sons nous occupent dans le but de nous faire aimer l'aliénation en tant que telle. Le spectacle ne se contente pas de servir la marchandise. Il en est devenu la forme suprême.
Se battre contre cette domination, c'est mener un combat vital pour sauver et tenir quelque chose de la dimension humaine de l'homme. Cette lutte doit se faire contre les formes mêmes que le spectacle met en oeuvre pour dominer. Il nous revient, spectateurs, cinéastes, de défaire maille à maille cette domination, de la trouer de hors-champ, l'ébrécher d'intervalles. Cinéma contre spectacle ? Mais c'est le cinéma qui, dans son histoire, a construit un spectateur capable de voir et d'entendre les limites du voir et de l'entendre ! Un spectateur critique.
Cette dimension critique était en jeu dans les six articles parus sous le titre «Technique et idéologie» dans les Cahiers du cinéma (1971-1972). Ils sont repris ici, pour la première fois depuis ces années cruciales, dans la deuxième partie de l'ouvrage.
Écrit aux Cahiers du Cinéma de 1962 à 1978. Rédacteur en chef de la revue de 1966 à 1971. Enseigne : La fémis, Paris 8 (ECAV), Barcelone (Université Pompeu Fabra, Université Autonome). Écrit à Trafic, Images documentaires, Jazz Magazine.
Amateur de jazz, critique et théoricien de cinéma, enseignant et formateur, auteur d'une fiction méconnue et grand documentariste : le talent éclectique de Jean-Louis Comolli n'est plus à démontrer. En 2004, la compilation en ouvrage d'une série de textes sur le cinéma écrits entre 1988 et 2004 et glanés dans diverses revues (Voir et pouvoir, Ed. Verdier) avait enfin permis de prendre la mesure d'une des pensées les plus cohérentes, subtiles et stimulantes en la matière. De ce riche corpus, Cinéma contre spectacle tire un fil que son titre explicite...
"Technique et idéologie" se situe au coeur de ce foisonnement général et de cette transition particulière...
La clé du livre réside donc dans la conjonction de ces deux textes, dans la réflexion qu'inspire leur articulation, dans la continuité qu'elle manifeste. Car, par-delà les mutations et les désillusions qui ont affecté et le cinéma et l'auteur en l'espace de trente ans, ce livre lucide et roboratif témoigne d'une espérance intacte. Au désarroi qui accompagne aujourd'hui la disqualification des utopies artistiques et sociales, il oppose la fidélité à une pensée du cinéma qui réaffirme la possible et nécessaire résistance du spectateur, et partant du sujet, à sa propre aliénation. Il n'échappera à personne - c'est d'ailleurs l'intérêt général de l'ouvrage - que ce credo sinon insurrectionnel, du moins émancipateur, intéresse un cercle beaucoup plus large que celui de la cinéphilie.
Extrait de l'introduction
Les six articles qui font suite à «Cinéma contre spectacle», «Technique et idéologie», ont été publiés par les Cahiers du cinéma entre le printemps 1971 et l'automne 1972, quinze mois plus tard, c'est-à-dire dans les pleins et les déliés d'un moment crucial pour l'équipe de la revue. Au sortir de la bataille pour le maintien d'Henri Langlois à la Cinémathèque française (avril 1968), bataille menée en première ligne par les Cahiers et gagnée, au sens où Henri Langlois et Mary Meerson revinrent programmer la salle de Chaillot, reprirent leurs bureaux et leurs merveilleuses machines rue de Messine, nous entrâmes du même élan dans les jours de Mai, participant à la tenue des «États généraux du cinéma» à l'école Louis Lumière, rue de Vaugirard. Juin vint après mai, le «retour à l'ordre» appelait en retour un engagement plus offensif, plus fervent. La revue se gauchit. Abolie bientôt la «rédaction en chef», je veux dire le titre et non le service, nous allâmes, contre le spectacle, jusqu'à supprimer de nos pages photographies et photogrammes. Ceci arriva peu avant la parution de la sixième livraison, et il n'est pas absurde de voir aujourd'hui cette circonstance comme n'étant pas étrangère à ce qu'un «à suivre» ne cesse pas de ne pas clore ce dernier volet, incapable de s'épargner l'iconoclastie nouvelle.
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