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Auteur : Pascal Quignard
Date de saisie : 08/10/2009
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-02-099109-4
GENCOD : 9782020991094
Sorti le : 03/09/2009
Les romans imaginent une autre vie.
Qu'est-ce qu'une autre vie sinon une autre intrigue ? Le large existe.»
La Barque silencieuse est comme Vie secrète (Gallimard, 1998). Il s'agit de la recherche d'un mode de vie, plus singulier, plus radical, plus profond, sans jugement, sans société, sans dieux. C'est une suite de contes (la barque des morts, le coche d'eau, le dernier tournois, le dernier abbé, la comtesse de Hornoc, la haine merveilleuse, la fête des chants du marais, Alexandre le Grand au paradis, la fille du gouverneur d'Ise).
C'est une suite de petits romans, d'anecdotes historiques, de fragments biographiques (la mort de Madame de La Fayette, Ninon de Lenclos, Henriette d'Angleterre, Arria l'Aînée, Etienne de La Boétie, les derniers jours de Mazarin perdu dans ses peintures, l'enfer de la Réserve, les paradis de port de mer, Pompée à Mytilène, l'exhumation du corps de Bossuet, Thamous à Palôdes).
C'est une suite d'étymologies (l'origine du mot corbillard, l'origine du mot liberté, de la négation, du mot vertu, du mot hiver, l'arrivée du chrysanthème à Toulouse en 1831, l'invention du mot suicide).
Avec Dernier Royaume, Pascal Quignard a trouvé une forme littéraire nouvelle, une totalité authentique qui intègre l'essai, le moi, l'imaginaire, le conte. Il casse les genres, décloisonne les domaines et brouille les images.
Pascal Quignard est né en 1948 à Verneuil-sur-Avre (France). Il est romancier (Le salon du Wurtemberg, Tous les matins du monde, Terrasse à Rome, Villa Amalia...). La barque silencieuse est le tome VI de Dernier royaume. Le premier tome de Dernier royaume, Les ombres errantes, a obtenu le prix Goncourt en 2002.
Pascal Quignard est en train de composer, sous nos yeux, l'une des oeuvres littéraires les plus ambitieuses et, sans doute, les mieux abouties de ce début de siècle...
Mais que l'on ne se trompe pas : ce livre n'a rien de crépusculaire. Il fait, au contraire, l'éloge de l'aube. "Tous les matins du monde sont sans retour", écrivait jadis Quignard. Ecrivain des ombres, il évoque la mort avec une certaine joie. La même que celle qu'il accole à la solitude, dont il fait la louange en nous apprenant qu'en chinois "Lire et Seul sont des homophones". Etre libre, cela s'apprend. Et notamment en lisant ce livre magnifique.
Chargé de mort et d'histoires, le nouveau livre de Pascal Quignard témoigne de son impensable défi : dire l'indicible...
La folle et sublime ambition de Quignard est là tout entière, dans ce défi paradoxal : retrouver avec des mots ce que les mots précisément tuent, effacent, trompent, oublient. Quelle récompense pourtant guette le lecteur qui consent à l'effort ! Les pères jésuites recommandaient autrefois de garder près de soi un crâne, dont la contemplation pouvait suffire à l'oraison. Ce fut longtemps une mode à la cour de France. La mode est passée, mais pour la contemplation il nous reste Quignard, celui qui fait parler le silence.
Pascal Quignard est une précieuse que personne n'a l'air de trouver ridicule. Sa pompe sobre, son érudition surexposée, ses ellipses pleines de vertu, son talentueux baroquisme à retardement, la manière dont il bâtit son personnage par saillies nouées, obscures clartés et coquetteries référencées, tout cela a fini par convaincre ses admirateurs que la littérature, c'est ça et c'est lui. Cercle vertueux, cercle vicieux, cercle des parchemins disparus : tout lecteur lisant Quignard finit par se flatter d'être un lecteur de Quignard.
Malgré un titre aux accents nautiques, nous sommes bien loin d'un traité de navigation : si le bateau Quignard accoste dans quelques ports, ce sont ceux d'ici-bas et l'au-delà. «Le corps humain dans le noir est comme une barque qui se désa-marre, quitte la terre, dérive.» Avant de se fracasser sur les rochers, serait-on tenté d'ajouter, à la lecture des quatre-vingt-six chapitres. Au fait, le cordon ombilical n'est-il pas une sorte de noeud marin, raccrochant l'enfant à sa mère ? La tête de vieillard ne ressemble-t-elle pas à celle du nourrisson (et inversement) ? Ce type d'images, souvent magnifiques, rythme ce volume qui explore la relativité de la vie et de la mort, à travers des exemples tirés de la Rome antique, du Moyen Age, de la vie ou des pensées de l'écrivain de Tous les matins du monde...
Au fil de ces pages d'une grande pureté d'écriture, c'est l'affirmation de la liberté comme pulsion vitale qui fait le lien entre tous ces fragments du passé, anecdotes ou pensées. Histoire, peut-être, de détourner les individus de leur assujettissement à la société. «Les vrais livres sont contraires aux moeurs collectives», écrit à un moment Quignard. Sa Barque silencieuse n'en est que la preuve la plus éclatante...
Avec ce sixième volume de «Dernier royaume», l'écrivain continue son périple enivré dans la nuit du temps...
Disciple des anciens rhéteurs et poètes romains qui résistaient de toute leur force et de toute leur impuissance, à la nouvelle religion prêchée par le Christ, Pascal Quignard expose son programme, pragmatique, plein d'une rêveuse énergie : «Rester vivant, en bonne condition physique, moitié éveillé, moitié endormi, moitié excité, moitié triste, moitié animal, moitié humain, moitié moi-même, moitié personne.»...
Une si flamboyante liberté nous émerveille. Et aussi l'étrange harmonie, la musique singulière, sans exemple, qui naissent de cette liberté. Comme dans un opéra baroque, «quelque chose», semble-t-il, «résonne de l'autre monde»...
Contes, discrets éclats autobiographiques, descriptions de paysages ou d'objets, méditations spéculatives, réflexions étymologiques et, bien sûr, et sans fin, réminiscences de lectures : Pascal Quignard ne s'interdit rien, juxtapose ses pièces comme on construit une chambre d'échos, faussement digressif, attentif à l'unité secrète qui organise ses chapitres et sa réflexion...
Elle est là, la vraie question brûlante. La mort, Pascal Quignard n'en nie pas moins le mystère. «Tout destin humain est : l'inconnu de la mise au monde confié à l'inconnu de la mort.» Alors, il la considère sous toutes ses coutures, selon les angles de vue les plus inattendus, éventuellement les plus crus, les plus obscènes (de l'origine du mot corbillard à l'agonie de Mazarin ou l'exhumation du corps putréfié de Bossuet, avec ici et là quelques contes plus cruels les uns que les autres, où parfois l'amour et la mort s'entremêlent...), comme pour mieux la désacraliser peut-être, la moquer parfois. Livre subversif, La Barque silencieuse l'est au moins à ce titre. Sombre, érudit, mélancolique. Traversé d'instants de fulgurante et inoubliable beauté.
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