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Auteur : Antoine Audouard
Date de saisie : 06/11/2009
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-87929-684-5
GENCOD : 9782879296845
Sorti le : 20/08/2009
Dans un village du Sud, où les habitants sont arriérés et pensent être délaissés, arrive un homme : un Arabe. Il fait tout pour travailler sans se faire remarquer : sur un chantier le jour tandis qu'il se cache dans une cave la nuit. Mais il va suffire d'un meurtre pour qu'il soit accusé et vu comme le coupable idéal. Même si l'ex-mari de la victime est arrêté, l'Arabe va être accusé de complicité.
Face aux villageois, plusieurs personnages (un gendarme honnête, une femme sauvage et aimante, son employeur ainsi que son logeur) vont essayer de le sauver... en vain.
Roman dur, violent qui mêle parler populaire et style lyrique.
Un inconnu vient se réfugier en un lieu où il croit trouver la tranquillité : une cave donnant sur une petite place, dans un village du Sud.
Un inconnu : un Arabe.
Le jour, il charrie des tonnes de cailloux sur un chantier de terrassement. Le soir il rentre dans son trou. Pourquoi se cache-t-il ?
Le village s'agite, une hostilité sourde monte de la terre. Ici, il n'est pas chez lui et ne le sera jamais. L'Arabe n'entend rien, se berce de l'illusion qu'à force de vivre invisible, il finira par disparaître.
Lorsqu'un meurtre est commis sur la place, cette illusion se dissipe. Aux yeux de tous, c'est lui le coupable.
Mais les forces qui se dressent contre lui sont anciennes, comme le feu, la rage, la peur. Pour leur échapper, se rendre invisible ne suffira plus.
L'Arabe est un grand roman «sudiste», où des personnages de Faulkner ou de Flannery O'Connor traverseraient des paysages à la Giono. Le Sud d'Antoine Audouard est lui aussi un vieux pays vaincu, peuplé de figures tour à tour tragiques et grotesques. Ecrit dans une langue où le parler populaire se mêle à un lyrisme altier, ce roman qui multiplie les dissonances et les ruptures de ton est l'oeuvre d'un écrivain accompli.
Antoine Audouard est né en 1956. Il est l'auteur de huit romans, dont Adieu, mon unique et Un pont d'oiseaux (Gallimard).
Audouard signe là un roman fort et cruel, aussi simple et implacable qu'une tragédie grecque. On en retrouve le principe à l'oeuvre ici : le sacrifice du bouc émissaire. Une fable intemporelle, aussi, même si l'auteur a pris soin de l'ancrer dans une France contemporaine. Celle des préjugés et des amalgames, où tout Maghrébin est un voleur, violeur, casseur, assassin ou terroriste en puissance. Il a su construire une vraie histoire, dense et singulière, qui ne se perd pas dans des considérations de portée générale. La démonstration n'en est que plus efficace.
L'humanité est ici dépeinte sous des couleurs noires où la bêtise crasse est majoritaire. L'un des très nombreux personnages est une femme obèse, impotente, raciste militante. On dirait presque qu'elle échappe au narrateur tant sont redoutables ses imprécations abjectes qui ne peuvent être contenues entre guillemets. C'est la figure massive de l'indécrottable connerie ordinaire. La force de conviction de ce roman tient à la crudité de son réalisme, à partir d'un parler populaire, jointe à un lyrisme sur lequel flottent des symboles, si bien que le récit n'est jamais là où on l'attend.
Plutôt que de s'attacher à départager les bons et les méchants, l'auteur sonde ce qui fait le lit de ce racisme. Affreux, sales, méchants et abandonnés par la vie, ses personnages cherchent le bouc émissaire, forcément plus vil qu'eux. Il suffit dès lors qu'un étranger passe. Antoine Audouard voit juste. Il donne un cadre littéraire et prête un ton vif à un fait de société récurrent que l'on retrouve fréquemment dans la rubrique des faits divers. Son Arabe traverse le livre en silence, ce qui en fait la force et évite la caricature.
Antoine Audouard a pris des risques en se lançant dans cette histoire emblématique, où l'on repère très vite, sinon les bons et les méchants, du moins l'humanité et l'abjection. Ce qui aurait pu être une lourde parabole antiraciste est un roman vif, superbement écrit, qui réussit à être plaisant même dans des moments insupportables. Homme, femme ou enfant, d'ici ou d'ailleurs, nul n'échappe à la dureté de la vie. Dans ce Sud perdu, chaque personnage, valide ou infirme, odieux ou généreux, traîne des paquets de souffrance.
Après des années passées à défendre à coups de sabre la grandeur de la France, mon grand-père revint dans les années 30 s'établir avec ma grand-mère à Arles, ville d'automne qui croyait se faire un avenir sur les ruines de son passé. Sur l'ancienne place des Hommes, rebaptisée «place du Forum», on ne venait plus se louer depuis longtemps. «Le reste de son âge» ne durerait pas longtemps à cet homme qui avait plus d'années de guerre que d'années de vie et se tenait souvent, silencieux, sur un banc de pierre, à moitié dissimulé dans le feuillage d'un laurier. L'ancienne institutrice et le vieux soldat ouvrirent une librairie rue du 4-Septembre. D'après mon père, ma seule source, oh combien peu fiable, mon grand-père se tenait assis derrière la caisse, les yeux baissés sur un volume de l'Armana Provençau, et versait sans les regarder un verre de rouge à d'improbables «clients» qui n'achetaient jamais un livre ; ma grand-mère, elle, était chargée de satisfaire des Camarguais taciturnes venus lui demander «lou libre» qui les accompagnerait au long d'une saison où le vent et les marais risquaient bien de rester leurs seuls compagnons. La «Librairie Provençale» de mes grands-parents n'existe plus, même si quarante ans plus tard nos tiroirs persistent à rejeter les restes de son commerce - cartes postales aux couleurs qui passent, boîtes de plumes sergent-major, collections incomplètes des chansons de Béranger. A chaque librairie où j'entre, je garde l'espoir de ce verre de rouge et de ce livre unique et magnifique, dons briseurs de solitude, gestes de la main qui réchauffent le coeur.
Antoine Audouard
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