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Auteur : Bernard Giraudeau
Date de saisie : 22/07/2009
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Métailié, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-86424-687-9
GENCOD : 9782864246879
Sorti le : 07/05/2009
Je suis en arrêt de jeu, sur le dos, paupières closes. Je sais que vos mains, fines, élégantes, déliées, sont une harmonie, une musique pour saisir mes lettres, les déplier et les tenir comme la plus précieuse découverte de notre vie. Cette main qui repousse une mèche de cheveux reste suspendue pendant que vous lisez, attentive, les mots sacrés de ce voyageur infatigable qui a fini par s'arrêter dans votre jardin. Je vous aime depuis si longtemps, depuis avant le début.
Ces lettres qui ne pourraient jamais finir sont celles de mes mouÂvements géographiques et de mes voyages immobiles sur la scène. Mais probablement y verrez-vous un autre voyage plus complexe, plus hardi, plus désespéré. Voyager, dit-on, on n'en revient jamais.
Le prendrez-vous ce temps de me lire pour me prolonger un peu en vous ?
Avec un don irrésistible pour dire le clair-obscur des sentiments, Bernard Giraudeau embarque ses lecteurs, en compagnie de l'inconnue qu'il veut séduire, vers des ailleurs nés d'un imaginaire construit sur l'aventure, le désir de vivre et d'aimer.
«Il sème des grains de sagesse dans un tourbillon d'aventures.»
M. Abescat, Télérama
«Son livre est physique, couturé, mal rasé, bienfaisant. L'ouvrir c'est partir.»
J. Carcin, Le Nouvel Observateur
«De la subtilité, de l'humour, de l'audace. Un art de la digression. Un talent de conteur. Bernard Giraudeau possède tout cela, plus de l'habileté à proÂlonger ou casser le rythme d'une phrase, à varier son écriture.»
B. Pivot, Le Journal du Dimanche
Bernard Giraudeau est né à La Rochelle. Acteur et cinéaste, il réalise des longs métrages, L'Autre et Les Caprices d'un fleuve, ainsi que des documentaires, dont La Transamazonienne, Esquisses philippines, Un ami chilien. Il est l'auteur, entre autres, des Contes d'Humahuaca, du Marin à l'ancre, des Hommes à terre et des Dames de nage.
Dans «Cher Amour» (Métailié, 17 euros), où il nous donne la recette du curare et compare la vie à la fleur solitaire d'Atacama, Giraudeau pète la forme. Quelques lignes seulement pour la maladie, mais 260 pages pour traverser, caméra au poing, l'Amazonie et le Chili, jouer le général Leclerc aux Philippines ou remonter, avec le titre d'écrivain de marine et le grade de capitaine de frégate, sur le «Jeanne» de son adolescence jusqu'à Djibouti...
Son livre est physique, couturé, mal rasé, bienfaisant. L'ouvrir, c'est partir.
Il filme pour ne rien perdre, ne rien oublier, et écrit pour prolonger l'instant, en garder une trace. Ne filme pas les monuments, le marbre, le béton et le bronze fondu parce que ça l'ennuie, et, en marge des tournages, écrit pour montrer ce qui est derrière la réalité visible, ce que sa "boîte à images" ne dira jamais. Mais à qui écrit Bernard Giraudeau ? A une certaine et mystérieuse madame T., dont on sait qu'il l'a toujours aimée sans jamais l'avoir rencontrée. Amour imaginaire ? Il l'attend pourtant de pied ferme, lui, le marin à l'encre...
C'est cela que Bernard Giraudeau écrit si bien : cet amour, boulimique, de la vie ; lui qui aime tant la chair, la morsure du soleil et "la peau sur la peau".
Dans «Cher amour», l'acteur Bernard Giraudeau se confesse à une mystérieuse inconnue. Il lui raconte ses voyages, évoque son attachement au théâtre et ses souffrances...
Le procédé, périlleux, n'affecte à aucun moment la sincérité de l'écrivain. Au contraire, elle donne à cet admirable roman une grâce singulière. Il suffit ensuite de se laisser emporter par le récit pénétrant de dix années d'une vie hors du commun brutalement rattrapée par la maladie...
Rien pourtant ne semble tenir de l'imposture chez cet homme, encore moins lorsqu'il raconte ses voyages. Il ne visite pas les pays, il les vit au plus profond, s'interroge, ne cessant de filmer hommes et paysages. Ainsi, sur la transamazonienne, il se fait l'ambassadeur de ces tribus anéanties par la civilisation moderne. Il commence par la réalité et finit dans la fiction, truffant son récit d'histoires picaresques qui en disent long sur la folie des hommes.
Cher Amour vibre une nouvelle fois de cette passion de la vie que partage si bien Bernard Giraudeau. Une infinité de récits s'y entrecroisent, contés avec gourmandise, portés par cet irrésistible talent pour dire l'ambivalence des émotions et des sentiments, le bonheur entre chien et loup. Inspiré du parcours de son auteur, marqué par la maladie - un cancer du rein directement évoqué dans le roman -, Cher Amour résonne de cette sagesse perceptible déjà dans son précédent livre, de ce désir de calmer le jeu, de se dépouiller de «l'homme d'avant», de se rendre disponible à l'instant présent, pour que la vie ne soit pas qu'un «rêve effleuré».
Cher libraire,
Je suis très heureux d'être sur vos étagères, un peu serré il est vrai, mais nous sommes si nombreux. Certains curieux me négligent, préfèrent mes voisins, d'autres me prennent, me retournent et m'abandonnent sur une gondole. J'aime bien les gondoles. Les grincheux prétendent que vous souhaitez vous débarrasser de moi en me proposant à vos clients. C'est de la pure jalousie. Vous faites cela par amour, vous aimez tant les livres. J'attends d'être cueilli. Je suis prêt, disponible. Il suffit de me saisir, de m'ouvrir, tout est là . J'ai beaucoup de choses à dire. J'aime être observé, désiré soudain, feuilleté, caressé. J'ai horreur des mains moites, des doigts humides. Je déteste les empreintes digitales. Le délice suprême est d'être enveloppé de soie, délicatement offert à une inconnue. Plus tard, sur une table de jardin, au soleil, déshabillé sous un regard gourmand, J'attendrai avec beaucoup d'émotion qu'elle repose sa tasse pour me prendre, nu entre ses mains. C'est gai d'être lu. Hier vous avez glissé tout contre moi un prétentieux dans une robe grise. Il avait un bandeau rouge comme une coquetterie : «Prix du meilleur je ne sais quoi...» J'ai prié pour être emporté, volé même, mais c'est lui que l'on venait prendre. Je ne suis pas triste c'est ainsi. Vous êtes tellement sensible cher libraire que devant l'imposture, vous avez décidé de me poser près de la caisse avec un papillon «coup de coeur du libraire». Ce que vous êtes chouette.
Bernard Giraudeau
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