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Auteur : Klaus Mann
Préface : Michel Crépu
Traducteur : Corinna Gepner | Dominique-Laure Miermont
Date de saisie : 13/04/2010
Genre : Littérature, essais
Editeur : Phébus, Paris, France
Collection : Littérature
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-7529-0317-4
GENCOD : 9782752903174
Sorti le : 12/03/2009
Klaus, fils de Thomas, fut déchu le 1er octobre 1934 de sa nationalité allemande par les autorités nazies. Les soixante-sept textes qui composent Contre la barbarie (1925-1948) révèlent combien Klaus Mann sut, avant beaucoup, décrypter le régime hitlérien et s'y opposer. Intransigeant envers l'intolérance, impitoyable envers ceux qui se sont "prosternés devant la croix gammée", il s'interroge, au fil des articles, sur l'énigme allemande. Un livre recommandé, à mettre entre toutes les mains.
De Klaus Mann, fils aîné du Prix Nobel de littérature Thomas Mann, on connaît surtout son roman Mephisto et son autobiographie, Le Tournant, qui éclipseront son incessante activité politique. Dès la montée du nazisme, l'auteur multiplie articles, essais, conférences et discours, tous écrits d'une plume aussi fervente que tranchante. L'image trop souvent véhiculée dans les années 30 d'un Klaus Mann doué mais superficiel, velléitaire, vole en éclats. Le jeune homme se métamorphose en farouche opposant à Hitler. Celui qui très tôt eut le sentiment d'appartenir à une génération sacrifiée, née et élevée sur des ruines, est l'un des premiers à dénoncer le caractère totalitaire et militariste du nazisme ainsi que sa nature excessivement méthodique.
Réunis ici pour la première fois à l'initiative de Dominique-Laure Miermont, ces 67 essais, écrits entre 1925 et 1948, d'une haute tenue littéraire, d'une vigueur et d'une clarté remarquables, forcent l'admiration. Universels, les textes de Klaus Mann valent pour toutes les dictatures, et résonnent aujourd'hui aussi fort qu'hier - le combat engagé au début du XXe siècle contre la barbarie n'étant, hélas, pas terminé.
Klaus Mann est né le 18 novembre 1906 à Munich. Il entre en littérature au début de la République de Weimar. Adversaire du nazisme, il quitte l'Allemagne en 1933 et est déchu de sa nationalité en 1935. Son talent s'est aussi remarquablement exprimé dans le roman (Le Volcan, Mephisto) que l'essai (André Gide et la crise de la pensée européenne), le théâtre (Anja et Esther) ou l'autobiographie (Le Tournant). Son oeuvre, négligée de son vivant, voire moquée, est aujourd'hui considérée comme l'une des plus importantes de la littérature allemande. Klaus Mann s'est suicidé à Cannes, le 21 mai 1949.
Dès 1930, le fils de Thomas Mann - Klaus - s'élevait contre le nazisme naissant. Un combat inlassable que ce dandy homosexuel poursuivra en exil. Admirable...
Le reste de sa vie tiendra désormais dans cette conviction : avec le nazisme, il n'y a pas de compromis possible. Ce n'est pas la voix de son père, Thomas, Prix Nobel de littérature un rien guindé et distant, qui lui dicte cette audace, seulement le sentiment intérieur d'une «nécessité absolue».
La publication d'un recueil de ses articles et essais (dont certains inédits) nous rappelle que Klaus Mann, intellectuel éclairé, journaliste, romancier, dandy jusque dans le combat, fut un des rares Allemands à dénoncer la montée puis l'installation de l'hitlérisme, et ce, dès les premières heures brunes - alors qu'il n'avait pas encore vingt-cinq ans...
Hitler, Klaus Mann le connaissait bien. Il l'avait notamment croisé dans une brasserie munichoise, un an à peine avant qu'il ne s'empare de la Chancellerie, en 1933. L'homme, un «clown névrotique», s'agitait dangereusement, en parlant de la dernière opérette en vogue, en se bâfrant de tartelettes aux fruits, Apfelstrudel compris...
Peu avant son suicide, en 1949, Klaus Mann écrivit : «Si la paix subsiste, si l'antagonisme entre l'Est et l'Ouest perd de sa virulence au fil des années, l'Allemagne retrouvera elle aussi son équilibre moral et intellectuel.» Mieux qu'une prémonition : de la prescience.
Les textes que publient les éditions Phébus, préfacés par Michel Crépu et traduits par Dominique Laure Miermont et Corinna Gepner, sont une tentative de faire passer un peu de lumière dans la nuit de l'histoire allemande. Pas seulement allemande : dans la nuit d'une civilisation, menacée par la «barbarie», c'est-à-dire ce qu'il y avait avant la civilisation. Qui pourrait dire aujourd'hui que notre civilisation n'a nul besoin d'éclairage ? Qui pourrait prétendre que tout danger est à jamais écarté ? Il s'agit de soixante-sept chroniques, textes de conférences, articles de journaux, dont un tiers n'ont pas été publiés du vivant de Klaus Mann, sélectionnés parmi des centaines. Ils furent écrits par un homme que Michel Crépu présente comme «une incarnation bouleversante du XXe siècle dans tout ce qu'il peut avoir à la fois d'ardent et de désespéré». Klaus Mann, né en 1906, était le fils d'un géant, Thomas Mann, prix Nobel de littérature...
Déchiré par son amour de l'Allemagne et sa haine du nazisme, taraudé par l'urgence de refuser tout compromis, toute «traîtrise», Klaus Mann passe, dans ces textes - par-delà l'époque -, un message universel à tout ce qui tient une plume, à tout ce qui dispose d'un talent : si vous ne les mettez pas au service de la civilisation et de la liberté, vous les mettez au service de leur contraire. Inutile de tourner autour du mot : cela s'appelle la barbarie. Alors, c'est oui ou non.
Les soixante-sept textes qui composent Contre la barbarie (1925-1948) révèlent combien Klaus Mann sut, avant beaucoup, décrypter le régime hitlérien. Ce dandy homosexuel, fêtard assidu, trop turbulent pour son père, Thomas Mann, prix Nobel de littérature en 1929, trop agité pour d'autres écrivains comme Elias Canetti, se montre ici lucide, courageux, intraitable. Dans sa belle préface, Michel Crépu a bien raison de tirer un trait sur le cliché du «fils maudit, écrasé par le génie paternel». C'est Klaus Mann lui-même, fort de ses convictions, attentif à toute la décomposition sociale et culturelle de l'Allemagne, qui prend la plume, dans les revues, dans les journaux, tonne sur les estrades des tribunes internationales. Ses articles vibrent d'une indignation sincère et sont des traits acérés plantés dans les flancs de la «bête immonde»...
Nationalisme, violence, culture, propagande : soixante ans tout juste après la mort de l'écrivain, ce qu'il en dit n'a pas pris une ride.
Rédigés pour la plupart entre 1933 et 1945, jamais traduits en français à l'exception de quelques-uns, ils ne représentent certes qu'une petite partie des écrits politiques de Klaus Mann. Mais leur publication est doublement importante : d'abord parce qu'ils rappellent que le fils de Thomas Mann, en plus d'avoir été un excellent romancier et un mémorialiste de génie, fut aussi un essayiste brillant et prolifique ; ensuite parce qu'ils permettent de prendre la mesure des deux qualités qui ne lui firent jamais défaut : un discernement étonnamment précoce et une intransigeance absolue...
Ceux qui ont lu Mephisto et Le Volcan, les deux romans que Klaus Mann écrivit dans les années 1930, ou Le Tournant, l'autobiographie qu'il rédigea aux Etats-Unis, retrouveront ici la plupart des thèmes développés dans ces trois livres magnifiques : son mépris total pour ceux qui "plièrent l'échine" - comme le poète Gottfried Benn, dont il n'eut de cesse de brocarder "l'avilissement" - ; la solitude des émigrés, considérés comme des "lâches" par les opposants de l'intérieur et regardés avec méfiance dans leurs pays d'accueil ; ou encore la douloureuse question que se posèrent beaucoup d'antinazis non communistes : l'antifascisme justifie-t-il de faire cause commune avec le stalinisme, au risque de donner un blanc-seing à celui-ci ?
Klaus Mann, le fils aîné de Thomas Mann, est une des figures les plus attachantes de ces Allemands qui ne composèrent jamais avec le nazisme. On retient ordinairement de Klaus Mann l'image d'un homme écrasé par la personnalité de son père, doué de grands talents mais dispersé dans le dandysme, esclave de la drogue et tourmenté par sa bisexualité, affligé enfin d'un mal de vivre qui le taraudera jusqu'à son suicide à l'âge de 43 ans. Or, c'est un tout autre personnage que l'on découvre à la lecture éblouie de ses textes rassemblés sous le titre Contre la barbarie. Il s'agit pour l'essentiel d'articles parus dans la presse ou les revues que les exilés allemands, à partir de 1933, tentent de faire vivre avec les pires difficultés. On trouve également des reportages que Klaus Mann, devenu américain et GI, envoie au journal de l'armée américaine, The Stars and Stripes, dont il est le correspondant, sur le front Ouest, auprès des forces alliées. Dans ces textes courts, on ne sait ce qu'il faut admirer le plus de la force des idées morales ou de la sobre beauté de l'écriture.
Klaus Mann, fils de Thomas et neveu de Heinrich, n'a pas attendu que les nazis soient au pouvoir pour éprouver un dégoût absolu envers eux. Il s'exprime dès le début des années 30 avec un naturel sarcastique et blessé, comme un souffle de l'esprit au coeur, et ses articles de combat rappellent d'abord ceci : avoir raison tout de suite, c'est-à-dire trop tôt, comprendre ce qui se joue quand trop peu de monde veut le voir ou le croire, est une étrange épreuve, pleine de solitude et de masochisme...
L'engagement de l'intellectuel et de l'artiste paraissent à Mann plus qu'une nécessité, un état : «Plus une oeuvre est passionnante, engagée, "artistique", plus sa faculté d'amender le monde sera grande.» Il n'est pas certain qu'amender soit le mot juste, élargir ou approfondir conviendraient mieux, mais en 1930, quand il écrit ça, le monde va devenir assez coupable pour mériter - ou pour exiger - cet amendement.
Klaus Mann n'était pas juif, il était pétri de cette culture allemande dont son père, Thomas Mann, le Magicien, et son oncle Heinrich, le républicain, l'admirateur de Zola et de la France, furent pour lui les si précieux transmetteurs : on a vu dans d'autres cas comme cet héritage incomparable se révéla insuffisant. Klaus Mann eût pu rejoindre les rangs de cette élite culturelle, littéraire, qui trouvait aux nazis un air original, quasi amusant, certes un peu vulgaire, mais allant dans le bon sens. Combien d'écrivains européens furent capables, au même moment, d'une telle capacité de discernement ?...
Autre point encore, dont témoignent ces textes et qui est fondamental pour la lecture que nous allons en faire désormais : la lucidité dont Klaus Mann fait preuve à l'égard de l'URSS et de son maître de l'époque, Staline. Cela explique en quoi Klaus Mann reste un contemporain capital du XXe siècle. Et pas seulement pour la mémoire. Le destin tragique de Klaus Mann, qui se suicide à Cannes le 21 mai 1949, dans le plus grand isolement, échappe à ces nobles besoins mémoriels que nous avons sans cesse à la bouche. Ce qu'il nous transmet est d'une autre nature : il y a dans ces textes comme dans tous ses livres une aptitude à la nuit de l'homme lucide qui ne tient pas dans les seules limites du militant, fût-il prophétique. D'une certaine manière, Klaus Mann est une incarnation bouleversante du XXe siècle dans tout ce qu'il peut avoir à la fois d'ardent et de désespéré.
Contre la barbarie, 1925-1948 de Klaus Mann paraît aux éditions Phébus. Ce recueil d'essais, de conférences, de chroniques, d'articles et de lettres montre un homme qui ne fit jamais aucun compromis avec le nazisme. Au point de choisir l'exil dès 1933, de renoncer à la langue allemande en 1939 et d'intégrer l'armée américaine en 1942...
Ce qui paraît évident avec le recul l'était nettement moins au début des années 1930. Car Klaus Mann n'a pas attendu la démonstration de l'immonde pour attaquer, s'indigner, dénoncer. Ni atermoiement ni tergiversation. Une ligne, une seule : on ne dîne pas avec le diable, fût-ce avec une longue cuillère. Pas la moindre compromission, pas le moindre répit...
Qu'importe si certains de ces soixante-sept textes nous étaient déjà connus. Car c'est de leur rassemblement et de leur lecture en continu que renaît notre admiration pour la lucidité de Klaus Mann. D'autant que, ainsi que le fait remarquer Michel Crépu dans sa préface, son antinazisme ne l'a pas fait verser dans le stalinisme comme tant d'autres. Sa lucidité a fait qu'il s'est gardé à gauche comme à droite, ce qui n'allait pas de soi en ce temps-là...
Lucidité, gravité, sagesse. Une rareté.
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