1948. Le détective Michel Van Loo, qui n'a jamais quitté Bruxelles, est brutalement transplanté au Congo belge. Cerné par des coloniaux qui se méfient d'un flic venu de Bruxelles, des indigènes travaillés par les premiers mouvements de libération et des espions soviétiques qui lorgnent l'uranium du Katanga, Michel Van Loo se sent seul. C'est sans compter sur le renfort inattendu de trois affreux nains, d'une shampouineuse futée et d'une bande de pieds nickelés congolais, qui vont l'aider à affronter le mystérieux roi du Congo - héros national ou agent communiste ? - dont l'ombre menaçante plane sur le Katanga. Après Périls en ce royaume, on retrouve Michel Van Loo dans un roman qui mêle exotisme et humour ravageur. Et offre une radiographie décapante d'une colonie au bord de l'implosion en pleine guerre froide. Peu de romans ont traité de l'épopée coloniale belge. Celui-ci est un régal.
Entre le jour et la nuit, son métier d'avocat et ses cours à l'université, ses chroniques impertinentes au quotidien belge Le Soir, son imagination d'écrivain, sa cinéphilie et sa passion de la littérature, Alain Berenboom promène ses héros autour de la planète. Le Roi du Congo marque le retour de Michel Van Loo détective, apparu dans Périls en ce royaume (Bernard Pascuito Éditeur, 2008) dans un nouveau polar ironique.
À PROPOS DE PÉRILS EN CE ROYAUME
«Rarement fiction aura réussi, l'air de rien, à rendre aussi clairement la complexité belge.» Pierre Assouline
«Il y a du Simenon dans ce polar très bien écrit, très drôle et passionnant jusqu'au bout.» Gérard Collard (LCI, «Le Choix des libraires»)
Les courts extraits de livres : 26/01/2009
Pim, Pam, Poum
3 avril 1948 - Bruxelles
L'Afrique, je croyais la connaître : j'avais dévoré les aventures de Tintin au Congo. Mais les trois Noirs assis devant moi eurent vite fait de me détromper. Où étaient passés les braves garçons en pagne, souriants et respectueux, qui s'inclinaient devant le petit reporter belge et son chien en l'appelant humblement bwana ? Depuis qu'ils avaient mis les pieds dans mon bureau, ces trois gaillards n'arrêtaient pas d'échanger des remarques désobligeantes en contemplant mon local d'un air consterné, et quand j'ouvrais la bouche, au lieu de m'écouter, ils s'interrogeaient ouvertement sur mes capacités de détective privé. Non, missié, ces gars-là ne ressemblaient en rien aux bons nèg' de Tintin ! Oh, non ! Hergé avait-il trompé ses lecteurs ou ne connaissait-il rien aux nains ? Car - ai-je oublié de le préciser ? -mes Noirs étaient des nains. Trois nains bavards et arrogants. Surtout le troisième, une femme, semble-t-il, mais je n'oserais le jurer.
«Quel est votre tarif ?» demanda-t-elle d'un ton suspicieux.
Ma réponse la laissa perplexe. Son regard fit le tour de la pièce.
«Hé bien ! soupira-t-elle. À ce p'ix-là, je compwends que la clientèle soit rare...
- Disons que je n'investis pas ma fortune dans la décoration, si c'est ce qui vous préoccupe.»
Les nains secouèrent gravement la tète. Et ils se mirent à parler entre eux dans leur sabir, m'ignorant une fois de plus, ce qui me laissa un peu désemparé. Pourtant, des nains, j'en ai connu. Un clown de cirque m'a chargé de filer la femme-obus et un petit banquier, d'espionner ses subordonnées pour vérifier s'ils se moquaient de lui. Mais trois nains à la fois - et congolais - jamais. Non, jamais.