Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.
Bibliothécaires,partagez vos découvertes.
Clubs de lecture,envoyez vos choix.
Editeurs,valorisez vos livres.
Auteur : Alain Nadaud
Date de saisie : 02/04/2009
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Collection : Romans français
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-226-19070-3
GENCOD : 9782226190703
Sorti le : 04/02/2009
Le livre s'ouvre entre ciel et terre, sur un poste-frontière entre le Tibet et la Chine. C'est là qu'un écrivain en mal de mots a choisi de reprendre souffle. Mais dans ce bout du monde, au-delà du col, la Nature est violente et souveraine, on y parle une autre langue, on ne pense pas "aujourd'hui, mais "au-delà", on se débarrasse de soi pour mieux grandir, on lit Lumière, là où les autres lisent Nuit... et on réunit dans un même présent, un petit pêcheur de la Grèce antique, un légionnaire romain, un moine copiste, un archéologue solitaire...
À son entrée au Tibet, un écrivain rencontre deux lamas qui lui offrent l'hospitalité. Lors d'une marche éprouvante à travers la montagne, l'un d'eux lui révèle que les rêves qui l'assaillent sont le lointain souvenir de ses vies antérieures. Durant son séjour au monastère, le narrateur s'initie à l'art d'en remonter le cours. Or, quelle n'est pas sa surprise d'y croiser certains personnages qu'il avait mis en scène dans ses romans !
Fuyant la sévère campagne de rééducation menée par les autorités chinoises, il tente de repasser la frontière. Mais est-il encore capable de démêler si ce qui lui arrive appartient à la réalité, au domaine du rêve ou à l'ultime de ses vies antérieures ?
Depuis Archéologie du zéro, Alain Nadaud excelle à écrire des romans en trompe-l'oeil, dont les vertiges sont autant dus ici à la mise en abyme du récit qu'aux mystères du bouddhisme et à l'altitude des sommets himalayens.
Sur les hauteurs himalayennes à l'oxygène raréfié, dans cet absolu dénuement qui interdit le divertissement, le romancier semble jouir d'une vue en profondeur sur ce qui, depuis un quart de siècle, l'a requis. Il en résulte ce récit d'apparence double, en fait d'une cohérence extrême : il arpente en même temps ces territoires escarpés et les «paysages étranges» qu'il a lui-même créés. Le mouvement est identique. Il arrive même que les deux plans se confondent.Alain Nadaud réussit en l'espèce le pari d'un livre d'aventures qui met également l'oeuvre en perspective et propose une réflexion sur la singularité du travail d'écriture littéraire. Le plus probant des démentis à ceux qui voudraient l'enfermer dans les limites du récit intellectuel et spéculatif.
Entre ciel et terre, le roman d'Alain Nadaud l'est à la façon des peintres de la Renaissance. Entre le paradis et l'enfer, entre la beauté révélée de la nature et le travail des hommes. D'un côté, les vertiges de la montagne tibétaine ; de l'autre, la mécanique des rêves, la méditation et les vertiges intérieurs. La narration s'apaise et se tend dans un même mouvement en apparence minuscule mais dont on se rend compte à la fin qu'il est une chute. Ce mouvement, Alain Nadaud le peint à petites touches, comme des miniatures, comme une série de détails jetés ça et là. Il en résulte une impression très forte qu'il faudrait qualifier de "natures mortes vivantes" pour rendre compte de la confusion entre les réincarnations du narrateur et les mises en abyme du texte. Les vies antérieures deviennent les perles d'un chapelet qu'on égraine, et le roman, une allégorie de lui-même, à la manière des peintres de la Renaissance. C'est sans doute ce qu'on appelle le mal des montagnes - mais la montagne, ici, c'est le roman.
Dans son uniforme impeccable et pour mieux arriver à ma hauteur, le policier chinois monta sur une courte estrade de bois, calée juste contre le rebord en ciment du trottoir. Me regardant droit dans les yeux, il tendit le bras à l'horizontale et, de son arme, me mit en joue. Avec appréhension, je me laissai appliquer, en plein milieu du front, le canon du pistolet qu'il tenait dans son poing ganté de blanc. Sans ciller ni trembler, il appuya sur la gâchette.
Heureusement, ce n'était qu'un pistolet en plastique, qui servait à prendre la température de tous ceux qui pénétraient sur le territoire chinois. Le résultat était ensuite enregistré à l'intérieur du poste de garde, par un ordinateur posé sur un bureau ; j'en apercevais l'écran luminescent par la fenêtre qui faisait aussi office de guichet. La jeune fille en uniforme, qui était assise devant, et dont la masse de cheveux noirs débordait de sous la casquette, ayant senti que je l'observais, s'en détourna un instant pour me fixer d'un regard dur, et presque haineux, qui m'étonna. Ainsi ce grand pays se préservait-il des maladies que l'Occident risquait de propager à l'intérieur de ses frontières. Ces miasmes étaient d'autant plus contagieux qu'ils.provenaient de pays capitalistes dégénérés. Mais, pendant que le policier suivant feuilletait mon passeport page à page à la recherche du visa d'entrée, je ne pus m'empêcher de penser que c'était là aussi une habile mise en condition : une sorte d'avertissement sans frais, une invitation sous-tendue de menaces à ne pas se mêler des affaires intérieures du pays et, en particulier, de la souveraineté historique et non négociable de la République populaire de Chine sur toute la province du Tibet.
Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2010 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia